Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Londres montre la mode des années 80

C'était hier. Du moins aime-t-on à le croire. La jeunesse devrait se révéler éternelle. Les clubbers des années 1980 acceptent donc encore plus mal de vieillir, et par conséquent de passer la main, que les rockers des désormais bien lointaines "sixties". La décennie n'en sent pas moins le musée. Le Victoria & Albert de Londres, qui n'en rate pas une, consacre depuis quelques mois une exposition de longue durée à "Club to Catwalk: London Fashion in the 1980s".

C'était vers 1980 une renaissance. Très grise jusque dans les années 1960, alors qu'elle vivait encore dans les brumes du "fog" apparemment éternel, la capitale britannique s'était alors réveillée une première fois en fanfare. Les Beatles et les Stones (plus une myriade d'autres groupes, allant des Kinks aux Herman's Hermits) dominaient la scène musicale. Mary Quant et Vidal Sassoon révolutionnaient une mode, qu'incarnaient dans les magazines Twiggy ou Jean Shrimpton.

Vivre de nuit

Pendant l'ère Thatcher, marquée par une très dure (pour les travailleurs, spécialement) remontée économique, tout était réuni pour un redépart placé sous le signe de la contestation. Si les années 1980 étaient bien marquées par la peur du sida, elles formaient aussi celles des clubs en tous genres. La vie ne se situait plus le jour, mais la nuit. On baignait dans le disco. Tout le monde voulait se montrer chaque semaine sous un jour nouveau. "Il n'y avait plus personne le vendredi dans mon école de mode", raconte volontiers un John Galliano qui commence à revenir en grâce après son exclusion. "Les élèves étaient bien trop occupés à coudre leurs vêtements du samedi soir."

Sous les boules à facette, reprises des dancings de l'avant-guerre, les "beautiful people" se trémoussaient à qui mieux mieux. Des discothèques prenaient des allures de temples. Il fallait y accomplir un pèlerinage en espérant ne pas se faire écarter du paradis par un videur. C'étaient les années de Taboo, Limelight, The Bell, The Blitz, auxquels répondra Le Palace de Paris. "Blitz" constituait aussi le nom du plus pointu des magazines de mode. On y voyaient les créations de jeunes, devenus célèbres de New York au Japon "overnight".

Des noms un peu oubliés

Bien des noms liés au vêtement ont plus ou moins disparu, Qui parle encore de la Maria Cornejo & John Richmond, ou encore de Richard Torry? Quant à Vivienne Westwood, née de la vague punk, elle fait aujourd'hui de la haute couture après avoir été anoblie par la reine... Une reine dont certains membres de la famille arborent aujourd'hui des chapeaux de Stephen Jones, un marginal des "eighties". D'où un léger goût de cendres dans les créations actuelles de ceux qui ont trop bien su tirer leurs marrons du feu.

Il y a désormais bien longtemps que le Victoria & Albert (V&A pour les intimes) possède une section dédiée au costume. Elle a commencé par rester très historique. Paniers et crinolines. Justaucorps et hauts de forme. Les intérêts d'une génération plus jeune de visiteurs ont néanmoins bouleversé la donne. La mode est devenue primordiale pour le musée. C'est elle qui remplit la caisse. Alors que les présentations classiques attirent peu de public, les vêtements font presque à chaque coup courir les foules.

La mode, une garantie de succès pour un musée

Le V&A a ainsi présenté aussi bien la rétrospective Vivienne Westwood qu'un hommage à la journaliste de mode (aujourd'hui décédée) Anna Piaggi, en passant par les costumes d'Hollywood. Le succès phénoménal en 2013 de l'hommage à David Bowie (pour lequel il fallait attendre des heures, même avec un billet en mains) ne va pas renverser la vapeur. La tendance est d'ailleurs internationale. Les vedettes des musées s'appellent désormais Giorgio Armani, Saint Laurent, Cartier ou Vuitton. Des marques qui, en plus, collaborent alors qu'il devient si cher de faire voyager des Rembrandt ou des Warhol. Des motos (Harley Davidson) ou des voitures (dont celles de la collection Ralph Lauren) peuvent faire l'appoint entre deux chiffons.

"Club to Catwalk" ne figure cependant pas dans les grandes salles d’exposition du V&A. La section costumes est en grande partie vouée au temporaire depuis sa récente réfection. C'est là que les Londoniens ont pu voir les robes de Grace Kelly ou, plus récemment, des "Ballgowns" britanniques depuis les années 1950. Certaines étaient alors prêtées par Miss Joan Collins (80 ans en 2013). Le remodelage des lieux a créé deux étages. Autant dire qu'il y a de la place.

Soirées le vendredi

Il en fallait ici, tant il subsiste apparemment de ces extravagance des années 1980, toutes donnant dans le "too much". Leurs anciens propriétaires ont dû jalousement les garder. Ce sont d'ailleurs ces quinquagénaires, pas toujours frais, qui formaient le gros du public le soir où j'y suis allé. Il faut dire que le V&A, qui doit sans cesse renflouer ses caisses, organise le vendredi des soirées cocktail. C'est moins spectaculaire qu'un club, certes. Mais cela met tout de même dans l'ambiance.

Pratique

"Club to Catwalk, London Fashion in the 1980s", Victoria & Albert Museum, Cromwell Road, jusqu'au 16 février 2014. Site www.vam.a.uk Ouvert tous les jours de 10h à 17h 45, le vendredi (mais très partiellement....) jusqu'à 22h. Photo (Victoria & Albert Museum): Nuit dans un club londonien, dans les années 1980.

Prochaine chronique le vendredi 18 octobre. Le Louvre propose "Le printemps de la Renaissance". Somptueux!

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