Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/Paris du Maroc aux Mayas

Une exposition, c'est non seulement des vitrines avec des objets, mais aussi une vitrine ouverte sur le monde. Paris permet aujourd'hui de se promener sans risques (et sans trop se fatiguer) en Afrique, en Amérique du Sud ou au Japon. Petit tour d'horizon, avec trois manifestations de prestige dans trois lieux phares. Les invités aiment se voir bien logés par l'Etat français. 

"Le Maroc médiéval", au Louvre. Le prototype même de l'exposition diplomatique. Il a d'ailleurs fallu l'accord de Mohammed VI pour que certains objets sortent du pays. En 300 pièces, le visiteur va du XIe au XVe siècle et bien au-delà des frontières actuelles. Une stèle en arabe du XIIe siècle venue du Mali illustre la pointe sud. De très nombreux prêts de l'Espagne (assez peu remerciée pour son geste...) matérialisent la pointe nord: Séville, Almeria, Ceuta. Le but est bien sûr de montrer l'aspect multiculturel d'un royaume ayant connu plusieurs dynasties. Un pays musulman, certes, mais aussi juif et chrétien. Certains échanges, pas toujours pacifiques, prouvent d'apparents syncrétismes. Un lustre de mosquée est construit autour d'une cloche, prise en 1333 après la bataille de Gibraltar, perdue par les catholiques. Un oiseau de bronze hispano-mauresque (ici représenté par une réplique) couronnait jadis la cathédrale de Pise. De somptueux brocarts, conservés dans les églises de France, ont servi à emballer des reliques. Réunissant des objets venus du Maroc entier et de nombreuses villes d'Europe, "Le Maroc médiéval" offre une réunion unique d’œuvres importantes. La manifestation se voit jumelée avec une autre (82 artistes) sur la création marocaine actuelle. Elle occupe les sept étages de l'Institut du monde arabe. (Jusqu'au 19 janvier). 

"Mayas", au Musée du Quai Branly. Le type même de l'exposition itinérante. Partie comme il se doit de Mexico, elle a passé par São Paulo avant d'arriver à Paris et de repartir pour Liverpool. Il s'agit pourtant là d'une énorme chose. Quatre cent objets, dont certains ne semblent pas particulièrement légers. Tous proviennent de musées mexicains, ce qui exclut les population maya ayant vécu dans les actuels Guatemala et Bélize. Notez qu'il fallait bien cette quantité pour brasser un bon millénaire, l'apothéose se situant entre 250 et 900 de notre ère. Le parcours en forme d'escargot, imaginé par l'atelier Wilmotte & Associés, se veut thématique. Autant dire qu'on y brasse quantité de notions compliquées. Elles vont du comptage du temps, si important pour une civilisation où il semblait à la fois "flexible et interprétable", au cours express de glyphes. Depuis la fin des années 1970, l'écriture maya a perdu beaucoup de ses mystères. Les textes sont aujourd'hui à 80% lisibles. Il ne reste plus au public, un peu lassé, qu'à aborder les mystères de la mort, avec notamment une superbe série de masques humains en mosaïque de jade. Les panneaux explicatifs n'insistent pas trop sur les sacrifices humains, pourtant supposés alors maintenir le monde en équilibre, même si l'automutilation occupe ici une petite place. Officiellement, face aux conquérants espagnols, les Mayas demeurent des gentils-gentils. (Jusqu'au 8 février) 

"Hokusai", au Grand Palais. L'exemple même de l'exposition boulimique. La rétrospective Hokusai (1760-1849) du Grand Palais rassemblera en tout 500 œuvres. Il y aura cependant eu un changement à la mi-temps. Les exigences de conservation, particulièrement strictes au Japon (d'où proviennent quasi toutes les pièces présentées à Paris) exigeront 175 remplacements. L'exposition restera donc fermée du 21 novembre au 1er décembre. Je vous rassure tout de suite. Même ainsi, des estampes du célèbre maître nippon du genre, avec son aîné Utamaro, il y en a déjà bien trop à la fois. Nombreux par rapport à la taille des gravures, les visiteurs saturent après trois salles. Il leur faut supporter des alignements et parfois des empilements. Le centre des salles se voit en plus rempli de vitrines contenant une partie des livres illustrés par l'infatigable artiste. Peu de peintres ont autant produit qu'Hokusai, qui adopta, durant sa longue carrière, autant de styles que de noms. Il faut dire que l'homme donnait les dessins que toute une équipe transformait en gravures aux tons subtils. Il subsiste de rares feuilles montrant le début du processus. Londres a envoyé quelques projets d'Hokusai. Plusieurs visites seraient nécessaires pour absorber tout ça, même s'il y a aussi des rouleaux peints nettement plus grands. Je garde un meilleur souvenir de l'Hokusai du Palazzo Reale de Milan (1999-2000), plus sélectif et donc plus succinct. (Jusqu'au 18 janvier)

Photo (RMN): Un panneau marocain en mosaïque de bois. L'exposition du Louvre regroupe un certain nombre de créations de ce type.

Prochaine chronique le dimanche 2 novembre. L'historien de l'art allemand Werner Spies, qui dirigea un temps le musée du Centre Pompidou, publie ses mémoires. Plus de 600 pages!

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