Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS / Paris en fait un peu trop... Petit choix pascal

On avait dit, après la crise de 2008, qu'il y aurait moins d'expositions faute d'argent. C'était compter (à tous les sens du terme!) sans le besoin d'événements caractérisant notre époque. Comme l'Italie du Nord, Paris se retrouve parfois pris d'une frénésie autodestructrice. Y a-t-il assez de monde, au prix où sont les entrées, pour tant d'accrochages? La fin mars a montré les limites du système dans la capitale française. En inaugurant deux ou trois choses par jour, ni l'affichage, ni la presse ne pouvaient suivre. Or les gens se déplacent aujourd'hui s'ils s'y voient invités. Pour quelle raison perdre du temps à chercher, alors tant de manifestations sont présentées sur un plateau? 

Voici donc un petit choix, avec pas mal des laissés pour compte de mars. La sélection médiatique apparaît en effet moutonnière. Elle se limite aux "block busters" et à ce qui correspond à l'air du temps. Bien des journaux et des revues tendent aujourd'hui à vouloir se montrer progressistes. Ou ludiques. D'où paradoxalement des œillères. Les "basiques", comme on dit en économie, ne passent plus la rampe. Et puis, pourquoi tout le monde parle-t-il de la même chose en même temps, alors qu'on ne cesse de vouloir défendre la pluralité de la presse? 

Mais très de bavardage. Nous y voici. Il y a des manques. J'ai déjà parlé de Mapplethorpe, de Peupler les cieux de Moi Auguste, empereur de Rome ou d'Henri Cartier-Bresson. Une prochaine chronique réunira deux trésors. Celui-de Saint-Maurice (le nôtre, le valaisan) est montré au Louvre, tandis que le Musée Maillol propose les richesses napolitaines de San Gennaro. 

Bill Viola. Après cinq décennies, l'art vidéo peine encore à trouver son public. Des spectateurs qui iraient plus loin que les deux premières minutes de projection. Le pionnier américain fait exception à cette règle. Ses films extraordinairement lents séduisent les fans du contemporain comme les amateurs plus classiques. Il faut dire que les références de Bill apparaissent multiples. Le Grand Palais propose la grande exposition qui fait parler d'elle. Il s'agit pourtant d'une réussite moyenne. La programmation semble décousue. Elle propose des bandes parfois bien longues. Les organisateurs ont enfin oublié le confort du visiteur. Il verrait mieux assis et sans qu'on lui marche sur les pieds! (jusqu'au 21 juillet, site www.grandpalais.fr) 

Artaud-Van Gogh, Le suicidé de la société. Il fallait un nouveau prétexte pour montrer Vincent, cette vache à lait muséale. Le voici. En 1947, peu avant sa mort prématurée, Antonin Artaud a écrit un livre de commande sur son alter ego. Un beau texte, du reste. Le Musée d'Orsay aligne donc une cinquantaine de toiles magnifiques du Hollandais, puisées dans les collections ou empruntées de par le monde. Des citations du Français, ponctuées de quelques-uns de ses dessins et d'extraits (résolument flous) de films où il est apparu comme comédien avant 1935, font l'appoint. Les médias exultent. La foule accourt. L'attente reste pourtant plus courte que prévue. La chose n'apporte évidemment rien de bien nouveau (jusqu'au 6 juillet, site www.musee-orsay.fr) 

Joséphine. En 1814 mourait l'impératrice Joséphine à la Malmaison. Elle avait 51 ans et une tumultueuse existence derrière elle. Afin de marquer l'anniversaire, qui contraste heureusement avec les célébrations organisées autour de la Guerre de 14, le Musée du Luxembourg propose une évocation de la femme et de la souveraine. De quelle manière Joséphine a-t-elle agi sur le goût de son temps? Si la plupart de ses célèbres robes ont disparu, il subsiste des meubles, des objets, des portraits et les fragments d'une boulimique collection de tableaux anciens et contemporains. Présenté sur un fond blanc, trop aseptisé, l'ensemble manque de magie. Pour cette botaniste amateur il eut surtout fallu un parc (jusqu'au 29 juin, site www.museeduluxembourg.fr) 

