Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

XVIIIe siècle. Le MAH genevois propose trois mini-expositions d'"Arts graphiques"

Les manifestations se déroulent dorénavant dans le bâtiment principal. La meilleure des trois tourne autour de John Smith, virtuose de la "manière noire".

L'autoportrait de Peter Lely transposé par John Smith.

Crédits: MAH, Genève 2021.

J’ai remarqué l’exposition grâce à l’affiche. Notez que la chose tient du paradoxe. Uniquement apposé à ma connaissance à côté du Victoria Hall genevois, le placard en question frôle en effet l’invisibilité. Il s’est vu imprimé en vert très pâle sur banc. Mais, maintenant, j’ai pris l’habitude. Je suis bien rôdé. Je sais que si je peine à déchiffrer un «poster» à Genève, celui-ci émane du Musée d’art et d’histoire (MAH). Son graphisme maigrelet peut se trouver sur un fuchsia déconseillé par les meilleurs oculistes ou un vert strident qui déplairait à mon dentiste, comme sur la façade du Musée Rath en ce moment. Alors, pourquoi ne pas jouer avec des teintes pour une fois mourantes?

L’affiche en question signale les dernières présentations des «arts graphiques». Autrement dit d’un département dirigé par Christian Rümelin. On sait que ces dernières ne se déroulent plus à la promenade du Pin, pourtant plusieurs fois réaménagée à grands frais, mais dans le bâtiment principal de la rue Charles-Galland au premier étage. Elles se sont insérées parmi les beaux-arts. Il y en a en ce moment trois. Une par cabinet mis à disposition. Les pastels du XVIIIe (une microscopique portion du fonds) se logent ainsi entre un hommage à Rousseau et une série de portraits anglais. On sait que la Genève de l’Ancien Régime a toujours entretenu des liens étroits avec Londres. Le MAH détient du reste de superbes huiles dues à Thomas Lawrence, George Romney ou John Hoppner.

Mise en abîme. Portrait de John Smith gravé par John Smith d'après son effigie par Godfrey Kneller. L'homme tient dans sa main un autoportrait de Kneller gravé par John Smith. Photo MAH, Genève 2021.

Ce n’est pas d’elles qu’il s’agit aujourd’hui. La sélection proposée tourne autour du prolifique atelier de John Smith (1652-1742). La National Portrait Gallery parle à son propos de 1686 planches. Un monsieur dont le nom pose par ailleurs des problèmes à ceux qui voudraient chercher sur le Net. Trop commun. Pour faire simple, je dirai que ce graveur et éditeur londonien s’est spécialisé dans la diffusion d’effigies de gens célèbres (la plupart du temps des hommes). Il partait souvent d’une toile existante de Peter Lely ou de Godfrey Kneller. Des immigrés du Continent qui s’étaient coulés dans la manière élégante et raffinée d’Antoon van Dyck. L’idée géniale a été de restituer ces œuvres très picturales par une technique alors relativement nouvelle. La «manière noire», ou «mezzotinto», inventée vers 1640 en Allemagne. Cet exercice de virtuosité donnait des œuvres veloutées, sans traits ni points. Les acheteurs croyaient du coup y voir des coups de pinceau (1).

Portraits de Cour

Le petit monde des cours de Charles II, «the merry monarch», de Jacques II, de Mary II et son prince consort ainsi que celui de la reine Anne (morte en 1714) se retrouve donc aux murs genevois. La mise en contexte demeure sommaire. Elle comprend cependant des médailles du Genevois Jean Dassier, qui travaillait alors beaucoup pour l’Angleterre. Le MAH tente de relancer le secteur monnaies de ses collections, un peu mis de côté. C’est bien. Reste que ces œuvres minuscules sont difficiles à regarder et que le mélange des genres fait vite désordre. Pour tout dire, la transversalité tant vantée par la direction du MAH me fait revenir à mon enfance, où l’on mélangeait tout dans les vitrines.

Pas grand-chose de nouveau à dire des pastels, comme il se doit signés Jean-Etienne Liotard. La présentation autour de Jean-Jacques Rousseau conviendrait mieux à la Bibliothèque de Genève. L’ensemble me semble globalement décousu. Bref. On était mieux promenade du Pin.

(1) On a tenté de faire de la manière noire en couleurs au XVIIIe siècle.

N.B. Puisque nous en sommes au MAH, je vous signale le numéro d’avril de «Beaux-Arts Magazine». Marc-Olivier Wahler y propose une «exposition imaginaire» où il aurait été avalé par un crocodile géant, au risque de finir sa carrière en sac à main. Ce n’était là qu’une rêverie. La revue comporte en page de garde une énorme «pub» pour l’institution genevoise. Pure coïncidence, bien entendu.

Pratique

Arts graphiques, Musée d'art et d'histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève. Pas de date de clôture annoncée. Tél. 022 418 26 00, site www.mahmah.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."