Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/Que voir à travers l'Europe en 2018? Douze propositions

Crédits: National Gallery, Washington 2017

Et c'est reparti pour un tour! Même si d'aucuns multiplient les prédictions apocalyptiques pour les mois à venir, les musées internationaux ont défini depuis longtemps leur programme 2018. Je me limiterai aujourd’hui à l'Europe, bien que certains aient l'esprit transatlantique. Il y aura aujourd'hui un choix arbitraire de douze manifestations étrangères. Une seconde sélection proposera douze accrochages suisses demain. Avant de commencer mon tour de piste, je voudrais juste ajouter une observation. Signe des temps, Paris aura enfin des choses à proposer en été. Et sur ce, c'est parti. 

Charles I, King and Collector. Exécuté en 1649, le monarque avait réuni un fabuleux ensemble de peinture classique, d'antiques et de créations alors modernes. Cromwell dispersa l'ensemble, dont des éléments se trouvent aujourd'hui au Prado ou au Louvre. La Royal Academy de Londres, qui fête ses 250 ans en 2018, réunit une partie de ce patrimoine du 27 janvier au 15 avril. La Queen's Gallery propose parallèlement jusqu'au 13 mai à Buckingham une exposition sur son fils Charles II. 

Michael Sittow. Né vers 1469 à Reval (aujourd'hui Tallin), mort en 1525, ce portraitiste aussi rare que méconnu a énormément voyagé. Il a travaillé pour Philippe le Beau en Flandres, Isabelle la Catholique en Castille, Henry VII à Londres ou Christian II au Danemark. La National Gallery de Washington est parvenue à rassembler vingt peintures. Un record. Elles iront du 8 juin au 16 septembre au Kumu Museum de Tallin. Son site www.kumu.ekm.ee comporte une version anglaise. 

Jan Steen. C'est le peintre des fêtes bien arrosées, avec ivrognes et enfants torchés au premier plan. Mais Steen (1626-1679), un catholique de Leyde, a aussi donné des mythologies, des portraits ou des scènes bibliques. Beaucoup d’œuvres lui sont attribuées. Le Mauritshuis de La Haye, qui dispose désormais d'espaces temporaires décents mais restreints, lui consacrera une rétrospective bienvenue du 15 février au 13 mai. Steen reste rarement montré pour lui-même. 

Biennale d'architecture. Année paire, c'est le tour de l'architecture! Pour cette seizième édition, le comité a choisi les deux Irlandaises de Grafton Architects. Yvonne Farrell et Shelley McNamara ont choisi d'intituler leur édition «Freespace». Nommées en janvier 2017, elles ont eu le temps de se préparer. Les pavillons nationaux ne sont pas de leur ressort. Le tout aura lieu entre l'Arsenale, les Giardini et la ville de Venise presque entière du 26 mai au 25 septembre. 

L'évasion photographique, Adolphe Braun. Le Français Braun (1812-1877) reste l'un des plus grands photographes du XIXe siècle. Avec lui, on quitte le monde des primitifs pour une photo qui deviendra classique. Munich et le Musée Unterlinden de Colmar se sont associés pour cette exposition. Il y aura bien sûr les vues d’Égypte ou celles de la Guerre de 1870, mais aussi des tableaux en regard de Courbet, de Meissonier ou de Monet du 17 février au 14 mai en Alsace. 

Frantisek Kupka. Orsay avait naguère présenté ses débuts symbolistes. Né dans la Bohême de 1871, mort à Puteaux en 1957, Kupka devint ensuite un des pères de l'abstraction. Il peine pourtant à se voir considéré comme un des grands du XXe siècle. Cette tournée internationale (France-République tchèque-Finlande) révélera sa production, qui culmine sur le plan qualitatif dans les années 1920. Le Grand Palais de Paris la montrera ainsi de manière étendue du 21 mars au 30 juillet. 

Sheila Hicks. Née dans le Nebraska en 1934, mais installée en France depuis 1964, l'Américaine a triomphé l'an dernier à la Biennale de Venise avec une énorme installation textile. Il lui manquait le grand hommage de Paris. Il aura lieu du 7 février au 30 avril au Centre Pompidou. Ce dernier proposera une centaine de pièces en laine, coton, lin ou soie. Le parcours ira de 1957 à nos jours. Il faut s'attendre à un véritable flamboiement de couleurs vives.

Chillida, Gravitation. Il est mort il y a quinze ans. Le Basque fait partie des grands Ibériques du XXe siècle, sa carrière ayant commencé non sans mal sous la dictature du général Franco. Le «caudillo» n'appréciait guère l'abstraction. Primé à Venise dès 1958, l'homme a beaucoup travaillé le métal, comme ses compatriotes Gonzales et Gargallo. Il sera présent du 5 avril au 26 août aux Abattoirs de Toulouse, qui constituent une des plus importants lieux d'art moderne en province. 

Artistes & Robots. Nous avançons à grands pas vers le tout-robotique en attendant (sans impatience dans mon cas) l'intelligence artificielle. Qu'en disent aujourd'hui les artistes, devenus des penseurs souvent plus clairs que les intellectuels de service? Le Grand Palais de Paris, lieu pourtant en peu prospectif, posera la question du 5 avril au 9 juillet. Le parcours partira de Stanley Kubrick et de Jean Tinguely pour déboucher sur Takashi Murakami, Daft Punk ou Koji Fukada.

Rencontres d'Arles. Pour le moment, on ne peut pas dire que les amateurs de photographie croulent sous les informations. Organisées depuis Paris sous la responsabilité de Sam Stourdzé, les dates 2018 ne sont même pas mentionnées sur le site. Les Rencontres devraient pourtant se dérouler du 2 juillet au 23 septembre. On peut imaginer que les lieux de repli trouvés pour 2017 seront maintenus. Et comme d'habitude, la beauté de la cité provençale fera beaucoup pour améliorer le menu. 

The Future Stars Here. Le Victoria & Albert de Londres va se pencher sur l'avenir proche. Un futur défini par des nouvelles technologies embrassant les satellites, l'intelligence artificielle et bien sûr l'informatique. Il y aura au musée 100 objets en cours d'élaboration afin de montrer des mondes possibles mais pas certains. Du 12 mai au 4 novembre, le parcours ira jusqu'à l'idée de vie éternelle développée par Silicon Valley. Certains pensent que l'avenir se fait au contraire très restreint... 

Marina Abramovic. La totale. A 72 ans, la Serbe recevra du 21 septembre au 21 janvier 2019 son grand coup de chapeau au Palazzo Strozzi de Florence, qui aura au précédent accueilli l'art italien de 1945 à 1968. Il y aura une centaine de pièces pour rappeler la trajectoire d'une artiste liée de près à la performance depuis les lointaines années 1970. Le Strozzi proposera ainsi sa deuxième grande exposition contemporaine après celle consacrée au vidéaste américain Bill Viola.

Photo (DR): Le "Portrait de Diego di Guevara" de Michael Sittow. Un artiste de la fin du Moyen-Age qu'il faudra découvrir à Tallin.

Demain donc, les douze expositions de 2018 en Suisse.

 

 

 

 

 

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