Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/ Venise a pris en importance la troisième place européenne

Crédits: Site de la Ville de Venise

Dans le monde des expositions, comme partout, il existe des «leaders». Certains villes européennes, de par leur dimension internationale, donnent le ton. Deux d'entre elles se sont durablement imposées. Il s'agit bien sûr de Paris et de Londres. Elles le font de manière assez différente. Paris, c'est le foisonnement, avec toutes sortes de manifestations allant du gros machin au Grand Palais à des présentations, assez modestes, en musées et bien sûr en galeries. Londres s'est (un peu trop) concentré sur le «block buster», supposé drainer les foules. Il y a là peu de choses insolites ou modestes. Le ton reste convenu, même quand il se veut agressif.

En bonne logique, comme sur un podium sportif, il y a trois places disponibles. Qui peut occuper la dernière? Pas Berlin ou Vienne, trop excentrées. J'ai un temps pensé que ce serait Rome. La cité se profilait avec les rétrospectives historiques au Palazzo di Venezia ou Scuderie del Quirinale, les arts contemporains dans un Palazzo delle Esposizioni rénové et des manifestation voulues populaires dans des lieux antiques comme les Mercati di Traiano ou même le Colisée. La chose se poursuit, certes, aujourd'hui, mais sur un mode plutôt mineur, en dépit de l'ouverture du MAXXI.

Les efforts de Madrid

Madrid a ensuite beaucoup fait parler d'elle. Le Prado, agrandi, se mettait enfin aux vraies expositions temporaires. Les Thyssen, installés juste à côté, multipliaient des accrochages plutôt classiques, mais luxueux. Le Reina Sofia entrait enfin dans des coproductions internationales en matière d'art moderne et contemporain. Là aussi, le mouvement se poursuit, en dépit des difficulté économiques. Il y va du prestige national... et d'une bonne gestion d'un tourisme qui peut aussi être culturel.

La troisième place me semble cependant aujourd'hui occupée par Venise. La ville a beau ne plus compter officiellement que 60.000 habitants «intra muros» (en réalité nettement moins selon certains d'entre eux), elle a pour elle l'afflux des visiteurs, tant nationaux qu'internationaux, et une solide tradition. C'est une capitale de l'art moderne depuis la création de la Biennale en 1895. Une Biennale qui s'est aujourd'hui dédoublée grâce à celle d'architecture. Il y a aussi les musées. S'y sont ajoutées les fondations privées. La vie de galerie semble en revanche très terne par rapport à Milan ou même Vérone.

Un monde de fondations

Côté musées, le Correr s'offre deux grandes expositions classiques ou modernes par an. Je reviendrai prochainement sur l'actuel Ippolitto Caffi. L'Accademia, qui n'en finit pas de se rénover depuis vingt ans, s'offre de temps en temps un accrochage de prestige. J'ai récemment parlé de l'Aldo Manuzio et des débuts de l'imprimerie vénitienne au XVe siècle. Magnifique! Le Palazzo Ducale lui-même s'y est mis. Les bonnes relations entre Gabriella Belli et Guy Cogeval, à la tête d'Orsay, ont permis des partenariats. Le Palazzo Fortuny jongle entre son fonds historique, légué par un peintre-couturier, et des présentations d'art contemporain. Je vous parle aujourd'hui de celle de la collection d'Enea Righi, un entrepreneur bolonais. La Ca' Pesaro vogue pour sa part entre le moderne et le contemporain. Elle dispose du fonds prestigieux de la marchande et collectionneuse Illona Sonnabend, aujourd'hui décédée.

Cela fait déjà beaucoup de choses de haut niveau. Il convient cependant d'ajouter les fondations. La plus ancienne est celle des Cini sur l'île San Giorgio, aujourd'hui un peu endormie. Celle de Peggy Guggenheim, gérée depuis New York, se révèle au contraire en plein boom. Ultra-fréquentée, c'est une sorte d'ambassade américaine à Venise. Les années passant, elle paraît plus moderne que contemporaine. Le relais temporel est pris par François Pinault, qui possède ici deux lieux restructurés à grands frais, le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana. Cela va-t-il durer? Mystère. Le milliardaire revient à Paris, où il occupera l'ancienne Bourse du Commerce. Il a promis de ne pas laisser tomber Venise, où il rencontre pourtant peu de succès et où la population ne l'aime guère. Miuccia Prada a en revanche abandonné le Plazzo Corner della Regina, depuis qu'elle a ouvert son autre fondation dans la banlieue milanaise. Difficile à comprendre. Elle a dépensé à Venise 60 millions d'euros et la banlieue milanaise n'offre rien de très attirant. Mais Miuccia vient de là...

Du côté de lieux moins connus

Il existe par ailleurs, outre les innombrables endroits aujourd'hui squattés par la Biennale, d'autres fondations. Celle, moderne grâce à l'architecte Carlo Scarpa, du Querini Stampalia. Celles (il y a deux endroits), contemporaines et un peu désordre, des Bevilacqua La Massa. Celle du peintre Emilio Vedova, décédé il y a quelques années et qui semble déjà battre de l'aile en dépit d'un aménagement de Renzo Piano. Celle enfin de l'architecte français Jean-Michel Wilmotte. Le Tre Occhi sur la Giudecca, où j'avoue n'être jamais allé, se sont bâtis une solide réputation. Les Stanze del Vetro ultra-luxueuses, rendues possibles par les fondations Cini et Pentagram, ont acquis une dimension européenne. La Ville a par ailleurs relancé le Palazzo Grimani, dont les activités me paraissent bien épisodiques.

Avouez que ce n'est tout de même pas mal pour une ville de 60.000 habitants (ou même bien moins)! Et je ne sais bien entendu pas tout...

Photo (Site de la Ville de venise): Le Palazzo Grassi, au moment d'une présentation de l'artite portugaise Joanna Vasconcelos.

Cet article intercalaire vient compléter celui sur l'actuelle exposition du Palazzo Fortuny.

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