Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Genève brasse l'archéologie méditerranéenne

C'est l'annonce d'une fusion, comme il en existe tant en économie, voire même en politique. "Corps et esprits", la nouvelle exposition du Musée d'art et d'histoire (MAH) genevois, brasse les cartes. Il y a d'une part là ses collections propres, dont l'origine se révèle parfois lointaine, et de l'autre l'ensemble réuni par Jean Claude Gandur. On sait que le grand musée, si tant est qu'il se fasse un jour, réunira sous un seul toit les œuvres de la Fondation Gandur pour l'Art et celles provenant des dons anciens de Walther (avec "h") Fol, Gustave Revilliod, Etienne Duval ou Waldemar Deonna. 

Il fallait un sujet fédérateur. Il semblait tout trouvé. Jean-Luc Chappaz, nouveau responsable du secteur archéologique, un domaine désormais embrigadé dans le pôle "histoire" piloté par Estelle Fallet, a choisi de porter des "Regards croisés sur la Méditerranée antique". Des regards parfois lointains. Voire des strabismes divergents. Le Baloutchistan et le Gandhara afghano-pakistanaise se trouvent assez loin de la Grande Bleue...

Très bon rappel historique 

La salle médiane du rez-de-chaussée se voit, elle, en bonne partie vouée à l'historique, par ailleurs très bien fait, des collections locales depuis le début du XIXe siècle. Genève possède ainsi des objets pharaoniques doublement historiques, puisqu'ils ont été offerts par le consul Drovetti et étudiés par Jean-François Champollion. Une place est aussi faite, plus loin, à l'archéologue Edouard Naville (1844-1926), dont les livres sur l'Egypte s'appuyaient sur les relevés dessinés par son épouse Marguerite. Le MAH vient en effet de recevoir les très importantes archives Naville. Notons au passages que Jean Claude Gandur possède plusieurs pièces issues des fouilles du Genevois. 

Mais comment les choses se présentent-elles? La première salle abrite la grande sculpture. L'Egypte voisine avec Rome ou Palmyre. Il y a là, dont un décor gris et blanc un peu trop aéré de l'Atelier Oï jurassien, des pièces importantes. La plus spectaculaire reste la copie antique d'un "Achille et Penthésilée" hellénistique. Un legs d'Etienne Duval en 1914. La dernière fois que j'ai vu ce marbre exceptionnel, c'était l'été dernier dans un musée d'Arles présentant "Rodin et l'antique".

Représentation pour le moins inégale 

Ici, le rapport entre fonds ancien et apports Gandur reste encore équitable. Dans l'autre grande salle, qui garde de l'aménagement réalisé en 1910 son décor pompéien peint au plafond, l'apport du MAH se retrouve noyé parmi les petits bronzes et les vases de pierre Gandur. C'est un peu gênant. Dans ces conditions, il eut mieux valu se contenter de la seule Fondation Gandur pour l'Art. Après tout, il s'agit là, si j'en crois les panneaux explicatifs, d'une "des plus belles collections d'art antique en mains privées". Notons qu'à Genève même il existe pourtant les redoutables concurrences des Barbier-Mueller et de Georges Ortiz, ce dernier venant de mourir. Deux ensembles à la personnalité très forte. Très audacieuse. Très originale. 

Dans les conditions actuelles, la fusion annoncée ressemble du coup à la réunification allemande des années 1990. La RFA capitaliste avait alors dévoré la RDA. Il ne s'agit peut-être que d'une idée excessive. Mais le visiteur a ici l'impression que la Fondation Gandur pour l'Art pilote la grosse Mercedes, tandis que le MAH doit se contenter d'une poussive Trabant.

Pratique

"Corps et esprits, Regards croisés sur la Méditerranée antique", Musée d'art et d'histoire, 2, rue Charles-Galland, jusqu'au 27 avril. Tél. 022 418 26 00, site www.ville-ge.ch/mah Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Nombreuses animations. Catalogue. Photo (MAH): Un des objets amenés par la Fondation Gandur pour l'Art. Cette tête de bélier égyptienne est faite de bois et de bronze.

Prochaine chronique le samedi 8 février. Art contemporain avec le CAC et les galeries genevoises Art & Public et Guy Bärtschi

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