Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Modigliani revient à la Fondation Gianadda

Bis repetita. Comme Nicolas de Staël, Amedeo Modigliani en arrive à son second tour de piste à la Fondation Gianadda. Il faut dire que vingt-trois ans se sont écoulés depuis la rétrospective de 1990, montée par Daniel Marchesseau. Une bonne génération. De quoi renouveler le public et le regard sur un artiste qui produisait il y a maintenant presque un siècle.

A Martigny, cet été, il semble pourtant y avoir toujours le même type de visiteurs pour «Modigliani et l'Ecole de Paris». L'expression «Ecole de Paris» commence en effet à dater. Comme celles de la «réalité poétique» ou des «peintres témoins de leur temps» qui ont suivi. La création s'est depuis internationalisée. Globalisée. Intellectualisée. La mort a de plus accompli son œuvre. Quand Jean-Marie Drot filmait pour la télévision française «Les heures chaudes de Montparnasse», en 1960, il subsistait quantité de survivants des années 1920. Aujourd'hui, plus personne...

Mise en contexte

Mais arrivons-en à l'actuelle exposition, proposée par le Centre Pompidou à la Fondation Gianadda. Il s'agissait de refaire un Modigliani avec les tableaux de Beaubourg, en ajoutant ceux conservés en Suisse. L'Italien se verrait remis en contexte. Il y aurait là aussi bien Matisse, Picasso ou Brancusi que des artistes que le Centre semble tenir en piètre estime. Si Dufy revient aujourd'hui en grâce, on n'a jamais vu à Beaubourg ni Utrillo, ni Suzanne Valadon, ni Henri Hayden, et a fortiori ces inconnus que sont devenus Alfred Reth ou Manuel Ortiz de Zarate.

Il faut dire que, même si les toiles de Modigliani peuvent valoir dans les dix millions de francs pièce en vente publique, le Toscan lui-même devient ici suspect. Le musée du Centre constitue le temple des avant-gardes historiques. Il tend un fil qui va des fauves au minimalisme, en passant par le cubisme, le surréalisme et les abstractions. Or l'Italien se situe dans une figuration classique. Il peine à trouver sa place dans le parcours. Il se verra donc évoqué par une deux toiles au mieux.

Quelques tableaux majeurs

Dépassé par sa gauche, le «Montparno» l'est aussi par sa droite. Certains académismes de la première après-guerre ont trouvé droit de cité dans des musées comme La Piscine de Roubaix (qui fait un tabac) ou au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt. Pire encore! On est en train de trouver que la peinture italienne de l'époque mussolinienne n'était pas si mal que ça. Les Milanais ou les Romains finissent par préférer Mario Sironi ou Carlo Carrà au Livournais exilé à Paris.

Reste que la commissaire Catherine Grenier a bien fait son travail. Il y a aux murs des pièces majeures, comme le «Portrait de Gaston Modot» ou la grande «Maternité». L'environnement vaut au visiteur de bons Soutine bien torturés, deux Dufy lumineux et une belle sélection de sculptures, Modigliani tailleur de pierres étant lui-même richement représenté.

Les Suisses ont su saisir la perche. Il y a des toiles superbes en provenance du Kunstmuseum de Berne ou de la Fondation Bührle de Zurich. Cette dernière fait ainsi l'affiche avec le même nu qui occupait la couverture du catalogue de 1990, toujours disponible. Dans celui de 2013, Léonard Gianadda se targue d'avoir réuni tous les Modigliani des institutions publiques du pays. Le Musée d'art et d'histoire de Genève en possède un depuis 1988, qui n'a apparemment pas été invité. Qu'en déduire? Rien, si ce n'est que le catalogue de l’œuvre de «Modi» a toujours suscité de douloureuses batailles d'experts.

Pratique

«Modigliani et l'Ecole de Paris», Fondation Gianadda, 59, rue du Forum, Martigny, jusqu'au 24 novembre. Tél.027 722 39 78, site www.gianadda.ch Ouvert tous les jours, de 9h à 19h. Photo (DR). le "Nu" de  Modigliani qui fait l'affiche. En 1990, il servait de couverture au catalogue...

Le British Museum à Martigny en 2014

La Fondation Gianadda a déjà reçu chez elle l'Ermitage (celui de Saint-Pétersbourg, donc), le Musée Pouchkine de Moscou ou le Metropolitan Museum de New York. Elle doit autant ces visites au dynamisme de Léonard Gianadda qu'à des chiffres d'entrées mirobolants à l'heure actuelle. La fréquentation de nombre de musées tend en effet aujourd'hui à diminuer.

L'hiver prochain, l'institution martigneraine accueillera le Bristish Museum de Londres. Un lieu aussi prestigieux qu'encombré. On se demande s'il peut présenter même le centième des œuvres de son fonds. Sept millions d'"items", cela fait tout de même beaucoup...

Il a donc fallu cibler. Martigny recevra de l'archéologie grecque et romaine. Sept thèmes célébreront la beauté du corps humain. Il y aura aussi bien des vases, des bronzes et des terres cuites que des marbres. On annonce notamment le «Diadumène», exhumé en 1862 à Vaison-la-Romaine, et acquis par le British. Il y aura aussi la copie la plus célèbre du «Discobole» de Myron, dont l'original, comme celui du «Diadumène», a disparu. L'exposition se tiendra à la Fondation du 21 février au 9 juin 2014. 

Prochaine chronique le jeudi 8 août. Le très dynamique Musée Fabre de Montpellier présente Signac.

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