Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

Facebook s'engage-t-il dans la lutte anti-piratage en traquant ses usagers?

Facebook s'engage-t-il dans la lutte anti-piratage? C'est la question posée par le site TorrentFreak, après avoir découvert un brevet déposé par le réseau social qui est capable de déceler si des contenus partagés sont piratés ou non.

Intitulé «Using social signals to identify unauthorized content on a social networking system», le brevet décrit une méthode capable d'analyser les pages profils des membres du réseau, les centres d'intérêts partagés, les commentaires publiés par rapport à un contenu et la localisation géographique - afin d'identifier ceux qui s'intéressent aux contenus téléchargés illégalement.

Le texte du brevet ne mentionne que la récolte de données sur Facebook, mais nous savons que le réseau social traque tous les déplacements sur le Web de ses utilisateurs grâce aux cookies. Alors entre l'algorithme et les cookies, Facebook aura un tableau assez précis de la propension de ses utilisateurs à visiter des sites dont le contenu a été piraté.

Si comme moi vous êtes fan de séries télés et que vous suivez les derniers épisodes dès leur diffusion aux Etats-Unis - et bien avant qu'ils ne paraissent sur nos chaînes - c'est une très mauvaise nouvelle.  

Facebook ne révèle pas si cet algorithme est déjà opérationnel ou pour quelle raison il a l'intention de profiler ses utilisateurs. Le géant du Web aurait-il l'intention de collaborer avec les titulaires de droits en dénonçant ses usagers, comme le fait déjà Youtube?  Il est probable qu'un des motifs principaux serait de limiter sa responsabilité juridique s'il est accusé d'héberger ou de favoriser la distribution de contenus piratés sur sa plateforme.

En Suisse, pour le moment, nous avons le droit de regarder des films ou des séries télés téléchargés illégalement.  En 2011, le Conseil fédéral a reconfirmé une loi existante, déclarant «qu'en matière de législation sur les violations de droits d'auteur sur Internet, il était légal dans notre pays de télécharger de la musique, des films et des jeux informatiques à des fins privées, même si leur provenance est illicite».

Mais cela pourrait changer. Dans un rapport spécial intitulé «2013 Special 301 report», publié par le bureau du commerce extérieur américain sur l'état du piratage dans le monde, 40 pays coupables ont été désignés du doigt, dont la Suisse. Le rapport stipule:  

«Les Etats-Unis encouragent vivement la Suisse à montrer sa volonté à respecter les lois concernant la protection des droits d'auteur et à combattre le piratage. Les Etats-Unis suivent de près le groupe de travail «Arbeitsgruppe Urheberrecht» sur le droit d’auteur.

Pour Simon Koch dans un article récent dans Bilan, la proposition émanant du groupe de travail ne va pas dans le bon sens pour les amateurs de séries télés. Si elle est acceptée, il incombera aux fournisseurs d'accès de surveiller l’accès de leurs clients aux sites de téléchargement. Et d'en bloquer l'accès.  

On attend la réaction du Conseil fédéral à ce rapport. Mais vu la pression exercée par les autorités américaines auprès des banques et l'impuissance du gouvernement suisse à y résister malgré des enjeux économiques colossaux, il est peu probable qu'il continue à défendre une politique qui, reconnaissons-le, autorise officiellement la consommation de contenu piraté.

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