Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION/Le Musée de Carouge rend hommage au artisans d'art de la ville

Crédits: Zurich8kreis

Carouge fut, et reste, une ville d'artisans. Comme le monde change tout de même, et aujourd'hui à toute vitesse, ce ne sont cependant plus les mêmes. Une petite cité semi industrielle, plutôt pauvre, un brin marginalisée, a ainsi pris des allures de «boboland», avec ce que cela suppose de boutiques de luxe. Rien n'est vraiment à Carouge comme ailleurs. «La Laiterie» arriverait presque à nous faire croire que le fromage, exposé comme une œuvre d'art contemporain, sur socle, constitue un produit de luxe à traiter avec respect. Sa direction pensait au départ en faire «un commerce solidaire de proximité». Je cite son site. Comme quoi il existe plusieurs manières de voir les choses... 

Assez logiquement, la Ville de Carouge a désiré rappeler ses artisans du passé et mettre en valeur ceux d'aujourd'hui. Un tome de son «Dictionnaire» était donc prévu de longue date à leur intention. Il n'a pas paru à temps pour correspondre à l'inauguration de l'exposition «Imaginer, créer, façonner», qui s'est ouverte le 22 septembre au Musée de Carouge. Il y aura donc un raout pour présenter l'ouvrage le 7 décembre à 18 heures. Espérons que le bouquin sera alors prêt. Il n'y aura en effet plus beaucoup d'occasion de présenter le livre en situation par la suite. La présentation actuelle se terminera le 11 décembre.

Un éléphant dans le trou d'une aiguille 

Certaines expositions délayent le propos. Ce n'est ici pas le cas. Même si la céramique, matière carougeoise s'il en existe, se retrouve cette fois exclue, ce n'est pas un chameau, mais un éléphant qu'on a tenté de faire passer par le chas (ou le trou, si vous préférez) d'une aiguille. Les commissaires Géraldine Gals et Klara Tuszyski ont voulu traiter une infinité de thèmes afin de n'oublier personne. Or l'institution, qu'on parle d'agrandir depuis deux bonnes décennies, compte en tout et pour tout quatre salles et deux corridors. 

C'est dans l'un de ces derniers que le visiteur apprend un peu d'histoire. Carouge comptait environ 500 habitants en 1776 et plus de 4700 en 1792. Ce dernier chiffre comprenait les 450 artisans. Ils donnaient alors dans l'ébénisterie, la petite industrie ou l'habillement. Des designers, des stylistes (d'art, bien entendu!), des photographes, des bijoutiers ou des décorateurs les ont de nos jours remplacés. Ils se révèlent extrêmement nombreux par rapport à la taille de la cité. Comment tous les loger en quatre salles? Il y aura fatalement dex exclus, et donc des mécontents.

Exprimer, soigner ou illustrer 

Les organisatrices ont donc décidé de créer des catégories. Ils a ceux (et celles) qui expriment. Ils (et elles) font de la publicité, du graphisme ou de la communication. Parfois depuis longtemps. Avec la famille Gallay, on peut même parler d'une dynastie. Ceux (ou...) qui soignent ne constituent pas vraiment des médecins. Il s'agit de restaurateurs de meubles, de livres ou d’œuvres d'art. Il y en a finalement beaucoup. Viennent ensuite ceux (ou...) qui jouent. Il font des costumes, des décors de théâtre ou des marionnettes. 

Le public peut ensuite passer aux illustrateurs, dessinateurs ou photographes. Il se trouve aussi bien là Exem que le regretté Nicolas Bouvier. La salle 3 permet de passer à ceux qui scintillent. Pour une fois, tout ce qui brille est d'or. Carouge abrite un nombre élevé de bijoutiers, contemporains ou non. Je pense à Gilbert Albert, dont l'activité semble désormais historique. Je songe aussi à Jean-François Peneña, qui a récemment bénéficié d'une exposition au Musée d'art et d'histoire.

Se vêtir et se meubler

Il ne reste plus qu'à se vêtir et se meubler. Aucun problème! Carouge a tout ce qu'il faut. Si la légendaire Christa de Carouge a quitté les bords de l'Arve pour ceux de la Limmat, il reste, côté chiffons, Emmanuelle Bronzino ou Mireille Donzé, plus les sacs de Christiane Murner et les chapeaux de Zabo. Et ce ne sont pas les créateurs de meubles qui manquent! Carouge possède ses tourneurs sur bois, ses tailleurs de pierre, ses ébénistes et, grâce à Peter Kammermann, son décorateur vedette. Il faut juste prévoir un budget. Nous ne sommes ici ni chez Hennes et Mauritz, ni chez Ikéa. 

Vous l'aurez deviné à cette énumération. Il y a un peu trop de tout au Musée de Carouge. Il eut sans doute mieux valu prévoir un cycle de trois expositions, afin que chacun se retrouve à l'aise. Le metteur en scène de service a fait ce qu'il a pu. Le visiteur n'en a pas moins l'impression d'un entassement. Ou plutôt qu'on s'est débarrassé d'un coup d'une corvée. Les artisans, ouf, c'est fait!

Pratique 

«Imaginer, créer, façonner, Les métiers d'art à Carouge», Musé de Carouge, 2, place de Sardaigne, jusqu'au 11 décembre. Tél. 022 307 93 80, site www.carouge.ch/musee Ouvert du mardi au dimanche de 13h à 18h. Entrée gratuite.

Photo (Zurich8kreis) Christa de Carouge, bien entendu, qui est depuis longtemps repartie à Zurich.

Prochaine chronique le lundi 10 octobre. Le Kunstmuseumm de Bâle propose une exposition sur la foi à la fin du Moyen Age. Ardu, mais passionnant.

 

 

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