Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Venise accueille Manet. Mais pourquoi?

Et de trois! Au printemps 2011, le Musée d’Orsay proposait «Manet, inventeur du moderne». Il y a quelques mois, la Royal Academy de Londres offrait une rétrospective Manet, axée sur le portrait. Voici maintenant «Manet, Retour à Venise», au Palais des Doges. Une exposition «hors les murs» d’Orsay, puisque les œuvres en proviennent très souvent et que le commissaire se nomme Stéphane Guégan. 

Pourquoi «retour»? Parce que Manet s’est rendu deux fois dans la cité lagunaire. La première, c’était en 1853. La ville se trouvait sous la griffe autrichienne. Elle avait bien tenté de s’affranchir de la tutelle viennoise en 1848, annonçant la restauration de sa république. Les choses s’étaient mal terminées. Autant dire que la situation apparaissait plombée. Même pour les touristes. 

Peu inspiré par les lieux

En 1874, l’année de la première exposition impressionniste (à laquelle il a refusé de participer), Manet revenait à Venise. Cette dernière faisait partie du Royaume d’Italie depuis 1866. Les choses se révélaient plus calmes, et le peintre mieux connu. Son arrivée se voyait même signalée par un quotidien local. Un journal mis bien en vue au seuil de l’exposition, présentée dans l’ancien appartement du doge. 

Qu'a fait Manet durant ces deux séjours? Il a copié un peu, donnant ainsi des dessins impersonnels. Il a aussi exécuté en 1874 une «Vue du Grand Canal», rarement exposée. Et pour cause! La chose, qui appartient à une collection privée, a bien de la chance d’être un Manet. Nul ne la regarderait dans une brocante. Manet a connu comme ça ses mauvais jours… 

Les petits plats dans les grands

Voici le prétexte. Il fallait cependant trouver du consistant à montrer. Venise a donc mis les petits plats dans les grands. L’exposition est parvenue à obtenir des prêts inimaginables. L’«Olympia», que Paris ne confie jamais, se retrouve  à côté de «La Vénus d’Urbin» du Titien, dont elle s'inspire. Une toile qui ne sort normalement pas des Offices. On imagine la dépense. Ce Manet, plus ce Titien, cela représente combien en assurances? 

Tout au long du parcours, sur fond violet, les rencontres se succèdent ainsi, tandis que les organisateurs s’éloignent du sujet initial. C’est Manet et l’Italie. Manet et l'Espagne. Manet et le monde. A part «Le déjeuner sur l’herbe», Orsay a envoyé presque tout ce que le musée possède. Les œuvres racontent hélas n’importe quoi. Fallait-il vraiment placer «Le Balcon» à côté des «Courtisanes» de Carpaccio sous le signe de l’incommunicabilité? 

Luxueuse au possible, mais finalement creuse, l’exposition ne draine pas les foules attendues. Elle bénéficie d’une entrée séparée au Palais des Doges. Les gens entraient le mois dernier dans les dix minutes. Il faut dire que Venise constitue la capitale du tourisme bas de gamme. Les visiteurs, venus d’un peu partout, se contentent souvent de promenades en ville. Certains d’entre eux n’entrent même pas dans un monument, s’il faut s’acquitter d’une entrée. Alors, vous pensez, Manet… 

Pratique

«Manet, retour à Venise», Palais des Doges, Venise, jusqu’au 18 août, ouvert tous les jours de 9h à 19h, les vendredis et samedis jusqu’à 20h. Photo: la tête du "Fifre", venu à Venise du Musée d'Orsay (RMN)

Dimanche 9 juin. Chronique sur la Biennale de Venise.

 

 

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