F U T E B O L!

Au Brésil, on vit football, on pense football, on respire football, on mange et on boit football et, même, on dort football. Ou, plutôt, comme on dit là-bas, «FUTEBOL»!

Mais au Brésil, le «futebol», ce n’est pas que de la politique, de l’économie, du social ou du sport. C’est bien plus: c’est de la RELIGION! Une religion à laquelle, et dans des proportions toujours impressionnantes, un peuple entier adhère: 202 millions de fidèles sont adeptes de «l’Eglise du ballon rond».

Dans ce pays immense construit sur ses diversités et contrastes, le football est et reste le seul élément durablement fédérateur. Avec, tout en haut de la hiérarchie de cette religion dominante, une «Seleção» composée – religion oblige – de demi-dieux.

Une anecdote? Sur tous les réseaux sociaux circulait récemment une fausse-vraie bonne nouvelle: on y affirmait en toute «bonne foi» qu’une marque de bière s’était autorisée à enregistrer devant notaire une chapelle baptisée «Football Fan Community», laquelle, ainsi sanctifiée par un pseudo-statut de «religion», permettait à tout un chacun, au nom du respect des cultes, de quitter son poste de travail sans autre autorisation dans le seul but d’aller assister au match, comme s’il s’agissait d’aller prier à l’église, à la synagogue ou à la mosquée!

L’information était fausse; et le «coup de pub» bien orchestré. Il n’empêche: au stade de «futebol», les Brésiliens se comportent avec béatitude comme dans un lieu de «culte»; un culte voué, indistinctement, aux dieux du foot et à ses représentants, les joueurs. Aujourd’hui, c’est Neymar «le petit prince» que l’on adore. Hier, c’était Pelé que l’on adulait (vous souvenez-vous de cette scène mythique du 1000e but du dieu Pelé au Maracana?).

Car, depuis plus d’un siècle, le foot est une bénédiction pour le Brésil, très précisément depuis la création en 1902 à Rio du premier club brésilien, le Fluminense Football Club. Un club de «riches», très vite concurrencé par le non moins célèbre club de Flamengo, regroupant, pour sa part, des éléments des couches ouvrières et populaires, avec le soutien d’une Eglise elle-même revivifiée par les différentes strates de population immigrées: à São Paulo, les Italiens créaient le club Palmeiras tandis que les Espagnols fondaient celui des Corinthians.

Et la politique dans tout cela? Rendons ici justice au grand footballeur brésilien Socrates, disparu il y a quatre ans: en 1981, alors que le Brésil vivait encore sous la coupe d’une dictature militaire soucieuse de régenter le monde du «futebol», Socrates avait décidé de recourir, dans son club, à une forme très démocratique de cogestion, attribuant à chacun, dirigeants, entraîneurs et joueurs, un droit de regard – sinon de vote – sur toutes les décisions à prendre quant à l’avenir du groupe.

Lors d’une grande finale en 1983, le club avait imaginé de faire fabriquer une gigantesque banderole sur laquelle on pouvait lire ce message ô combien politique: «GAGNER OU PERDRE, MAIS TOUJOURS EN DEMOCRATIE!» Deux ans plus tard, la transition démocratique s’effectuait au Brésil.

La religion, toujours et encore? Mais oui! Car voilà qu’au Brésil 250 religieuses catholiques lancent ces temps-ci une grande campagne d’action pour lutter contre la traite des jeunes, menacés d’exploitation dans les préparatifs de la Coupe du monde. Le slogan des sœurs: «Jogue a favor da vida, denuncie o trafico de pessoas», ce qui signifie: «Joue en faveur de la vie, dénonce la traite des jeunes.»

Et le pape, dans tout cela? Le pape, grand amateur de foot, et qui, avant son élection à la tête de l’Eglise catholique, ne ménageait pas son soutien au club argentin de San Lorenzo!

Argentin? Aïe! L’Argentine, sempiternel ennemi footballistique du Brésil! Il ne manquerait plus que cela: que le pape François vienne au Brésil assister le 13 juillet (un dimanche!) à la finale de la Coupe du monde. Au nom, bien sûr, de la religion. Et, aussi, du «futebol».

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