Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Zurich montre Munch graveur

Tout change. Même le passé. Les "valeurs sûres" de l'histoire de l'art se retrouvent constamment modifiées. Il y a cinquante ans, peu de gens parlaient ainsi sur le Continent de William Mallord Turner, confiné en Angleterre, où la plupart de ses toiles moisissaient dans les caves de la Tate Gallery. Et nul ne prononçait hors du monde germanique et scandinave le nom d'Edvard Munch, qui aura été quelques mois "le peintre le plus cher du monde en vente publique" grâce à une nième version du "Cri" en 2012 (120 millions de dollars à New York, le 2 mai).

Munch fait pourtant partie, depuis près d'un siècle, des chouchous du Kunsthaus de Zurich. Il y a reçu sa première grande rétrospective en 1922, alors que son art commençait à sérieusement décliner. Il ne faut pas oublier que le Norvégien, né en 1863, avait pratiquement tout dit de son mal de vivre en 1900. Il ne fera dès lors plus que se répéter, mais de manière affaiblie. Je me souviens d'une pénible présentation de ses autoportraits successifs à la Royal Academy de Londres, il y a quelques années. L'impression de copie carbone devenait à la longue accablante. Il ne manquait même pas l'empâtement progressif de la matière...

Le plus important ensemble hors de Norvège

Dès 1920, logiquement, le musée zurichois, alors dirigé par Wilhelm Wartmann, a donc acquis des Munch. Il en possède aujourd'hui près d'une vingtaine. Le plus important ensemble de toiles du Scandinave hors de son pays d'origine. Orsay, pour prendre une comparaison, n'a de lui qu'un seul tableau, exécuté en plus un jour de distraction. Ce sont les propriétés zurichoises qui accueillent le visiteur du Kunsthaus au début de l'exposition, en principe réservé à l’œuvre gravé.

Les quelque 150 planches présentées ensuite n'appartiennent pas au musée. Elle ont été empruntées à de riches particuliers. Une eau-forte ou un bois gravé du maître valent aujourd'hui, eux aussi, leur pesant d'or. Tout est paraît-il là, du premier essai à la pointe sèche à l'ultime lithographie des années 1930 ou 1940. L'accrochage se veut en effet exhaustif. Il s'accompagne du reste d'un gros catalogue, dont il existe une version allemande et une autre anglaise.

Motifs répétitifs

L'ennui vient, on le sait, de l'uniformité. Il se fait ici très présent, dans la mesure où le peintre se contente souvent de modifier un détail d'une planche à l'autre. Il change un détail de la composition. Il prend d'autre couleurs, si l’œuvre est polychrome. Ou il refait le tout, mais presque à l'identique. C'est généralement le cadrage qui varie. Encore faut-il le remarquer...

Dans ces conditions, la visite paraît vite interminable. Il y a peu de révélations. N'empêche que cela marche! Les visiteurs se pressent. A certains moments, ils se bousculent même. On se demande juste s'ils viennent voir les œuvres ou l'argent mis sur les murs. Munch ne gagne rien à se voir consommer de manière aussi massive. On pourrait paler ici d'overdose.

Pratique

"Edvard Munch, 150 œuvres gravées", Kunsthaus, 1, Heimplatz, Zurich, jusqu'au 12 janvier. Tél. 044 253 84 97, site www.kunsthaus.ch Ouvert samedi, dimanche et mardi de 10h à 18h, du mercredi au vendredi de 10h à 20h. Photo (Kunsthaus): Une version d'"Angoisse".

Le Kunsthaus présente sa cuvée 2014

Comme tous les musées qui se respectent (et même ceux qui ne se respectent pas), le Kunsthaus a communiqué son programme de l'année prochaine. Il y aura de nombreuses expositions en 2014, alors que devraient commencer, de l'autre côté du Heimplatz, les travaux d’agrandissement.

Je me limiterai donc aux trois "blockbusters" d'une institution qui a connu ces dernières années un net fléchissement de fréquentation. Du 17 février au 11 mai, ce sera "L'expressionnisme allemand et la France". Le cheminement mènera de Paul Gauguin et Vincent Van Gogh au "Cavalier bleu". Gageons qu'une figure de passeur, comme Robert Delaunay, se verra mise en évidence.

Egon Schiele contre Jenny Saville

Du 6 juin au 14 septembre, l'aile Bührle présentera de la photographie. Mais attention! De la photo d'art. Cindy Sherman sera omniprésente avec ses énormes "Untitled Horrors". Enfin, du 10 octobre au 18 janvier 2015, le musée opposera Egon Schiele et Jenny Saville. Née en 1970, l'Anglaise est connue pour ses nus, aussi monumentaux que peu flatteurs. On peut effectivement imaginer des correspondances entre ces duettistes improvisés.

Prochaine chronique le jeudi 28 novembre. Lyon expose les boîtes magiques du surréaliste américain Joseph Cornell.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."