Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Londres met Vermeer en musique

Vermeer. Encore une exposition Vermeer... Comment la chose est-elle possible? On sait qu'il ne subsiste du peintre hollandais, mort à 43 ans en 1675, que 36 œuvres dont l'une, volée à Boston en 1990, ne sera sans doute jamais retrouvée. Et la grande rétrospective, celle qui se monte deux fois par siècle, a déjà eu lieu à Washington et la Haye en 1995-1996.

Pour refaire une manifestation Vermeer, car il y en a au moins une par an (la dernière en date se déroulait à Rome, fin 2012), il faut donc trouver un angle. La National Gallery de Londres a eu une bonne idée. Elle a axé ses choix sur la musique, omniprésente dans les tableaux du peintre de Delft. La chose permettait par ailleurs d'illustrer un genre alors populaire. L'art hollandais du «siècle d'or» (entendez par là le XVIIe) grouille de personnages en train de musiquer. Ils sont tantôt seuls au clavier, tantôt en duo ou en trio. Notez que parler de concert reste ici impropre. Selon une tradition qui s'est poursuivie aux Pays-Bas jusque tard dans le XXe siècle, il n'y a pas d'auditeurs. La musique se voit réservée à ceux qui la pratiquent, en famille ou entre amis.

Vrais instruments présentés

Proposée au sous-sol du bâtiment de Trafalgar Square, l'exposition demeure petite. Pourtant restreint, l'espace disponible ne se voit que partiellement utilisé. Il y a surtout là des pièces appartenant au musée. Le visiteur peut voir des panneaux signés Ter Brugghen, Molenaer, Jan Steen, Gerard Ter Boch ou Gabriel Metsu, les deux ultimes nommés portant davantage d'attention aux musiciennes en robes de satin qu'à leurs instruments.

De ces derniers, il s'en trouve aussi. Les organisateurs ont essayé de retrouver dans des collections anglaises ceux se révélant les plus proches de ceux figurant sur les toiles présentées: cistre, luth, guitare, viole ou muselaar (une sorte de clavecin dont l'atelier Ruckers d'Anvers s'était fait la spécialité). L'adéquation se révèle presque parfaite. A côté de „La leçon de musique“ de Vermeer se trouve quasi le même virginal. En vrai. Grandeur nature. Un outil lui aussi mythique. Il a appartenu à Wanda Landowska (1879-1959). C'est à la Polonaise qu'on doit, rappelons-le, la redécouverte du clavecin au XXe siècle.

Cinq originaux

Vous l'avez lu plus haut. Il se touve donc aussi ici des Vermeer aux cimaises. Ils se limitent à cinq. La National Gallery possède en propre deux peintures avec une musicienne seule (il s'agit là d'une activité essentiellement féminine). Deux réalisations tardives et un brin ennuyeuses. A côté brille „La guitariste“ de Kenwood House, prêtée au musée depuis 2012. Peu de gens allaient voir ce chef-d'oeuvre dans une maison somptueuse (elle a été construite par les frères Adam vers 1770), mais isolée. D'où le danger. „La guitariste“ a déjà été volée en 1974 et rendue à l'époque contre un million de dollars. Ses ravisseurs entendaient le redistibuer dans un pays pauvre sous forme d'aide alimentaire. Ils ont du coup inventé le braquage humanitaire.

Elizabeth II a envoyé de Buckingham „La leçon de musique“, dans les collections royales depuis 1762. Vermeer restait alors inconnu. Le tableau faisait partie d'un lot. Il s'agit d'une autre merveille, dont la caractérisqique semblerait le silence avec un autre sujet. On est surpris d'apprendre (mais pas par le catalogue, qui parle bien sûr musique) que cette toile toute de discrétion a appartenu au plus rococo et au plus tulmutueux des peintres vénitiens avant d'être acquise par George III: Antonio Pellegrini.

Tableau presque inédit

Et le cinquième tableau? Eh bien, il s'agit d'une toute petit chose, découverte il y a quelques années. Encore une dame au virginal. Son propriétaire, un privé new-yorkais, l'a d'autant plus volontiers confiée à Londres que l'objet reste en attente de légitimité. Difficile de posséder le trente-septième tableau d'un homme qui n'en a laissé officiellement que 36! Typique du maître, ce tableautin se révèle assez décevant. On dirait un pastiche... Mais là encore, je ne reprends pas le catalogue. J'ajoute mon mot. Tout simplement.

Pratique

Vermeer & Music“, National Gallery, Trafalgar Square, Londres, jusqu'au 8 septembre. Tél. 0044 161 425 87 77, site www.nationalgallery.org.uk Concerts organisés. Ouvert tous les jours de 10h à 18h, le vendredi jusqu'à 21h. Photo (National Gallery): "La guitariste" de Kenwood House.

Prochaine chronique le vendredi 30 août. L'Alimentarium de Vevey fait parler la nature morte.

Complément. Je parlais hier de la folie genevoise de faire commencer toutes les expositions cette année le 12 septembre. J'ai reçu depuis le carton d'invitation de la Fondation Baur, qui va présenter le céramiste Philippe Lambercy. Quand la manifestation débute-t-elle donc? Mais le 12 septembre, bien entendu!

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