Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Montpellier montre tout Claude Viallat

Montpellier lui devait un hommage. Voilà qui est fait. Claude Viallat a investi, comme on dit, le Musée Fabre. "Carte blanche". Comme l'artiste ne donne pas dans la miniature, les salles temporaires lui ne suffisaient pas. L'institution a donc décroché ses Soulages afin de lui donner d'immenses espaces supplémentaires. Et, pour faire bon poids, le Nîmois a eu la permission de s'infiltrer dans l'Hôtel de Cabrières-Sabatier d'Espeyran voisin, servant aux arts décoratifs. Là, il a tout de même dû se montrer discret. Il fallait jongler avec les commodes et les secrétaires. 

Tout le monde (enfin tout le monde s'intéressant à l'art contemporain) connaît Viallat pour ses immenses toiles, proposées sans cadre. Les gens cultivés sortent à leur propos les termes sibyllins, mais convenus, de "Supports/Surfaces". L'homme a participé en 1969 à la création de ce mouvement unissant des créateurs méridionaux. Ces artistes renonçaient à la rigidité (et à la rigueur, ce qui n'est pas la même chose!) du châssis de bois. Mais il faut ajouter que Viallat, très indépendant, a donné sa démission à ses confrères Dezeuze, Bioulès Saytour et Pagès dès 1971. Autant dire que, pour lui, l'orthodoxie de "Supports/Surfaces" resta plutôt courte.

Peintures au sol 

Avant d'aller plus loin, en se promenant dans les salles, un peu de biographie s'impose. Viallat est né en 1936, dans une famille de notaires protestants. Sa première toile proposée au Musée Fabre, de facture classique, montre un pasteur en chaire. Elle date de 1956. On imagine ce que peuvent en déduire nos amis français, toujours prêts à fantasmer sur l'ascétisme calviniste. "Les mots, Claude Viallat n'en prononce pas beaucoup, au fur et à mesure qu'il déroule ses toiles sur le sol d'un mouvement régulier et sans doute est-ce bien ainsi: le déploiement répété de ces splendeurs suffit", écrit la journaliste de "Connaissance des arts" après une visite d'atelier. 

Mais reprenons le fil. L'artiste débutant accomplit son service militaire dans l'Algérie en guerre. Il y réalise de petites huiles sur bois. C'est en 1963 qu'il développe la peinture au sol, à la manière d'un Jackson Pollock qu'il ne découvrira pourtant à New York qu'en 1972. En 64, il enseigne aux Arts Déco de Nice, la Mecque provençale des arts. Trois ans plus tard, sa méthode personnelle semble au point. Viallat marque de manière répétitive son support avec une forme neutre, ce qui le pousse aux réalisations de grande taille. Ne manque plus que l'imprégnation de couleurs dans le tissu. L'homme peut alors rencontrer ses futurs (et éphémères) complices.

Créations sur tentes de cirque 

La suite est faite d'enseignement et d'exposition marquantes. Viallat devient une vedette, format français. D'où son accès à la Biennale de Venise en 1988 et aux commandes publiques. Nîmes l'accueille en grandes pompes il y a six ans. En 2014, en même temps que Montpellier, le septuagénaire dispose d'une autre vitrine. "Grounds for painting" se promène à travers l'Allemagne. Une première vraie reconnaissance internationale. Les pavillons des Giardini vénitiens restent des ambassades. 

Revenons au Musée Fabre. Le visiteur commence son périple par le premier étage. Déroulé historique. Les salles temporaires présentent au rez-de-chaussée les œuvres actuelles. L'homme a une production torrentielle. Il faut le grand hall pour présenter son aspect le plus colossal. Viallat n'appose pas sa marque que sur parasols, bâches de camion ou tentes militaires. Le toit des cirques ne lui fit pas peur. A juste titre, d'ailleurs. Les réalisations de taille normale font moins d'impression que ces rideaux, déployés sur la hauteur de plusieurs étages. Les couleurs apparaissent plus intenses. L'effet de répétition du motif joue au maximum. Reste que la vente de ces "monstres" doit se révéler difficile... J'avoue juste ne pas aimer certains tissus de base zébrés et les effets de diamantine, fort peu protestants. Le kitsch n'ajoute rien, comme chez l'Américain Frank Stella. Il se contente d'agresser.

Un musée qui achète

Le visiteur qui estimerait ne pas en avoir assez pour le prix de son billet d'entrée peut poursuivre sur sa lancée. Il constatera que l'immense musée fait partie des rares institutions de région (on ne doit plus dire "province") achetant beaucoup. Parmi les dernières acquisitions figurent des toiles des baroques Lionello Spada et Andrea Vaccaro, comme du rococo local Jean Raoux. Plus quelques-unes de François-Xavier Fabre, bien entendu, même si l'institution a hérité de son atelier complet dans les années 1830.

Pratique 

"Viallat, Une rétrospective", Musée Fabre, 39, boulevard de la Bonne Nouvelle, Montpellier, jusqu'au 2 novembre. Tél. 00334 67 14 83 00, site www.museefabre,montpellier-agglo.com Ouvert tous les jour, sauf lundi, de 10h à 18h. Photo (DR): Claude Viallat devant l'une de ses pièces monumentales.

Prochaine chronique le mardi 19 août. Auteur de trois gros livres d'entretiens sur les "Artistes", Collectionneurs" et "Galeristes", Anne Martin-Fugier parle de l'art contemporain en France. Une gros, gros interview.

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