Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Les Etrusques font leur come-back à Lens

Coucou, les revoilà! On avait perdu les Etrusques de vue. Ils reviennent en force à Lens et à Paris. Le Louvre du Nord leur consacre une grande exposition, du genre plein la vue et plein les bottes, tandis que le Musée Maillol se contente d'une présentation plus modeste. Une fondation privée éprouve forcément de la peine à régater contre le plus gros musée continental... 

A Lens, où le Louvre déployait son antenne il y a juste un an (elle a déjà reçu 800.000 visiteurs, 200.000 de plus que prévu), l'aile dévolue aux expositions temporaires a été utilisée dans sa totalité pour "Les Etrusques et la Méditerranée". L'initiative arrive au bon moment. Il y a neuf mois, le temps d'une grossesse et d'un accouchement, Jean-Luc Martinez prenait ses fonctions à la tête du musée parisien. Or il s'agit de l'ancien conservateur en chef des antiquités grecques, romaines et étrusques. Trois départements bien inégaux. Si la Grèce se déploie en nombre et Rome en force à Paris, l'Etrurie n'occupe dans les salles qu'un vague strapontin. Autant dire que l'essentiel des riches collections formées depuis le XIXe siècle reste d'ordinaire en caves.

Coproduction franco-italienne

Intelligemment, la manifestation montée par un équipe composée de deux commissaires français et quatre Italiens se concentre sur un site. Il s'agit de Cerveteri, qui était, selon l'historien antique Denys d'Halicarnasse, "la plus prospère et la plus peuplées des cités d'Etrurie". Sa fortune venait du commerce portuaire. La ville, dont la nécropole se voit aujourd'hui classée au Patrimoine de l'Unesco, pouvait du coup importer des denrées de luxe. C'est là qu'ont été retrouvés les plus beaux vases athéniens qui constituaient, rappelons-le, des produits d'exportations comme peuvent aujourd'hui l'être certaines montres suisses. 

La gloire de Cerveteri a duré des siècles, avant que Rome ne l'annexe comme elle le fera (partir du IIIe siècle avant qui vous savez) avec les autres métropoles de ce peuple aux origines mystérieuses. Ces villes se trouvaient bien près de l'Urbs, qui n'en fut pas moins dirigée à ses débuts par des rois étrusques. Ce fut alors la fin d'une culture, et même d'une langue. Vers l'an zéro, nul ne comprenait plus cet idiome, à part sans doute les haruspices (prêtres et devins), qui pratiquaient la lecture d'entrailles d'animaux sur le mode étrusque.

Fouilles dès le début du XIXe siècle

Il y a maintenant deux siècles que des archéologues (et des pillards, les fameux "tombaroli") prospectent le sol de Cerveteri. "Les Etrusques et la Méditerranée" commence donc avec le récit de trois fouilles des débuts du XIXe siècle, avec les objets qu'elles ont déterrés. Les visiteurs, très nombreux, peuvent découvrir que les publications scientifiques de l'époque, illustrées de gravures, n'étaient pas si mal faites que ça. La suite devient chronologique, avec des vitrines isolant les plus belles pièces. Il peut s'agir de créations indigènes, comme le célèbre sarcophage conjugal de terre cuite servant d'affiche, ou alors d’importations. Le public pourra du coup admirer un cratère décoré par Euphronios, le Michel-Ange du vase grec. 

L'accrochage comprend de très nombreuses choses (environ 400), présentées dans un décor blanc, afin probablement de donner une idée de soleil. Beaucoup proviennent du Louvre. L'exposition étant montée en coproduction avec Rome, où elle ira au Palazzo delle Esposizioni, la Villa Giulia a consenti des prêts importants, tout comme le Museo Gregorianio du Vatican. Les grandes institutions européennes ont complété. C'est l'occasion d'apprendre que le Ny Carlsberg (comme la bière du même nom) de Copenhague possède un remarquable fonds étrusque. Cette union fait la force. Cerveteri la vaincue de l'histoire sort gagnante de l'opération.

Entassement au  Musée Maillol de Paris 

Reste à liquider le Musée Maillol en quelques lignes. Le lieu est ingrat. Ses murs fixes se révèlent toujours contraignants. Aucun choix ne s'est en plus vu ici pratiqué. Il y a un peu de tout et de partout. Le monde étrusque en devient incompréhensible, en dépit d'un classement par thèmes. Méritoire, mais entassée, avec beaucoup de bijoux en or pour séduire les dames, l’exposition demeure au stade des bonnes intentions. Le Musée Maillol aurait pourtant dû tirer la leçon d'un Herculanum et Pompéi tout aussi bourgeonnant. Il faut toujours un fil conducteur.

Pratique

"Les Etrusques et la Méditerranée, La cité de Cerveteri", Louvre de Lens, jusqu'au 10 mars 2014, puis Palazzo delle Esposizioni à Rome d'avril à juillet. Tél. 00333 321 186 321, site www.louvrelens.fr. Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. La visite des collections permanentes ("La galerie du Temps") reste gratuite, mais pas l'exposition. On va à Lens en TGV. Une navette gratuite attend à la gare. "Etrusques, Un hymne à la vie", Musée Maillol, 61, rue de Grenelle, Paris, jusqu'au 6 février. Tél. 03331 42 22 59 58, site www.musemaillol.org Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h, le vendredi jusqu'à 21h. Photo (RMN): Le fameux sarcophage de terre cuite appartenant au Louvre. Il est à Lens.

Prochaine chronique le samedi 21 décembre. Livres. Avec, en tête, l'étude de Michel Pastoureau sur la couleur verte. Comment a-t-elle pu devenir positive de nos jours, après avoir été celle du Diable?

 

 

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