Cailleteau Pierre

MANAGING DIRECTOR DANS UNE BANQUE INTERNATIONALE

Pierre Cailleteau, actuellement Managing Director dans une banque internationale de conseil (aux autorités publiques), a notamment travaillé au Fonds Monétaire International, à la Banque des Règlements Internationaux à Bâle (Financial Stability Board) avant d’être responsable de la notation souveraine pour le monde chez Moody’s jusqu’en 2010.

Europe monétaire, du "Whatever it takes" au "coûte que coûte"

La zone Euro est dans une situation paradoxale: la Banque centrale européenne la protège contre le risque extrême (les opérations monétaires sur titres (OMT) et le 'whatever it takes' de M. Draghi) mais s'avère incapable de désamorcer le risque central, c'est-à-dire l'intensification de tendances déflationnistes.

Le paradoxe est que l'incapacité à prévenir l'intensification des tensions déflationnistes - liée au phénomène de 'balance-sheet recession' dans un environnement pro-cyclique de réduction de dettes - rend le scénario extrême de dislocation de la zone Euro plus probable... Ne pas pouvoir enrayer le risque central augmente en effet la probabilité d'occurrence du risque extrême, par détresse économique, par panique financière ou par rebellion politique...

Donc la BCE devrait considérer que désamorcer le risque central exige le même 'whatever it takes' que pour éviter le risque extrême d'une crise spéculative sur l'Euro.

Or, de toute évidence, il n'y a pas la même urgence ni la même détermination dans la 'sécurisation' d'un objectif de 'rebond économique dans un cadre bancaire et financier (ré)intégré'.

La raison en est que si l'objectif d'éviter la disparition brutale de l'Euro est encore assez fédérateur - bien que les moyens utilisés, l'OMT, aient provoqué une guérilla juridique surréaliste avec la Bundesbank - les moyens de la réalisation de l'objectif de rebond économique dans une zone bancaire et financière intégrée ne font pas consensus. Ne serait-ce que parce que tout ne dépend pas de la BCE évidemment. A titre d'exemple, l'absence de force de frappe budgétaire européenne mutualisée pour solidifier le système bancaire après le nettoyage des bilans bancaires requis par le futur superviseur fédéral est édifiante - et inquiétante.

Donc comme on le diagnostique depuis plusieurs mois, il y a suffisamment de capital politique pour éviter l'arrêt cardiaque mais pas assez pour enrayer la dégénérescence des cellules...

Dans ce contexte, quelles sont les conditions pour que l'Europe post-élections allemandes offre une véritable perspective de sortie de crise?

Il y en a trois au fond:

1. L'Europe du Nord (créancière) va devoir accepter et assumer l'idée abhorrée d''Europe des transferts'. Tant que les responsables politiques allemands n'auront pas le courage de dire à leurs électeurs que des transferts budgétaires vont devoir avoir lieu pour sauver la construction, l'Europe ira de solutions bancales en projets à moitié cuits. Cette révélation (l'Europe 'coûte que coûte') est choquante tant elle sent l'extorsion de fonds par chantage. Elle jette aussi le discrédit sur les acteurs de la première décennie de l'Euro. Mais penser qu'on pourra sauver l'Euro sans transferts budgétaires significatifs est dorénavant illusoire. Donc le débat doit avoir lieu.

2. Des signes tangibles de rebond économique et de cicatrisation financière doivent également apparaître rapidement dans les pays les plus touchés - ou, alternativement, l'acte d'échec de la politique suivie doit être clairement assumé. Cela ne signifie pas une politique d'abandon et d'insouciance; simplement une politique purgée de toutes ses dimensions pro-cycliques où un Euro à Lisbonne ou Nicosie vaut un Euro à Berlin.

3. La troisième condition requiert que les conditions 1 et 2 soient remplies AVANT que le reflux politique anti-européen ne les vide de leur objet (sauver la construction economique, monétaire et financière européenne).

Le débat sur l'Europe coûte que coûte (ou pas à ce prix là...) doit maintenant avoir lieu.

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