Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / L'Italien Stingel met Venise au tapis

Fief de François Pinault après avoir été celui des Agnelli, le Palazzo Grassi prend un risque. Il consacre ses trois étages à l’œuvre de Rudolf Stingel, né en 1956. Ce n’est pas qu’il y ait là tant d’œuvres. Le public n’en verra qu’une trentaine. Mais le décor prend une importance démesurée. J’y reviendrai. 

Avant cela, mieux vaut dire qui est l’intéressé. N’imaginez pas un de ces néo-fauves allemands, aux dents désormais un peu gâtées. Stingel est Italien. Il a vu le jour à Merano, dans le Trentin-Haut-Adige, où il revient parfois. Il s’agit là d’une région majoritairement (quoique de peu!) germanophone. Lancé par la Biennale de Venise de 1989, l’homme vit aujourd’hui à New York. 

Cher et à la mode

Le montagnard fait partie des chouchous de Pinault. Il a été plusieurs fois présent dans ses expositions de groupe. La chose sous-entend qu’il s’agit d’un artiste à la mode, et donc cher. Exact! L’Italien a frôlé pour la première fois les deux millions de dollars en 2007, lors de sa grande exposition au Whitney Museum de New York. Notez que les Genevois ont pu le découvrir bien avant. Stingel a été exposé en 1995 par Pierre Huber dans la galerie Art & Public. 

Comment se présente l’exposition actuelle, prévue jusqu’à la fin de l’année? Spectaculairement. Selon un procédé qu’il a souvent exploité, le plasticien use et abuse de la moquette teinte. Il avait déjà fait le coup en 2004 au Grand Central Terminal’s Vanderbilt Hall. Ici, un motif de tapis oriental se répète à l’infini. Il tapisse les sols et les murs du Palazzo. Les planchers couvrent 5000 mètres carrés. Il doit bien y avoir un hectare supplémentaire pour grimper jusqu’aux plafonds. 

Tomate hors sol

Ce décor dans les rouges, qui transforme le Grassi en un bordel Napoléon III géant, laisse place à un tableau par chambre. Il y en a parfois deux. Mais quatre pièces au moins n’en comportent aucun. Le premier étage est voué aux réalisations abstraites, argentées, métallisées et donc presque miroitantes. Le second aux copies d’après des photos représentant des sculptures gothiques. Difficile ici de se montrer plus figuratif. 

Il y a fort peu de monde pour découvrir la chose. A certains moments, l’observateur compte moins de visiteurs que de gardiens. Il faut dire que Pinault joue à Venise les tomates hors sol. L’industriel n’est presque jamais là. Ses invités se voient importés pour les vernissages. L’homme n’offre en plus rien de flamboyant. Il constitue l’anti Peggy Guggenheim. La «dernière dogaresse» vivait à l’année sur la lagune, dont elle était devenue l’un des personnages centraux. D’où le succès durable de sa fondation. Pinault ne deviendra jamais une icône comme elle. Dommage pour un amateur de tableaux! 

Pratique

«Rudolf Stingel», Palazzo Grassi, 3231 campo San Samuele, Venise, jusqu’au 31 décembre. Ouvert tous les jours de 10h à 19h, site www.parlazzograssi.it. La photo représente une des salles de l'installation. 

Prochaine chronique le dimanche 2 juin: la valeur d'un bol chinois augmente un million de fois. Les chroniques sur la Biennale de Venise débuteront le dimanche 9 juin.




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