Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EUROPE/Les 10 expositions à voir en 2016. Un choix!

Si les prédictions politiques ou économiques relèvent de l'astrologie ou de la fumisterie journalistique, il est assez facile de savoir ce que le monde de l'art proposera dans l'année. Les expositions se préparent un temps fou à l'avance. Les constructions de musées prendront bientôt une génération. Beaucoup de revues («Beaux-Arts», «Connaissance des Arts»...) ont ainsi proposé dès la fin décembre leur sélection 2016. Je vais faire de même en me limitant à dix événements internationaux aujourd'hui. Il y en aura dix autres pour la Suisse demain. 

Comment opérer son choix? Difficile. En dépit d'un climat morose, Paris propose ainsi un calendrier pour le moins étoffé, plutôt bien annoncé. Certains sites de musées hollandais ou espagnols se révèlent en revanche presque inconsultables. Essayez de tirer quelque chose de celui du Rijksmuseum d'Amsterdam! J'ai opté pour une sélection éliminant tout ce qui est déjà en cours, aussi large que possible, et en pensant à l'impact public. Ce n'est pas forcément ce que je me réjouis de voir. Il m'a également paru important de varier les matières. Il y en aura ainsi pour tout le monde. 

Sur ce, c'est parti! 

«Hergé» au Grand Palais de Paris. Mort en 1983, Hergé reste le plus célèbre représentant de la «ligne claire» belge. Sa mémoire est gérée par une société Moulinsart pour le moins pointilleuse sur les droits d'auteur. Voici l'homme au saint des saints parisiens du 16 novembre au 12 février 2017. Le lieu aura auparavant donné dans le grand n'importe quoi de luxe avec «Carambolages», où des œuvres de toutes époques tenteront de dialoguer entre le 2 mars et le 4 juillet. 

«Biennale d'architecture» à Venise. Pour sa quinzième édition, la manifestation ne se contentera plus d'occuper les mêmes lieux que sa grande aînée, vouée aux beaux-arts. Elle adoptera ses dates, du 28 mai au 27 novembre. C'est le Chilien Alejandro Aravena qui se trouve aux commandes. Les pays feront bien sûr ce qu'ils veulent dans leurs pavillons nationaux. Rappelons que la Biennale des "art visivi" a pour la première fois franchi la barre des 500.000 visiteurs en 2015. 

«Painters' Paintings» à la National Gallery de Londres. L’institution a reçu en dation un sublime Corot de la succession de Lucian Freud. La chose lui a donné l'idée de montrer des toiles d'artistes célèbres ayant appartenu à des confrères de générations postérieures. On verra ainsi du 22 juin au 4 septembre ce que collectionnaient Van Dyck, Reynolds, Thomas Lawrence ou Degas. Le musée aura déjà présenté, du 17 février au 22 mai, son «Delacroix et l'art moderne». 

«Les frères Chapuisat» au parc de La Villette à Paris. Le duo genevois, composé de Gregory et Cyrill, avait déjà investi un bout du jardin des Tuileries. Le revoici en grand. Il aura pour lui le parc de La Villette, déjà constellé de rouge par les constructions d'un autre Romand, le Lausannois Bernard Tschumi. On imagine déjà qu'ils vont y installer des constructions de bois éphémères aussi complexes qu'insolites. L'expérience durera du 13 avril au 18 septembre

«Hubert Robert» au Louvre. Le Français est mort en 1808 après avoir produit des milliers de tableaux et des dizaines de milliers de dessins. La chose lui a laissé le temps de créer des jardins ou des meubles et de prévoir le futur musée du Louvre. Ce dernier lui devait bien sa rétrospective. Elle se calera, du 10 mars au 30 mai, dans une année XVIIIe. Un siècle qui revient à la mode. Il y aura ainsi un hommage au sculpteur Edmé Bouchardon du 16 septembre au 5 décembre. 

«Franz Josef II» à Vienne et en Autriche. Le 21 novembre 1916 mourait l’empereur qui avait régné soixante-huit ans, épousant au passage la fameuse Sissi. L'Autriche a décidé de lui consacrer non pas une, mais quatre expositions thématiques. Elles auront lieu de Vienne à Schönbrunn en passant par Niederweiden. Il y aura ainsi, du 16 mars au 21 novembre, l'homme, la représentation, «les fêtes et le quotidien» comme «la chasse et le temps libre». Le regard se veut critique. 

La nouvelle Tate Modern à Londres. Le 17 juin, Elizabeth II inaugurera le nouveau bâtiment, accolé à l'ancienne centrale électrique transformé en musée par les duettistes Herzog & DeMeuron et ouvert en 2000. Ce sont à nouveau les Bâlois qui ont conçu ce bâtiment biscornu, haut de 64,5 mètres. Il offrira un gain de place de 60 pour-cent. Rappelons qu'à la surprise générale, la fréquentation de la Tate Modern a été dépassé en 2014 pour celle de la National Gallery. 

«Orlando Furioso» au Palazzo dei Diamanti de Ferrare. En 1516 sortait dans la capitale du duché le roman le plus lu du XVIe siècle avec la «Jérusalem délivrée» du Tasse, lui aussi Ferrarais. Il fallait fêter ça. L'exposition abordera du 24 septembre au 8 janvier 2017 le poète l'Arioste par le biais du monde visuel de l'époque. On annonce Bellini (mort en 1516), Raphaël, Titien ou Vinci. De taille raisonnable, les manifestations organisées au Palazzo se révèlent toujours très réussies. 

«Yoko Ono, Lumière» au MAC de Lyon. Les fans des Beatles la détestaient dans les années 1960. L'héritière japonaise leur avait pris «leur» John Lennon. Elle était trop politisée, trop intellectuelle et surtout trop exotique. Yoko aura fait, durant soixante ans, œuvre de plasticienne, commençant dans la mouvance de Fluxus. Elle a aussi donné des performances, écrit des poèmes et tourné des films expérimentaux. Tout cela se retrouvera à Lyon du 9 mars au 10 juillet

«Jérôme Bosch» au Noordbrabants Museum de Bois-le-Duc et au Prado de Madrid. Il est mort célèbre et recherché il y a juste un demi millénaire. Sa ville natale va proposer une rétrospective tout à fait exceptionnelle. Elle regroupera une vingtaine de tableaux sur les 25 reconnus comme de sa main. «Le Jardin des délices» ne se verra cependant proposé qu'en Espagne. A Bois-le-Duc, l'exposition durera du 13 février au 8 mai. Elle sera à Madrid du 31 mai au 11 septembre.

Et voilà!

Photo (DR): Alejandro Aravena, une tête peu connue. L'homme présidera à l'élaboration de la Biennale d'architecture de Venise. 

Prochaine chronique le mardi 5 janvier. La suite. Les expositions suisses de 2016.

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