Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/ Que voir cette fin d'année en Suisse romande?

Bien sûr, l'année n'est pas terminée. La chose vaut ausi pour les expositions, qui n'en finissent pas d'ouvrir leurs portes chez nous. En Suisse romande, il faut s’attendre à bien des inaugurations avant Noël. Je citerai juste quelques exemples. A Genève, l'Ariana nous offrira Jürgen Partenheimer le 20 novembre et «My Blue China» le 16 décembre. Le Centre d'art contemporain d'Yverdon esquissera un «Pas de deux» dès le 28 novembre. A Cologny, la Fondation Bodmer réunira Henri Michaux et Zao Wou Ki à partir du 5 décembre. 

D'ici ces dates proches, il reste encore beaucoup à voir. Je vous donne dix expositions que j'aime, et je citerai celle que j'apprécie le moins. Suivez le guide.

Le top-twelve (dans le désordre)

«Matisse en son temps» à la Fondation Gianadda de Martigny. Attention, derniers jours! Il s'agit là d'un bel ensemble, proposé avec l'aide du Centre Pompidou. Quelques très importants Matisse de toutes les époques se voient mis en regard (c'est le cas de le dire) de toiles de ses contemporains. Citons Braque, son jumeau cubiste, comme Derain ou Bonnard. Jusqu'au 22 novembre, www.gianadda.ch
«La mémoire des images», à l'Elysée de Lausanne. L'Elysée va restituer une grande partie de la collection iconographique régionale, formée au XIXe siècle par le pasteur Vionnet, à la Bibliothèque, où elle a mieux sa place. L'actuelle présentation met en valeur ce fonds hétéroclite, qui révèle la manière de thésoriser qu'avaient nos aïeux. Jusqu'au 3 janvier, www.elysee.ch
«Qui se souvient de Capucine?» au Musée Alexis Forel de Morges. Mannequin à Paris, star à Hollywood, puis oubliée à Lausanne, Germaine Lefèbvre aura connu un destin étonnant. Il est bien raconté dans l'institution morgienne, qui propose des photos et des extraits de films. Capucine fut de «Satyricon» comme de «La panthère rose». Jusqu'au 6 décembre, www.museeforel.ch
«Giuseppe Penone, Regards croisés», au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. L'Italien propose quelques bronzes et surtout des œuvres sur papier. Il y a là les siennes, bien sûr, mais aussi des pièces tirées de sa collection. Elles vont d'Adolfo Wildt à Bonnard en passant par Giacometti. Une belle exposition, bien scénographiée. Jusqu'au 3 janvier, www.musee-vd.ch
«Jean-Pierre Saint-Ours, Un peintre genevois dans l'Europe es Lumières», au Musée d'art et d’histoire de Genève. Longtemps attendue, cette rétrospective d'un artiste néo-classique mort à 57 ans en 1809 séduit par la qualité de l’œuvre. L’accrochage reste hélas serré et parfois peu cohérent. Certains rapprochements jouent ainsi assez mal. Prolongé jusqu’au 28 février, www.mah-genve.ch
«Futur antérieur» au Mudac de Lausanne. L'ordinateur ne constitue pas la voie unique du design. Celui-ci peut aussi plonger dans ses racines archaïques, voire dans la nature. Conçue par Yves Mirande, l'exposition propose des pièces d'une trentaine de créateurs actuels, comme Antoine Baudin, Valentin Loellman ou Jean-Pierre Tortil. A découvrir. Jusqu'au 28 février, www.mudac.ch
«Claude Mellan, L'écriture de la méthode» au Musée Jenisch de Vevey. Dans le paysage de la gravure française du XVIIe siècle, l'homme occupe une position spéciale. Son art, fait de lignes parallèles laissant une grand luminosité au blanc du papier, ne possède pas d'équivalent chez ses confrères, comme le prouve la rétrospective montée par Florian Rodari. Jusqu'au 7 février, www.museejenisch.ch
«Daniel Berset», à la galerie Anton Meier de Genève. Le sculpteur a joué un rôle important dans la Genève des années 80 et 90. On l'oublie trop souvent, en dépit de on immense chaise placée face aux Nations-Unies. Anton Meier propose ici un hommage centré sur la période 1983-2000 avec des pièces provenant pour bonne partie de l'atelier. Jusqu’au 27 février, www.antonmeier-galerie.ch
«One More Time» au Mamco de Genève. Cette fois-ci, c'est la fin. Avant son départ, Christian Bernard, qui créa le musée, ouvert en 1994, propose «l'exposition de nos expositions». Il ne s'agit pas de redites, mais de prolongements. Un certain nombre de prêts spéciaux illustre les liens tissés au fil du temps par l'institution avec certains de ses amis. Jusqu'au 28 février, www.mamco.ch
«Le bouddhisme de Madame Butterfly» au MEG de Genève. L'ouverture forcée du Japon à l'Occident, dans les années 1850, a déclenché un enthousiasme sans précédent pour un art et une culture jusque là inconnus. Notre musée d'ethnographie témoigne de cette période qui se termine, par lassitude, vers 1905 après la création de l'opéra de Puccini. Jusqu'au 10 janvier, www.ville-ge.ch
«De l'argile au nuage», à la Bibliothèque de Genève. Depuis l'écriture cunéiforme, les humains éprouvent le besoin de classer leur savoir. Les catalogues de bibliothèques, aujourd'hui remplacés par «The Cloud», en constituent la preuve. Une exposition réussie, coproduite avec la Mazarine parisienne, avec une belle installation contemporaine. Jusqu'au 21 novembre, www.bge-geneve.ch
«La Chine rêvée», à la Fondation Baur de Genève. L'Europe et l’Amérique des années 1920 se sont laissées fasciner par une Chine alors en pleine crise d'identité. En témoignent les objets et bijoux réalisés par la maison Cartier à Paris, Londres ou New York. Ils se voient ici confrontés aux œuvres virtuoses rassemblées par les époux Baur. Jusqu’au 14 février, www.fondation-baur.ch

Celle que je n'aime pas

«Freitag ad absurdum» au Mudac de Lausanne. Les frères Freitag ont demandé aux frères Riklin de tenter une expérience. Si l'on peut transformer les bâches de camion en sac, peut-on faire le contraire et combien de fois? L'idée est amusante. Elle illustre hélas aussi le fait que Freitag constitue moins une esthétique qu'une morale, très puritaine. Jusqu'au 28 février, www.mudac.ch

Photo (Fondation Gianadda/Succession Matisse): Un Matisse fauve célèbre, qui se retrouve pour quelques jours encore à Martigny.

Prochaine chronique le jeudi 19 novembre. Après la réouverture du Musée de l'Homme à Paris, voici celle du Musée Rodin. Pendant ce temps, le Musée Picasso a sussi changé son contenu.

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