Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITION / Des enfants en photo à Genève

Jamais deux sans trois! Michèle et Michel Auer avaient déjà présenté au Commun du Bâtiment d'Art contemporain (BAC de son petit nom) une superbe rétrospective consacrée au photo-reporter américain Weegee (1899-1968). Le couple avait ensuite proposé au même endroit un ambitieux parcours intitulé "Mouvances". Il s'agissait cette fois d'illustrer la manière dont le 8e Art a accompagné les autres au fil du temps. Le manque de place avait contraint les Auer à des choix drastiques. Il ne subsistait plus que la moitié du catalogue sur les murs.

A l'origine d'un Centre de la photographie local avec lequel ils sont aujourd'hui brouillés, les collectionneurs possèdent depuis l'an dernier leur fondation à Hermance. Ils sont pourtant revenus rue des Bains. Sujet à nouveau thématique. "Regarde! Des enfants" montre des poupons, des bambins, des mioches et finalement des adolescents. Une chose qui ne se fait plus guère. Le politiquement correct, qui flirte souvent avec la paranoïa collective, a transformé les mineurs en objets pornographiques. Interdit, précisément, de les regarder...

Michèle Auer, que pensez-vous d'abord de cette censure qui vient après le plus grand laxisme? Qu'a-t-on davantage photographié jadis que les enfants...
J'en pense le plus grand mal. La chose me semble ridicule. Grotesque. Néfaste. Mais cette prohibition va tout à fait dans le sens d'une époque se caractérisant par l'abêtissement.

Comment "Regarde! Des enfants" est-il né?
Au moment où nous étions à Montpellier, qui devait alors accueillir notre fondation. On nous avait confié le Pavillon populaire, en face d'un Musée Fabre en restauration. Nous devions y organiser des expositions aux sujets d'intérêt général. Montpellier est une ville très métissée. Nous avons commencé par des "Histoires d’œufs". La suite logique était de s'intéresser au premier âge. Nous avons à nouveau puisé dans notre fonds personnel. Je n'aurais pas pensé que l'enfance y tienne numériquement tant de place. Nous avions au départ 800 images. Il a fallu élaguer.

Jusqu'à quel point?
Trois cent vingt. Ce sont les clichés que l'on retrouve dans le catalogue. A Genève, où le Commun ne dispose pas de vraies cimaises, il se révélait nécessaire de retrancher encore la moitié des photos retenues. Il n'y a pas non plus, ici, de studio de prises de vue. Mais j'ai trouvé agréable de repenser une exposition. J'y ai même ajouté quelques éléments nouveaux. Il s'agissait également de recentrer "Regarde! Des enfants" sur la Suisse. Le but est aussi de permettre aux visiteurs de se découvrir ou de se reconnaître. Un type comme Jacques Lüscher, qui n'est sans doute pas très connu, incarne tout de même soixante ans d'histoire de Nyon!

Certains auteur réapparaissent d'une manière récurrente le long du parcours. Je pense au Genevois d'adoption Yvan Dalain.
Nous ne détenons pas les archives Dalain, qui sont allées à la Fondation suisse pour la photographie de Winterthour. Mais nous possédons les meilleurs tirages originaux. Yvan a beaucoup travaillà sur l'enfance, en Suisse comme à l'étranger. Nous l'avons privilégié pour deux autres raisons. D'abord, parce qu'il a été connu du grand public grâce à la télévision romande, dont il a été l'un des grands artisans. Ensuite parce qu'il était malade. Yvan est mort un mois avant l'exposition de Montpellier, qu'il n'aura donc pas vue.

Les murs offrent aussi plusieurs œuvres de Peter Knapp, dont vous allez présenter dès samedi des ciels à votre fondation d'Hermance.
Là aussi, il s'agit d'un long compagnonnage. Peter, que nous connaissons depuis 1987 ou 1988, a fait en 1989 l'ouverture du Centre de la photographie genevois, alors situé au Grütli. Nous avons ensuite monté la première manifestation vouée à ses clichés de mode, qui a par la suite voyagé. Puis il y a eu l'aventure des "Suisses de Paris". Aujourd'hui, Peter offre à notre fondation un tiers de ses archives, les deux autres devant aller à la Fondation suisse de Winterthour et au musée de Chalon-sur-Saône. La répartition reste encore à déterminer.

Mais pourquoi des ciels?
Parce qu'il s'agit d'un travail très peu vu. Nous voulions de l'inédit. Il y aura un petit livre d'accompagnement, dont la couverture sera bien entendu bleue.

Reviendrez-vous au Commun?
Nous allons essayer. Je vous explique la règle du jeu. Il faut présenter un dossier à la Ville. On vous donne ensuite les lieux, ou non. Nous aurions aimé proposer en 2014 Les Krims, dont nous proposons cette fois quelques grandes images en couleurs. L'idée a été refusée, mais pas forcément à cause du sujet. Comme le dit le magistrat (Sami Kanaan, NDLR), si on nous donne le Commun, on l'enlève à d'autres. Or nous l'avons déjà eu deux fois.

Découragés?
Non. Nous reviendrons à la charge pour 2015.

Pratique

"Regarde! Des enfants", Le Commun, Bâtiment d'art contemporain, 28, rue des Bains, Genève, jusqu'au 23 novembre. Ouvert du mardi au samedi de 11h à 18h. Parmi les artistes représentés, citons Margaret Cameron, Lewis Hine, Constant Puyo, Jakob Tuggener, Sabine Weiss, Jacques-Henri Lartigue, Edward Sheriff Curtis, Lehnert & Landrock, Josef Koudelka ou René Groebli. "Peter Knapp, Bleu, bleus...", Fondation Auer Ory pour la photographie, 10, rue du Couchant à Hermance, du 27 octobre au 30 janvier, vernissage le 26 octobre à 17h. Tél. 022 751 27 83, site www.auerphoto.com, adresse info@auerphoto.com Ouvert sur rendez-vous uniquement. Photo: Des enfants new-yorkais des anées 1940, vus par Weegee.

Prochaine chronique le mardi 22 octobre. Vallotton tente sa percée à Paris. Beaux tableaux. Exposition moyenne.

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