Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Être contrariant quand tout le monde vous dit le contraire

Quand un marché monte, c'est en général qu'il y a plus d'acheteurs que de vendeurs. C'est donc assez logiquement que l'on peut en déduire que le camps des “bulls” est plus imposant que le camps des “bears”. Il y a cependant un moment où toute personne sensée commence à se dire que c'est un peu trop simple, un peu trop évident. Et quand c'est évident, c'est évidemment faux.

C'est généralement à ce moment que les théories de “l'esprit contrariant” apparaissent. Un « contrariant » dans le marché se base sur plusieurs indicateurs techniques. Tout d'abord, il y a une baisse de la volatilité. Quand la volatilité du marché est de plus en plus basse, cela signifie que de moins en moins d'investisseurs protègent leurs portefeuilles. Bien sûr, pourquoi protéger un portefeuille alors que l'on est « sûr » que ça ne peut plus baisser. Ce sont les prémices de l'excès de confiance. En l'an 2000, au top de la bulle internet, PERSONNE ne pensait une secondes que le marché pouvait baisser. La devise des traders était: « plus jamais faible », la stratégie était «tout titre qui va à 1 va à 10, tout titre qui va à 10 va à 100 et tout ce qui va à 100 va à 1000 ». Le livre de chevet de l'investisseur moyen était : « Dow Jones 40'000 ».

Puis, tout s'est arrêté et l'on a bien mis 2 ans pour comprendre que la bulle avait explosé. Pourtant aujourd'hui, près de 13 ans après, il semblerait que je sois encore un des seuls qui ait perdu de l'argent dans le dégonflement de l'an 2000 puisque tout le monde avait « vu » les signaux de baisse... Mon œil. Mon ancien patron dans la dernière banque où j'ai travaillé était même encore plus risible et pathétique quand il racontait la façon dont il avait bien vu la baisse.

Mais là n'est pas la question. Les adeptes de la théorie contrariante analysent toutes les données et les sentiments que peut nous retransmettre le marché, même les moindres. Un de mes amis me disait même l'autre jour que le fait que CNBC mettait à l'écran un compte à rebours pour voir combien de points il restait pour atteindre les plus haut historiques était symptomatique de la hausse imcompréhensible que nous vivons. Sans compter les sondages qui confirment que TOUT le monde est positif sur le marché – mais alors, si tout le monde est positif, c'est qu'ils ont déjà TOUS acheté. Et s'ils ont tous acheté, qui c'est qui va venir acheter encore pour faire monter les indices ? Les Gouvernements avec leurs excédents budgétaires ? AHAHAHAHA... Je ne crois pas.

Pourtant le marché monte. Nous sommes de plus en près des records historiques. N'est-ce pas finalement le problème qui empêche le marché de baisser ? Les Américains sont de grands enfants et ils veulent afficher ce nouveau record. Ensuite, le marché peut perdre 15%, on s'en fiche, ce qu'on veut c'est vendre des t-shirts qui disent : « S&P500 à 1600, j'y étais, je l'ai fait ».

Mais pendant que l'on conclut un nouvelle semaine de hausse – un peu plus pénible celle-ci – les signes qui mettent le doute continuent d'affluer. Le patron de Google qui vend pour 2.5 milliards de ses propres actions, c'est ce que l'on appelle des ventes d'insiders, des types qui sont généralement mieux informés que vous et moi sur ce qui se passe, des gens qui sont « plus égaux » que les autres. Jamais bon signe. Pendant ce temps, les nouveaux investissements dans les fonds actions aux USA sont en chute libre sur les derniers jours, eux qui étaient en forte hausse depuis six semaines.

Puis c'est aussi la première semaine où les investissements dans les bons du Trésor américain repassent en positif. Comme quoi, on commence à chercher des endroits un peu plus confortables. Et puis, dernière chose en date, ce week-end en Asie on rentre dans l'année du serpent. Statistiquement (cela reste une statistique et ça vaut ce que ça vaut), les années du serpent sont les pires années pour les investissements boursiers.

Oui, comme vous le voyez, on se raccroche à tout ce que l'on peut pour expliquer les choses. Vous, je ne sais pas, mais dans le doute je vais attendre l'année du cochon pour investir, il paraît que c'est nettement mieux, statistiquement.

Thomas Veillet auteur du blog www.morningbull.ch

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."