Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

YVERDON/"Numerik Games" se déroulera pour le seconde fois fin août

Crédits: Tribune de Genève, 2016

C'est le seconde édition. Du 25 au 27 août se dérouleront à Yverdon les «Numerik Games». Trois jours de découvertes à travers la ville, avec une évidente focalisation sur le Y-Parc, l'équivalent local (et un peu moins planant) de l'EPFL. «Le coup d'envoi sera donné le vendredi à 16 heures», explique Marc Atallah, qui dirige par ailleurs ici la Maison d'Ailleurs. «Tout se terminera le dimanche à 18 heures. Les nuits se prolongeront jusqu'à six heures du matin. Il faut bien cela pour que les participants puissent prendre, sans trop devoir attendre, le train du retour.» 

Je vous avais déjà parlé, l'an dernier, de la première mouture. Une piqûre de rappel ne s'en impose pas moins. Tout est né, au propre comme au figuré, d'un rêve éveillé. «En 2015, je ne sais pas pourquoi, j'ai songé à quatre artistes numériques créant côte à côte une fresque visible sur une façade.» La chose a fini par se faire sur les murs de l'Hôtel-de-Ville, qui abrite du reste depuis 2013 le CACY, ou Centre d'art contemporain d'Yverdon. La chose n'a pas été sans mal sur le plan technique. Il a fallu contourner le logiciel (ne me demandez surtout pas comment!) pour que le numéro zéro de «Numerik Games» se déroule devant 3000 personnes, «et sous la pluie».

Passer en mode festival

L'idée était lancée. Elle tombait bien. «La Ville cherchait un projet pour une manifestation d'envergure. J'ai donc proposé de passer, après cet essai, au mode festival. Une association privée le piloterait. Elle donnerait un mandat d'exécution à la Maison d'Ailleurs. Celle-ci déléguerait elle-même l'exécution des différentes attractions à des spécialistes, en utilisant son réseau.» Marc Atallah a cependant gardé un gros œil sur tout. Les choses se sont bien passées en août dernier. «Nous avons eu 4500 entrées payantes. Entre 9000 et 10 000 personnes en comptant les participants aux parties gratuites, comme les projections interactives sur le Temple.» Il fallait en effet débourser uniquement pour assister à ce qui se déroulait à l'intérieur, «avec une jauge limitée à 500 spectateurs.» 

Ce n'était pas assez. «On n'organise pas un festival pour 500 personnes.» Il fallait que celui-ci se déroule désormais dans une enceinte. Elle existait, et de manière idéale, à Yverdon. C'est l'Y-Parc situé aux portes de la ville, côté Sud. «Mille trois cent techniciens travaillent dans cette zone industrielle vouée aux nouvelles technologies.» Le lieu est homogène. En phase avec la manifestation, «avec laquelle il résonne et raisonne.» Le terrain se déploie en plus sur deux hectares et demi (25 000 mètres carrés, si vous préférez). Il était possible d'y installer 34 animations, plus une partie dansante. «Le tout sous couvert. On ne sait jamais.»

Y-Parc, un lieu idéal 

Du coup la place Pestalozzi, où se trouvent le Temple (récemment restauré) et l'Hôtel-de-Ville (dont la façade vient aussi de se refaire une beauté) se mue en «off» des «Games». Il y aura à nouveau des projections sur les murs, pauvres en fenêtres ce qui est bien, du premier. Des «Eclair/Ages» en partenariat avec le Media Engineering Institute HEIG-VD. Plus de la musique. «S'y organiseront aussi des jeux. Ils permettront de gagner des billets pour accéder, par navettes, gratuitement à l'Y-Parc. Il faut une partie ludique et artistique à ce que nous aimerions voir se muer en réflexion personnelle des participants sur le numérique.»

Avec «Numerik Games», Marc Atallah et son équipe n'ont en effet pas imaginé une sorte de Paléo bis, en plus contemporain. «Mon idée est la suivante. Nous sommes mariés de manière définitive avec le numérique. Union fusionnelle ou occasionnelle. Son langage a contaminé la société entière. L'action reste en bonne partie invisible. Pensez qu'il y du numérique aussi bien derrière les trains qu la distribution d'eau. Il s'agit là, on le répète assez, d'une révolution analogue non pas à l'écriture, mais à l'imprimé. Avec toutes les conséquences, politiques ou sociales que cela suppose.» On peut aussi y voir un prolongement artistique, lui tout à fait perceptible.

Une idée de réflexion 

«Il convient d'amener les gens à méditer sur cette situation. Les 200 exposants de nos «Games» qui s'occupent aussi bien du médical, du musical, de la réalité virtuelle ou du jeune patrimoine vidéo, sont des professionnels. Il faut qu'ils sachent devenir des passeurs. Il leur faudra beaucoup discuter avec les participants.» Notons à ce propos que mon interlocuteur, qui parle de «festival sérieux», a aussi prévu des conférences pour «au maximum 50 personnes à la fois, afin de favoriser la qualité d'écoute et de dialogue.» 

Je terminerai, comme dans toute présentation journalistique se respectant, par les quatre coups de cœur de l'organisateur. Il y a le Megaparc (No 26) créé par la compagnie belge Superbe. «Une subversion du parc d'attraction». Viennent ensuite les «Massages entre imaginaire et réel» (No 29) de la SIEA. «De vrais tripotages manuels lors d'immersions virtuelles.» En trois se place la musique, choisie par la radio Couleur3 (No 1). «Il s'agira de révéler toute la diversité électronique, en sortant des habituelles têtes d'affiche.» Le quatre reste la projection sur le Temple, organisée par l'Ecole d'ingénieurs d'Yverdon (No 37). «Il y aura d'une part un «mapping» classique. Il traitera du clair-obscur, avec plein d'illusions d'optique.» De l'autre se placera un jeu. «Cent participants interviendront à la fois sur l'image.» Une nouveauté. «C'est une création qu l'Ecole a réalisée pour nous.»

Pratique

«Numerik Games Festival», Yverdon-les-Bains, du 25 au 27 août. Site www.numerik-games.ch Il existe aussi un dépliant orange sous forme de carte, à la consultation simple (tout est à plat dessus) et agréable.

Photo (Tribune de Genève): La projection sur le Temple en 2016.

Prochaine chronique le mercredi 23 août. Bacon rencontre Bruce Nauman à Montpellier.

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