Martin Parr, Paris. Né en 1952, le photographe a commencé par montrer en noir et blanc la fin d'une communauté anglicane. L'Anglais s'est depuis jeté à corps perdu dans la couleur. Il nous reflète ainsi les ridicules et les laideurs d'une société obsédée par les vacances, les loisirs et le paraître. La Maison de la photographie offre à nouveau ses cimaises à ce trublion, dont la cruauté n'offre finalement rien de méchant. Après les super-riches, ce sont les étrangers à Paris qui ont intéressé le Britannique. C'est assez amusant, mais il faut une nouvelle fois dénoncer la baisse d'inspiration de celui qui avait si bien su saisir la "middle class" de son pays. Louvre, mode, beaux quartiers, tout apparaît ici très, très convenu (jusqu'au 25 mai, site www. mep-fr.org) 

Les secrets de la laque français, Le Vernis Martin. La France importa longtemps des panneaux de laque chinois ou japonais. Ils se voyaient adaptés au goût européen, déjà tourné vers l'exotisme. Les frères Martin entreprirent au XVIIIe siècle de donner moins des imitations que des adaptations de ces formules orientales. La matière, dans une technique quelque peu simplifiée, put alors tout envahir, des meubles aux objets en passant pas les instruments scientifiques de luxe. L'exposition proposée dans sa nef par le Musée des Arts décoratifs séduit par sa pertinence, son intelligence et la beauté des pièces réunies. Elle a le défaut de ne pas caresser le public dans le sens du poil. D'où son échec commercial. Quel dommage! (jusqu'au 8 juin, site www.lesartsdecoratifs.fr) 

Dessins français du XVIIe siècle. Sinistrée dans la mesure où l'entrée s'effectue désormais entre deux baraquements posés rue Vivienne, la Bibliothèque nationale poursuit courageusement son travail sur le site Richelieu. Elle propose en ce moment un florilège de ses collections du Grand Siècle en juxtaposant des dessins et les estampes qui en ont été tirées. Tout le monde est là, de Jacques Callot à Pierre Brébiette en passant par André Le Brun. Les pièces proposées, de manière parfois un peu tassée, se révèlent magnifiques. Le propos est d'une grande intelligence. Le catalogue exemplaire. Il manque juste les visiteurs. Il faut dire que cette entreprise de fond ne joue pas la carte de la facilité! (jusqu'au 15 juin, site www.bnf.fr) 

Dries van Noten. La mode est à la mode. Surtout dans les musées, qui ont trouvé un sujet très populaire, ne coûtant pas trop cher et presque toujours sponsorisé. Le Belge, dont les principales boutiques parisiennes se trouvent non loin de là, quai Malaquais, a ici fait dans l'esbroufe. Le décor est surchargé de motifs imprimés. Les modèles maison se voient confrontés aux collections historiques du Musée des Arts décoratifs et à quelques tableaux empruntés. Un Bronzino du Louvre peut ainsi se retrouver près des robes de 2014. La chose gêne aux entournures. Où s'arrête le promotionnel? Les musées sont-ils vraiment à vendre? Dans le genre, les Néerlandais Viktor et Rolf avaient fait ici dans la dentelle, si j'ose dire (jusqu'au 31 août, www.lesartsdecoratifs.fr) 

De Watteau à Fragonard, Les fêtes galantes. Le Musée Jacquemart-André s'est créé un public plus tout jeune de dames finissant leur après-midi au salon de thé du rez-de-chaussée. D'où une programmation agréablement désuète. Le XVIIIe siècle pictural n'est plus très à la mode... Il y a pourtant là de très bonnes toiles, venues d'un peu partout. La Banque de France a par exemple prêté "La fête à Saint-Cloud", qui reste parmi les chefs-d’œuvre les plus légers et les plus vaporeux de Fragonard. Lancret se révèle ici majeur, alors qu'il a donné tant de toiles mièvres. Si Boucher déçoit cette fois un peu, Le Prince possède ici un représentant princier. Seul bémol, le décor. qui ressemble aux confiseries d'antan (jusqu'au 21 juillet, site www.musee-jacquemart-andre.com 

J''arrête là... Tant pis pour le joli François-André Vincent, Le trait en liberté du Musée Cognac-Jay. Désolé pour Papier glacé au Palais Galliera, autre temple de la mode. Mais, comme je le disais plus haut, trop, c'est trop... Photo (Bill Viola): Image d'une vidéo d'un artiste obsédé par l'eau et par le feu.

Prochaine chronique le jeudi 17 avril. Une "muséomixeuse" exercera ses talents à Genève. Qu'en penser?

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