Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Vers le souverainisme numérique

L’usage politique des plateformes numériques prend le chemin de la surveillance de masse

De nous suggérer une musique à nous éviter un embouteillage en passant par nous mettre en relation avec des logeurs meilleur marché, la collecte des données personnelles via notre smartphone a commencé par ressembler à un rêve de consommateur. 

Avant qu’on ne découvre que cette extraction frénétique de données cache des pièges. Se verra-t-on demain refuser un changement d’assurance maladie parce qu’on a cherché le mot cancer sur Google? Nos capacités à obtenir un prêt et le taux de celui-ci seront-ils influencés par des posts de photos de voyage trop luxueux sur Instagram? On ne peut plus l’exclure.

La moisson de données personnelles se fait dans un nuage opacifié par des contrats si tortueux qu’on les signe d’un clic sans lire. Saviez-vous par exemple que 88% des applications d’Android partagent les données qu’elles collectent avec Google, selon une recherche publiée en octobre par l’Université d’Oxford? Bien sûr, Google affirme ne se servir de ces données que pour le ciblage publicitaire. Mais est-on certain que c’est leur seul destin? La même étude indique que ces applications mobiles partagent les données qu’elles collectent avec pas moins de 10 partenaires tiers en moyenne. Des clients achètent ces informations. Lesquels? Mystère.

Passons sur le fait que cette collecte de données, rebaptisées pétrole du XXIe siècle, est pompée pour l’essentiel par des plateformes extraeuropéennes avec ce que cela suppose de transfert de richesses. Passons aussi sur les vols réguliers de ces données pour nous arrêter sur le problème du moment: l’utilisation des technologies du profilage publicitaire à des fins de propagande politique.

Pour ceux qui en douteraient encore, l’affaire Cambridge Analytica démontre qu’on n’est plus ici dans le fantasme complotiste. Ce n’est que le début. La campagne d’Obama en 2018, le Printemps arabe, puis la victoire de Trump prouvent que l’usage politique des plateformes numériques prend le chemin du souverainisme numérique et de la surveillance de masse. 

L’autoritarisme de Trump et d’autres nationalistes s’est largement construit sur les frustrations de la globalisation: les migrants certes, mais aussi les jobs «volés» par le capitalisme autoritaire chinois. Le mondialisme n’étant pas parvenu à encadrer le géant émergent, faisons comme lui en adoptant des politiques nationaliste et autoritaire. 

Maintenant que la Chine met en place un système de crédit social basé sur la surveillance de masse, d’autres pays seront-ils tentés de surenchérir dans l’efficacité? Impossible à prédire. 

Mais des règles sur la protection des données que vient d’adopter l’Union européenne au Cloud Act qui étend l’extraterritorialité du droit américain au digital, on est déjà dans la surenchère du souverainisme numérique.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."