<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Evasion de croissance

Nous aimons la France. Sa tradition, son histoire... Mais au fond pas grand-chose du pays d’aujourd’hui.

Son irréductible haine de l’économie et sa méfiance vis-à-vis des idées nées autrement que dans le creuset de l’idéal égalitaire nous la rendent pathétique. Mais laissons-le donc à ses tourments et essayons de déterminer les problèmes qu’il nous pose.

Soyons pour une fois Français dans l’argumentation et Woerthien dans le ton (du nom d’un ancien ministre français des Finances): «Oui, chers amis Français, il est temps pour vous de payer. Du point de vue économique, un voisin tel que vous qui ne parvient ni à gérer ses comptes, ni à faire travailler sa population nous handicape. C’est une évasion, que dis-je, une soustraction, plus même, une confiscation de croissance. Nous allons créer une commission parlementaire qui ira enquêter chez vous pour savoir pourquoi votre économie se porte si mal. Nous vous proposerons ensuite un traité pour que vous nous remboursiez le manque à gagner de toute cette croissance non produite. Cela sera fait par le biais d’un impôt d’un genre nouveau, collecté par vous mais perçu par nous, à titre de compensation.»

Cela vous paraît délirant? C’est pourtant ce que la France, et d’autres pays européens, soyons justes, nous ont dicté à l’époque avec l’imposition de l’épargne de leurs ressortissants qui avaient placé leur patrimoine en Suisse. Si ces Etats peuvent estimer que l’évasion fiscale de certaines de leurs grandes fortunes peut causer du tort à l’économie, mais à quoi pourrions-nous alors prétendre quand nos flux économiques qui passent, viennent ou transitent par la France se trouvent perturbés comme ces deux derniers mois?

Osons encore stigmatiser cette France dont nous partageons une partie de la culture: cela crée des droits et des obligations à chacun au sein de cette communauté, non? Le sommet de la francophonie, qui s’est tenu à la fin du mois dernier à Montreux, aurait dû être l’occasion pour les chefs d’Etat présents de botter les fesses du grand frère. Comment peut-on encore prétendre être un modèle alors que la France s’avère incapable de faire envie même à sa propre jeunesse qui préfère s’exiler à Londres, New York ou Shanghai?

Sans compter que la France ne sait même plus produire intelligemment de la langue. D’où vient cet appauvrissement du langage qui transforme chaque pan de la vie au-delà de la frontière en une activité «responsable» et où chaque initiative humaine se doit d’être «citoyenne»? Quand les évolutions du langage ne servent plus qu’à créer un nouveau catéchisme qui enferme la vie dans des carcans aussi étroits, il y a lieu de s’inquiéter.

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