Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION/Venise d'Azimut à Azimuth

Les revues ont joué un grand rôle dans la diffusion de l'art contemporain au XXe siècle. C'est ce que voulait illustrer Catherine Grenier dans son accrochage historique de Beaubourg, "Modernités plurielles" (une présentation bien modifiée après son départ en 2013). Certaines de ces publications, faiblement diffusées, sont pourtant demeurées éphémères. Difficile de durer moins qu'"Azimuth", créé en 1959 à Milan par Piero Manzoni et Enrico Castellani. La publication s'est arrêtée en 1960, après seulement deux numéros. 

C’est à cette aventure qu'est pourtant consacrée l'actuelle présentation de la Fondation Peggy Guggenheim de Venise. Il faut dire que Piero Manzoni, mort à 29 ans en 1963, est devenu une superstar. Ses tableaux tout blancs ("achromes") se disputent à coups de millions de dollars. Aujourd'hui âgé de 84 ans, son compère, qui travaille toujours du côté de Viterbe, ne se défend pas trop mal non plus en salle de vente. Un bon grand Castellani des années 60 peut espérer une enchère record. Une de ses toiles s'est ainsi vendue 1,314 million de livres chez Christie's à Londres le 16 octobre. Il y a quelques jours, donc.

Pendant à New York 

Luca Massimo Barbero s'est chargé de monter la manifestation, un brin transatlantique. Le Guggenheim de New York propose parallèlement "Zero, Countdown to Tomorow", où l'on retrouve les même artistes à la même période. Ici, tout reste centré sur les seules années 1959 et 1960. Le tandem Manzoni-Castellani avait en effet fondé, parallèlement à la revue, la galerie Azimut (sans "h" final) à Milan. Il s'agit aujourd'hui de montrer l'art qui s'y voyait promu, la poésie moderne défendue par "Azimuth" ayant un peu passé à l'as. 

Sur les murs, le visiteur retrouve du coup un certains nombre de noms devenus illustres depuis, avec chez certains une tendance toujours marquée à la monumentalité. C'est notamment le cas pour Jasper Johns et Jean Tinguely, qui se voit ici représenté par un modeste mobile blanc de ses débuts. Il y a aussi un Yves Klein format de poche (bleu, bien sûr!) et quelques Fontana. De plus de trente ans l'aîné de Manzoni et de Castellani, l'Italo-Argentin leur servait un peu de "père" par sa radicalité. Précisons cependant qu'il n'en retenaient que l'aspect le plus novateur, avec les toiles monochromes entaillées au scalpel. Le Fontana céramiste ou figuratif restait bien sûr mis de côté. Chacun cherche chez ses aînés ce qui le justifie.

Venise, une ville importante pour l'art moderne

Bien faite, bien présentée, bien expliquée, l'exposition venge un peu le visiteur de la grande rétrospective Manzoni au Palazzo Reale de Milan du début de l'année, à la mise en scène catastrophique, pour autant qu'il y en ait eu une. Assez courte, elle permet aussi à la Fondation Guggenheim de ressortir des dépôts la grande collection futuriste de Gianni Mattioli, confiée au musée en dépôt permanent depuis 1997. Une pluie de chefs-d’œuvre (Boccioni, Carrà, de Chirico...), complétée par quelques achats italiens de Peggy Guggenheim, qui n'avait pas mauvais goût non plus. 

Avec ce qui se trouve dans le palais lui-même, et en pensant aux environs immédiats, le public se dit qu'il est bien servi en matière d'art moderne ou contemporain à Venise. La Fondation Pinault est juste à côté, Punta della Dogana. Non loin de là se trouve la fondation mausolée consacrée au peintre abstrait Emilio Vedova (1919-2006)

Pluie de fondations 

Pinault occupe aussi le Palazzo Grassi, en face de la Fondazione Prada. La Fondazione Bevilacqua la Masa occupe désormais, elle aussi, deux lieux distincts, dont un place Saint-Marc. Il y a chaque année une biennale, celle d'architecture ressemblant de plus en plus à celle des arts visuels. La Ca' Pesaro est un musée moderne richement doté pour la première moitié du XXe siècle (Chagall, Klimt, Casorati, Rodin...). Elle détient en plus, de manière durable, la collection d'"arte povera" et de minimalisme formée par la galeriste Ileana Sonnabend (1914-2007). Qui dit mieux?

Pratique

"Azimut/h, Continuità e nuovo", Fondation Peggy Guggenheim, Dorsoduro 701-704, Venise, jusqu'au 19 janvier. Tél. 0039041 240 54 11, site www.guggenheim-venice.it Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h. Photo (Fondazione Guggenheim): Une toile de Castellani. L'artiste italien tend une toile blanche sur une structure de clous. Il s'agit donc d'une création proche du bas-relief.

L'article va avec celui, immédiatement en-dessous, sur l'exposition Hiroshige du Palazzo Grimani de Venise.

Prochaine chronique le dimanche 16 novembre. Un énorme livre, très lourd et très cher bien sûr, vient de sortir sur Piero della Francesca.

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