Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Volé en 1946, l'énorme écu de bronze du Musée Poldi-Pezzoli a été retrouvé!

L'oeuvre avait disparu des ruines du palais bombardé. Elle a réapparu lors d'une vente publique à Monza. Saisie, elle revient mais à l'intérieur. Ce n'est pas le moment de l'abîmer!

L'énorme écu, dont la dépêche ANSA ne précise ni la taille, ni le poids.

Crédits: ANSA

Il avait été volé le 3 décembre 1946. L’énorme écusson aux armes des Poldi-Pezzoli se trouvait alors dans les ruines de la maison-musée de Milan. On sait qu’entre 1943 et 1945, la ville du Nord a fait partie des villes les plus bombardées d’Italie. Situé en plein centre, le Palazzo Poldi-Pezzoli avait été l’un des bâtiments gravement touchés. Ont alors disparu les décors de salons surchargés, conçus dans la seconde moitié du XIXe siècle. Seules quelques photos en noir et blanc témoignent encore de cet ensemble anéanti. L’urgence de l’après-guerre, puis le goût épuré des années 1950 ont découragé tout espoir de reconstitution.

L’écu de bronze, placé au balcon à la hauteur du «salon doré» évanoui, semblait à tout jamais disparu. C’est oublier la sagacité que peuvent (parfois) démontrer conservateurs et historiens de l’art. Ceux-ci ont vite fait de repérer en 2018, dans une vente publique à Monza, l’écu dûment armorié. Il n’avait pas été fondu, comme on le pensait vu le manque de matières premières dans un pays manquant de tout après la guerre. La sculpture avait passé aux mains de collectionneurs un peu indélicats. Plainte a été déposée auprès de la Soprintendenza Archeologia, Belle Arti et Paesaggio. Celle-ci a transmis prestement le message aux carabiniers de la Tutela del Patrimonio Culturale. L’écu a été saisi. Puis restitué à ses légitimes propriétaires.

En parfait état!

Après trois quarts de siècle, il revient donc au Poldi Pezzoli, qui aurait aimé faire une petite cérémonie le 3 décembre 2020. Difficile dans l’actuelle Lombardie malade! Le public a donc dû se contenter de la dépêche de l’agence nationale ANSA. Il n’était pas question de replacer ce chef-d’œuvre du bronze décoratif, exécuté entre 1875 et 1880 par Lodovico Pagliani, sur un balcon. La directrice du Poldi, Annalisa Zani, a expliqué que ce n’était pas le moment de compromettre son parfait état de conservation. Milan reste une des villes les plus polluées d’Europe. Le bronze a donc été placé à l’intérieur. Bien au chaud. Il surmonte désormais l’arc de l’escalier menant au premier étage, là où se trouvent avant tout les collections de peinture.

Quand les chose iront mieux, quelque part entre l’Apocalypse selon Saint Jean des chrétiens et la Saint Glinglin des incroyants, je vous incite à aller voir non seulement l’écu, mais le reste. Il y a là des Bellini, des Piero della Francesca, des Botticelli, des Antonello de Messine, des Polluaiolo ou des Cosmè Tura d’anthologie. Vu la fréquentation, déjà faible en temps normal, les fameuses «distances sociales» se verront certainement respectées...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."