Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS / Le "best of" et le "worst of" suisse

C'est prétentieux. Je sais. En plus, je n'ai pas tout vu. Impossible de faire la tournée des popotes. Quand je vois que la revue "Beaux-arts" propose, en supplément de son numéro de juillet, "Les 1000 expositions de l'été", ma tête tourne. Je veux bien que la Suisse demeure plus petite que la France. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit sans doute du pays le plus muséifié du monde. Autant dire que les institutions privées et publiques débordent en ce moment de propositions. 

Je me suis volontairement limité à trois listes. Celle des coups de cœur reflète des choix spontanés. Le cœur ne se commande en principe pas (quoique...). Les choix raisonnés ont quelque chose de plus intellectuel. Ils supposent réflexion et pondération. Les rejets concilient ces deux extrêmes. Je vais tenter d'expliquer pourquoi je n'aime pas, puisque il faut se justifier de détester, mais pas d'adorer. Que voulez-vous? Nous sommes dans une ère "positiviste". Je suppose que vous l’avez remarqué. Les sites sociaux ne permettent que de dire "j'aime", ou de s'abstenir. Sur ce, c'est parti!

Les coups de cœur

"Roma eterna". L'Antikenmuseum de Bâle brasse les sculptures romaines, médiévales, Renaissance et néo-classiques de la Fondation Santarelli et de la Collection Zeri dans un décor aux folles couleurs acidulées. Puissamment roboratif. (www.antikenmuseumbasel.ch, jusqu'au 16 novembre)

"Des hommes et la forêt". Le Château de Nyon sort du bois. Il réussit à faire sens en mélangeant des œuvres anciennes et modernes sur un thème qui touche au fantasmatique. L'arbre ne laisse personne indifférent. Très jolie mise en scène. (www.chateaudenyon.ch, jusqu'au 26 octobre)

"Textiles bouddhiques japonais". La Fondation Baur aligne ses nappes d'autel, taillées aux XVIIIe et au XIXe siècles dans de somptueux brocarts. Le musée genevois publie le livre qui leur est consacré. A voir sans trop comprendre. C'est superbe. (www.fandation-baur.ch, jusqu'au 10 août)

"Tatiana Trouvé, The Longest Day". C'est à l'Italienne, née en 1968, qu'est consacrée la grande rétrospective estivale du Mamco. L'artiste a investi les lieux, creusant des trous dans les quelques murs ayant survécu à son passage. Une œuvre d'art totale. (www.mamco.ch, jusqu'au 21 septembre)

"Repas de fête". Le Musée de Carouge se met à table. Il rend ainsi hommage aux festins de jadis, quand la diététique ne l'emportait pas encore sur la convivialité. Une jolie installation contemporaine conclut le parcours sur un rêve frugal. (www.carouge.ch, jusqu'au 14 septembre) 

Les choix raisonnés

"Gerhard Richter". La Fondation Beyeler rend son hommage au plus cher des peintres actuels. L'Allemand se voit traité par séries. Le figuratif alterne avec l'abstraction. Comme dans les grands magasins, il y a de tout chez Richter! (www.fondationbeyeler.ch, jusqu'au 7 septembre)

"Cindy Sherman, Untitled Horrors". La plus coûteuse des photographes (avec Andreas Gursky) remplit la halle du Kunsthaus de Zurich. Il n'y a qu'elle sur les murs, dans tous les travestissements possibles. Sans surprise, certes, mais fascinant. (www.kunsthaus.ch, jusqu'au 14 septembre)

"Markus Raetz, SEE SAW". Le Musée Jenisch de Vevey reprend la rétrospective de Berne dans un cadre plus intime, mais très froid. L'accent se voit mis sur la gravure et le dessin. Avec Raetz, l'imagination se trouve bel et bien au pouvoir. (www.museejenisch.ch, jusqu'au 5 octobre)

"Alexandrie, la divine". On a rarement autant réfléchi et créé que la très multiculturelle cité, crée par les successeurs d'Alexandre le Grand. La Fondation Bodmer de Cologny se plonge dans ce creuset avec une exposition axée sur le livre incunable. (www.fondationbodmer.ch, jusqu'au 31 août)

"Terres d'Islam". L'Ariana genevois a fouillé ses caves. Il a fait des recherches sur ses céramiques persanes ou turques. L'essentiel se voit présenté sous forme d'exposition. C'est très honorable. Il manque juste quelques chefs-d’œuvre. (www.institutions.ville-geneve.ch/ariana, jusqu'au 31 août) 

Les rejets complets

"Humaniser la guerre". Le Musée Rath s'encombre d'une manifestation inutile et ratée, alors qu'il existe à Genève un Musée de la Croix-Rouge, récemment rénové. Le message reste conventionnel. La mise en scène se révèle désastreuse. (www.institutions.vile-geneve.ch/mah, jusqu'au 20 juillet)

"Emergences". Manifestation triennale, Bex et Arts se voue à la sculpture suisse contemporaine. Le lieu, au dessus de la petit ville, est merveilleux. La vue fabuleuse. Mais que dire des pièces sélectionnées cette année? C'est en effet n'importe quoi. (www.bexarts.ch, jusqu’au 5 octobre)

"Sésame, ouvre-toi". Le Kunstmuseum de Berne propose en première un petit fragment de la collection ultra-nationaliste du richissime Alémanique Bruno Stefanini. Hodler, Augusto Giacometti ou Segantini voisinent du coup avec le pire. (www.kunstmuseumbern.ch jusqu'au 24 août)

"Renoir". L'artiste français a beaucoup peint. Trop, sans aucun doute. A côté de quelques merveilles se trouvent donc d'indéfendables croûtes. Que de nudités roses et molles! La chose se voit bien reflétée par la Fondation Gianadda de Martigny. (www.gianadda.ch, jusqu’au 23 novembre)

"Only God Can Judge Me". L'Elysée de Lausanne a produit la nouvelle série du "prodige" Matthieu Gafsou. Le Romand a voulu montrer la scène de la drogue vaudoise sous un jour poétique. C'est esthétisant au pire sens du terme. La dope revue pour "Vogue". (www.elysee.ch, jusqu'au 24 août).

Photo (Château de Nyon): L'installation d'Eva Jospin pour "Des hommes et la forêt". Elle est entièrement en carton.

Prochaine chronique le mercredi 9 juillet. Paris consacre une belle (mais sinistre) exposition à l'architecture de guerre, 1939-1945.

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