Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

La complaisance du capital-risque

Il faut aujourd’hui 100 000 euros pour acheter 1% du capital d’une jeune startup contre 80 000 en 2007 et 50 000 en 1997

Le capital-risque européen ne s’est jamais aussi bien porté. Les chiffres livrés par cette industrie lors du récent Venture Capital Forum affichent record sur record: 7,7 milliards d’euros levés par ces fonds en 2017, 17,6 milliards investis dans les startups et pour près de 11 milliards récupérés après des introductions en bourse ou des cessions. 

Ajoutez à cela des performances de l’ordre de 20% par an en termes de retour sur investissement (IRR). Plus de 50 «licornes» (des startups valorisées plus d’un milliard). La multiplication de «dragons», des entreprises dont les introductions en bourse retournent plus que la valeur totale des fonds qui les ont soutenus à l’instar de Spotify, d’Adyen ou de Farfetch. On peut parler d’euphorie. 

«Déployer l’argent levé»

Le hic est que ce sentiment ouvre souvent la voie à un autre: la complaisance. Intervenant lors de ce forum, Uli Grabenwarter, vice-directeur du Fonds européen d’investissement qui soutient 450 fonds de capital-risque, se dit inquiet d’entendre les gérants affirmer qu’ils doivent «déployer l’argent levé et non plus l’investir». Dépenser plutôt qu’être sélectif, autrement dit. 

Le résultat est que les prix des tickets d’entrée dans les startups sont à la hausse. Sur la base d’un échantillon de 4000 startups, Uli Grabenwarter estime qu’il faut aujourd’hui 100 000 euros pour acheter 1% du capital d’une jeune startup contre 80 000 en 2007 et 50 000 en 1997. Alors que les progrès de la digitalisation ont diminué les coûts de lancement d’une jeune pousse. Et en dépit aussi du fait que les retours sur investissement, même s’ils se sont améliorés, n’ont en général pas suivi la même inflation. 

Certes, comme le remarque Brent Hoberman, cofondateur de lastmininute.com et à la tête aujourd’hui du fonds FirstMinute Capital: «Le capital-risque n’est pas une industrie de moyennes, mais une quête de l’exceptionnel.» C’est vrai, mais le boom actuel de l’investissement dans les startups en Europe offre-t-il suffisamment d’opportunités exceptionnelles vu la masse d’argent qu’il attire? 

Une douzaine de fonds de capital-risque européen vont dépasser les 500 millions d’euros sous gestion cette année. En France, trois fonds lèvent actuellement près d’un milliard. Le private equity «buyout», qui a épuisé l’essentiel des possibilités de restructurer des entreprises existantes, se tourne de plus en plus vers le capital-risque. 

Bien sûr, le capital-risque européen ne pèse encore que le tiers de celui des Etats-Unis et la moitié de la Chine. Sa croissance est donc réjouissante parce qu’elle remet l’entrepreneuriat au cœur de la dynamique économique du Vieux-Continent. Mais si cette dynamique ne ruisselle pas dans le reste de l’économie, elle risque de créer une bulle déconnectée de la réalité d’une Europe qui est aussi la proie des nationalismes. 

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