Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS / Les douze rendez-vous suisses

En Suisse, tout commence tôt. Normal qu'il en aille donc ainsi pour les expositions d'automne, dont beaucoup sont déjà visitables. Il leur manque cependant parfois une vraie visibilité, ce qui n'est pas la même chose. Nombre d'institutions ont en effet renoncé à un affichage national. Il y a bien longtemps qu'on n'a plus vu, à Genève ou à Lausanne, d'annonce pour une manifestation se déroulant au Tessin. Il faut dire que Lugano apparaît lointaine. Bien plus que Milan ou Paris. La distance est devenue de nos jours bien plus horaire que kilométrique.

Que voir cet automne? Voici une liste muséale parfaitement subjective. Disons pourtant qu'elle reflète moins mes goûts personnels (car j'en ai, si si...) que les ambitions «grand public» des institutions. Je me limiterai à une sélection de douze. Il faut bien faire des déçus.

Edvard Munch, les estampes. Le Norvégien a multiplié entre 1896 et sa mort en 1944 (après c'eut évidemment été difficile) les gravures sur bois, en modifiant leurs couleurs. Le Kunsthaus de Zurich proposera 200 tirages du 4 octobre au 12 janvier. Rappelons que le musée possède une des plus importantes collections Munch hors de Scandinavie.

Henri Michaux, Moments. Curieux destin posthume que celui du Belge! De son vivant, on vantait l'écrivain, né en 1899 et mort en 1984. Le dessinateur, travaillant sous l'emprise de stupéfiants (surtout la mescaline) a aujourd'hui pris le dessus. Le Kunstmuseum reprend depuis le 7 septembre une exposition de Bruxelles. Elle restera en place jusqu'au 24 novembre.

Le Sexe faible. Une comédie d'Edouard Bourdet, écrite dans les années 20, donnait ce titre à une pièce sur la montée en pouvoir des femmes. Le Kunstmuseum de Berne montrera du 18 octobre au 9 février une «nouvelle image de l'homme dans l'art». Il s'agit bien sûr là d'une présentation collective d’œuvres contemporaines.

Germaine Richier. Le même musée, qui sacrifie toujours davantage ses salles permanentes au profit de manifestations temporaires, va proposer une rétrospective Richier du 29 novembre au 6 avril. L'artiste a beau figurer dans toutes les histoires de l'art. Morte en 1959 à 57 ans, la Française n'a toujours pas trouvé sa place parmi les grands du XXe siècle.

Niklaus Stöcklin. Un autre négligé... Stöcklin est né en 1896 à Bâle, où il aura vécu jusqu'à sa mort en 1982. Son œuvre, très important dans les années 1920 et 1930, se situe au carrefour du «réalisme magique», de la «Neue Sachlichkeit» et du surréalisme. Le Kunstmuseum présente ses Stöcklin jusqu'au 3 novembre. Il lui faudra une fois faire les choses plus sérieusement.

Mondrian-Newman-Flavin. Trois générations d'une abstraction tendant toujours davantage au minimalisme. Piet Mondrian est en effet né en 1872, Barnett Newmann en 1905 et Dan Flavin en 1933. Le directeur du Kunstmuseum de Bâle Bernhard Menges Bürgi réglera lui-même cette exposition, qui démarrera le 8 novembre pour se clore le 19 janvier.

Quand l'homme est un homme. L'exact contraire de l'exposition «Le sexe faible»... L'Antikenmuseum de Bâle propose jusqu'au 30 mars une manifestation sur l'idéal masculin grec entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C. Les œuvres sont tirées de ses importantes collections. Attention! Ce qu'on appellerait aujourd'hui la pédophilie figure au programme.

Mythes et mystères. C'est reparti pour un tour! Du 15 septembre au 12 janvier, le Museo d'Arte et le Museo cantonale d'arte de Lugano (qui constituent donc deux entités distinctes) reprennent l'exposition du Kunstmuseum de Berne sur le symbolisme en Suisse. Les œuvres proposées sont pour la plupart les mêmes, mais il y a cependant des différences.

Sebastião Salgado, Genesis. Le photographe brésilien, qui va sur ses 70 ans, nous donne son hymne aux beautés de la Planète. Le Musée de l'Elysée se devait d'accrocher du 20 septembre au 29 janvier une version de cette exposition, dont une autre se voit parallèlement proposée à Paris. On n'aime ou on n'aime pas l'artiste, qui propose toujours des images léchées et (re)travaillées.

Nostalgie de la Perse. A l'heure où l'Iran, aux frontières plus étriquées, fait beaucoup parler de lui, voici un retour aux dynasties safavide et qajar. C'est le Museum Rietberg qui va proposer ce grand voyage du 27 septembre au 12 janvier. L'institution sortira ici de son aire géographique. Le monde islamique n'y est que fort peu représenté en dehors de la miniature indienne.

Cross Over. Le Fotomuseum de Winterthour célèbre cette année les 20 ans de son ouverture. Il a accueilli depuis la Fotostiftung Schweiz. L'une des expositions phares de 2013 est vouée à la photographie scientifique. Une branche souvent laissée pour compte. Le public peut découvrir jusqu'au 17 novembre son étendue et sa variété.

Thomas Schütte. Les Genevois ont pu voir cet été quatre sculptures de bronze, genre bonshommes Michelin, à la place Neuve. Elles servaient d'annonce à la rétrospective que la Fondation Beyeler entend consacrer au sculpteur allemand, qui fêtera ses 60 ans en 2014. Le parcours, intérieur et extérieur, proposera trente ans de ses créations du 6 octobre au 2 février 2014.

Photo (DR) Une des gravures de Munch annoncées par le Kunsthaus de Zurich.

Précision. J'ai parlé hier de trois millards pour agrandir la Tate Modern à Londres. Je viens de lire ailleurs le chiffre de 300 millions. Comment de telles variations sont-elles posibles? Parce que ce genre de constructions est devenu ingérable. Il suffit de voir les dépassements de budget du centre culturel conçu par les pédaleurs en tandem Herzog et De Meuron pour Hambourg. On ne peut pas dire que la Philharmonie se construise dans l'harmonie. On en arrive maintenant aux procès.

Prochaine chronique le mardi 17 septembre. Verres du XXe siècle à Venise, Napoleone Martinuzzi sur l'île San Giorgio et Seguso sur celle de Murano.

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