Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

WINTERTHOUR/Le Museum Oskar Reinhart poursuit son chambardement

Crédits: Museum Oskar Reinhart, Winterthour

Je vous ai déjà raconté à quel point le Museum Oskar Reinhart se transformait à Winterthour. Il s'agit bien là du musée, érigé en fondation, et non de la collection, donnée à la Confédération. Il a fallu pour le moins assouplir les statuts afin d'en arriver à la situation actuelle. Pensez! Alors qu'il s'agit notamment d'un ensemble fermé, bien des œuvres ont été mises dans des réserves histoire d'accueillir les musées Kern et Briner, fermés pour raison d'économie, ainsi que les toiles suisses et allemandes des XIXe et début du XXe siècles possédées par le Kunstmuseum voisin. Je rappelle que le Museum est par principe voué à l'art germanique au XVIIIe au XXe siècle. 

Mon article parlait de la période moderne. C'est en effet le 25 février qu'a ouvert la suite, qui est ici un début. Les travaux se sont en effet terminés par la réfection du premier étage, réservé à l'art ancien. Il a été comme le reste rafraîchi. L'accrochage s'est vu allégé. Les meubles anciens en bois fruitier, supposés faire salon je suppose, ont presque tous disparu. Les tapis aussi. Ils commençaient à dater.

De nouveaux-venus

Le nouveau mélange est révélateur. Impossible de régater avec l'ensemble romantique allemand acquis par Oskar Reinhart. Il y a notamment un mur avec cinq (oui, cinq!) David Caspar Friedrich, dont le tableau culte «Les falaises de Ruegen» de 1818 (1). L'école genevoise doit aussi tout au fondateur, qui aimait Liotard, Agasse, Massot, Calame ou Töpffer. Pas d'adjonctions ici, donc. La Ville et le Kunstmuseum possédaient en revanche d'autres Anton Graff, le portraitiste des Lumières à Dresde étant originaire de Winterthour. Il a fallu brasser... et éliminer. Füssli n'était en revanche pas le genre de Reihnhart. Trop brutal. Trop dérangeant. Tout débarque pour lui aujourd'hui du Kunstmuseum. Celui-ci a aussi confié «L'atelier parisien» (1807) de Hans Jakob Oeri, vedette l'an dernier de la rétrospective Oeri du Kunsthaus de Zurich, tout comme «L'autoportrait parisien» (1804) de David Sulzer. Une toile magnifique. Sulzer était alors élève de David, il était beau et il avait 20 ans. A côté pend son autoportrait de vieillesse. C'est un peu déprimant... 

L'ensemble apparaît très réussi. Il ne manque plus à l'institution qu'un public. C'est à désespérer. Un mercredi entre midi et quatorze heures, nous étions en tout cinq, plus les gardiens.

(1) Il y a aussi cinq Menzel et sept Waldmüller.

Pratique

Museum Oskar Reinhart «am Stadtgarten», Stadthausstrasse, Winterthour. Tél. 052 267 51 72, site www.museumoskarreinhart.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, le jeudi jusqu'à 20h.

Photo (Museum Oskar Reinhart): "Le débarquement près du pont de Westminster" de Jacques-Laurent Agasse. Le peintre genevois s'est vit établi en Angleterre.

Ce texte, intercalaire, complète celui sur l'exposition Roussel du Kunstmuseum de Winterthour.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."