Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Euphorie, dépression et interrogations

Cette nuit, alors que je faisais une pause dans mon repos nocturne, je me suis mis à réfléchir. Ne riez pas, ce n'est pas tous les jours que ça m'arrive, mais j'avoue que depuis quelques temps je m'interroge régulièrement, et pas que pendant la nuit, sur l'état de santé mentale du marché.

Depuis le premier janvier, c'est l'euphorie totale. On a vécu un des meilleurs débuts d'année depuis bien longtemps. Tout le monde est enthousiaste à l'idée de voir le marché aller plus haut, beaucoup plus haut. Plus personne ne craint de correction, plus personne ne veut acheter des assurances en cas de krach. Globalement, on dirait que les « Bears » ont disparu de la planète – une chose est sûre, c'est qu'il est plus probable que les ours disparaissent, plutôt que les « Bulls », mais tout de même.

Une chose m'impressionne, ce vendredi 1er février: les chiffres de l'emploi publiés aux Etats-Unis sont en-dessous des attentes, mais on a révisé ceux des mois précédents à la hausse. Immédiatement, le marché a repris sa dose d'amphétamines pour aller chercher les 14'000 points sur le Dow Jones. Et pourtant. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de me souvenir des vingt années de bourse que je traîne derrière moi. Durant ces vingt dernières années, je n'ai JAMAIS vu un marché monter dans une sinistrose ambiante pareille. Lors des derniers « bull markets » de ces dernières années, les traders étaient heureux, les banquiers étaient satisfaits et le champagne coulait à flot.

Et là, en ce début février 2013, les plus hauts de l'histoire sont à portée de clavier, et quand vous regardez autour de vous, on a plus une impression de désolation que de lendemain de victoire en coupe du monde.

La dette des USA est au bord de l'implosion, la croissance du pays vient même de passer en négatif pour le dernier trimestre. La France est au bord du gouffre et s'apprête à faire un grand pas en avant. L'Espagne se voit obligée de rétribuer ses politiciens avec des pots-de-vin défiscalisés, sans parler de son chômage qui atteint des records. La Grèce – non, on ne va pas parler de la Grèce... Les Anglais veulent quitter l'Europe et l'Allemagne écope avec un gobelet en plastique pour éponger les dettes de tout le monde.

Et regardez les marchés: tout droit en direction du ciel, juste côté d'un hypothétique Dieu, plus personne n'envisage le pire alors qu'il y a six mois, on allait tous à une mort certaine, tel un troupeau de lemmings qui sautent un falaise. INCROYABLE... C'est tout bonnement incroyable. Dans l'école de bourse que j'ai fréquenté étant jeune, on me disait que quand le marché montait, les traders achetaient des Porsche et des BMW haut de gamme à tour de bras, alors que là, 50% des banquiers regrettent d'avoir fait banquier et tentent tous de participer à Top Chef pour pouvoir se recycler en cuisinier.

Il y a un truc qui ne joue pas dans cette hausse permanente, mais quoi ?

Thomas Veillet auteur du blog financier www.morningbull.ch

 

 

 

 

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