Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/Que voir et ne pas voir en Suisse cet été?

L'été est avancé. Très avancé, même. Il est grand temps de vous livrer mon petit choix d'expositions suisses. Celles que je recommanderais chaudement (pour être assorti aux températures). Celles que je déconseillerais (mais à chacun ses mauvais goûts). Il y a de toute manière largement de quoi rayonner, à moins que vous ne préfériez Genève. Une ville que sa Municipalité entend faire bouger en août et septembre. Il y a des animations partout. On se croirait presque dans un EMS. 

Comme de coutume, je vais livrer trois sélections. De nombreuses manifestations vues ne font partie d'aucune d'entre elles. Il y a aussi ce que je n'ai pas encore visité. Je ne suis ainsi allé ni à Môtiers pour la sculpture en plein air, ni à Lens en Valais, ni au Tessin. Se déplacer exige du temps et il n'y a pas que la Suisse en Europe, pour autant qu'elle en fasse partie. 

Les cinq coups de cœur 

«Klee-Kandinsky» au Zentrum Paul Klee. Le classicisme à l'état pur. Aucune surprise. N'empêche que les Kandinsky venus d'un peu partout font sens, mêlés avec le fonds du musée bernois. Les deux hommes ont travaillé ensemble au Bauhaus et entretenu jusqu'à leur mort de plus distants liens d'amitié. (Jusqu'au 27 septembre, www.zpk.org)
«Eloge de l'heure» au Mudac. Le temps passe. L'horloge et la montre vous le rappellent chaque jour. Autant que ce soit en beauté, en finesse ou avec humour. L'institution lausannoise propose un parcours axé sur la création contemporaine. Il comporte cependant aussi des rappels historiques pertinents. (Jusqu'au 27 septembre, www.mudac.ch)
«Jules Decrauzat» à la Fotostiftung. Biennois installé à Genève, l'homme fut le premier photo-reporter suisse d'importance entre 1910 et 1925. Mort oublié en 1960, il ressurgit du néant à Winterthour avec d'extraordinaires images produites pour «La Semaine sportive». Une redécouverte majeure. (Jusqu'au 11 octobre, www.fotostiftung.ch)
«Portrait-Robot» à la Maison d'Ailleurs. Les robots ne sont ni nos amis, ni nos ennemis. Il s'agit d'objets programmés pour des fonctions, et donc dépourvus de sentiments. Le musée d'Yverdon nous rappelle cette vérité avec un nombre considérable de livres et d'objets, dont un fascinant robot dessinateur. (Jusqu'au 31 janvier 2016, www.ailleurs.ch)
«Arts du Nigeria revisités» au Musée Barbier-Mueller. Ce gigantesque pays africain forme non seulement un réservoir d'ethnies créatrices (Yoruba, Ijo, Igbo...), mais un inépuisable champ archéologique (Ife, Nok, Sokoto...). L’exposition genevoise brasse ces cultures avec des pièces magnifiques. (Jusqu'au 17 janvier, www.barbier-mueller.ch

Les cinq choix raisonnés 

«Sepik» au Museum Rietberg. Coproduite par Berlin, Paris et Zurich, la manifestation actuelle fait le point sur une civilisation extra-européenne très à la mode, nommée d'après le fleuve traversant cette partie de la Nouvelle-Guinée. Les objets sont bien choisis. Reste que la mise en scène peine à séduire. (Jusqu'au 4 octobre, www.rietberg.ch)
«Les livres de la Liberté» à la Fondation Martin-Bodmer. La Genève des années 1814 à 1816 a vu s'agiter les esprits autour de notions libérales sur le pouvoir, la Justice ou la dignité humaine (via le problème de l'esclavage). En voici le reflet à Cologny sous forme d'imprimés. Austère, mais intelligent. (Jusqu'au 13 septembre, www.fondationbodmer.ch)
«L'infini du geste» au Musée Jenisch. En 2014, Rudolf Schindler, centenaire, donnait à l'institution veveysanne 600 dessins de Ferdinand Hodler, plus quelques-unes de ses peintures. Il est mort depuis. L'exposition rend hommage à l'artiste et au collectionneur avec un choix. Mieux vaut connaître Hodler avant. (Jusqu'au 4 octobre, www.museejenisch.ch)
«Alison Elizabeth Taylor, Savage Root» au Château de Nyon. Installée à New York, la jeune Américaine produit des tableaux en marqueterie de bois sur des sujets sociaux contemporains. Elle se voit mise en regard de meubles marquetés des XVIIe et XVIIIe siècles. L'association fonctionne bien. (Jusqu'au 25 octobre, www.chateaudenyon.ch)
«David Claerbout» au Mamco. Bidouilleur d'images, l'artiste belge travaille sur la photo, mise en vidéo, et sur la vidéo elle-même. Il abolit le temps, qu'il distend volontiers. Impossible de voir l'exposition genevoise sur la durée, alors que celle-ci constitue le propos. Un des films fait à lui seul quatorze heures! (Jusqu'au 13 septembre, www.mamco.ch

C'est de la daube (ou du moins je n'aime pas) 

«Europa» au Kunsthaus. Continent à la recherche d'une identité (et d'une unité), l'Europe a tout de la nymphe emportée par un taureau de la mythologie. Le musée zurichois livre, avec de multiples interventions d'artistes contemporains, un salmigondis politico-économico-socialo-culturel assez peu comestible. (jusqu'au 6 septembre, www.kunsthaus.ch)
«J'aime les panoramas» au Musée Rath. De quoi parle-ton vraiment à Genève? Des panoramas, genre spectaculaire du XIXe siècle, des vues panoramiques ou tout simplement de tableaux en largeur? Jetées sur les murs jusqu'au plafond, les œuvres sont parfois intéressantes, mais prière de se débrouiller seul. (Jusqu'au 27 septembre, www.institutions.ville-geneve.ch)
«reGénérations3» à l'Elysée. Pour la troisième fois, le musée lausannois a trié parmi les travaux proposés par les écoles de photographie. La participation s'est cette fois vue élargie à tous les plasticiens utilisant l'image numérique ou argentique. C'est le grand n'importe quoi dans les salles. (Jusqu'au 23 août, www.elysee.ch)
«Marlene Dumas» à la Fondation Beyeler. Bien sûr, l'artiste sud-africaine, née en 1953, se révèle une personnalité forte de la peinture figurative! Reste qu'il aurait fallu la montrer d'une manière la mettant en valeur. Or l'actuel accrochage bâlois la dessert singulièrement. C'est moche et répétitif. (Jusqu'au 6 septembre, www.fondationbeyeler.ch)
«Pierre de lumière» au Kunstmuseum de Berne. A la fois magique et transparent, le cristal constitue une source d'inspiration depuis les débuts du XXe siècle. Il hante l'architecture expressionniste et la peinture moderne. Encore aurait-il fallu le prouver autrement qu'avec un fouillis informe. (Jusqu'au 6 septembre, www.kunstmuseumbern.ch)

Photo (Studio Ferrazzini-Bouchet): L'une des masques du Nigeria présentés au Musée Barbier-Mueller de Genève.

Prochaine chronique le samedi 8 août. Beaubourg montre Mona Hatoum dans les mêmes espaces que Jeff Koons.

 

 

 

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