Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Vincent Pérez propose ses "Identités" au Musée suisse de l'appareil photographique

Acteur, mais aussi réalisateur ou scénariste de BD, le Lausannois est présent avec deux séries. L'une porte sur les Russes. L'autre tourne autour des Africains de Paris.

L'un des sapeurs photographiés à Paris dans le 18e arrondissement.

Crédits: Vincent Pérez, Musée suisse de l'appareil photographique, Vevey 2019.

On l’a vu aux Rencontres d’Arles. C’était en 2014. Il a exposé à la MEP, ou Maison européenne de la photographie de Paris. Nous étions alors en 2017. Vincent Pérez occupe aujourd’hui le dernier étage du Musée suisse de l’appareil photographique à Vevey. Dans les deux maisons. Les grands tirages (un peu trop vastes pour le lieu, peut-être) se trouvent d’un côté. La projection de l’autre, au-delà de la passerelle. «Il fallait tout de même proposer un certain nombre d’images», explique Luc Debraine qui s’occupe aujourd’hui de l’institution.

On connaît Vincent Perez comme acteur. Ce Vaudois d’origines espagnole et allemande porte bien d’autres casquettes. Il est à l’occasion réalisateur. L’homme a créé un festival à Lausanne, ville qui ne développe pourtant pas une «festivalite» aiguë comme Genève. Il conçoit des scénarios de BD. Enfin il photographie. «Il s’agit là de sa première passion», poursuit Luc Debraine. Le jeune Vincent ne se sentait pas doué pour des études de type classique. Né en 1964, il a donc commencé par un apprentissage dans un laboratoire lausannois, Photo Tornow rue du Petit-Chêne, tout en suivant parallèlement des cours à l’Ecole de Vevey. La filière traditionnelle à l’époque. «Il a ainsi réalisé des centaines de portraits pour des papiers d’identité.» (1)

Retour à la photo en 1992

Stanislavski a ensuite débarqué dans sa vie. Le fameux théoricien, dont la «méthode» a tant influencé les élèves de l’Actor’s Studio. Vincent s’est alors mis en tête de devenir comédien. Il a suivi des cours à Genève, puis à Paris. Le cinéma, qui ne l’a d’ailleurs plus lâché (quatre films encore en 2019, dont le «Dreyfus» de Roman Polanski), s’en est très vite mêlé. «La photo a passé à la trappe jusque sur le tournage d’«Indochine» en 1992. Catherine Deneuve a suggéré à son partenaire de refaire des images.» C’est ainsi que tout a recommencé, avec des carrières parallèles se rejoignant bien avant l’infini. «Vincent s’est attaqué à des séries. Nous proposons des extraits de deux d’entre elles.» La première l’a emmené en Russie pour un livre produit par Vera Michalski, l'éditrice suisse possédant comme un copyright sur ce qui se passe à l’Est. L’autre se situe à Paris, même si nous n’y sommes pas vraiment. Vincent Pérez nous montre des sapeurs n'ayant rien à voir avec les pompiers. Ce sont les Africains de la capitale passionnés de «looks» particulièrement tapageurs.

Vincent Pérez. Photo DR.

La première suite montre comme de juste des vétérans du communisme bardés de médailles, mais aussi des gens de cirque ou d'autres ne sortant pas de la moyenne. Composée d’image tout aussi posées, la seconde présente des Noires et des Noires singulièrement colorés. «Cela n’a pas été facile d’obtenir leur confiance. Pensez! Un Blanc seul au milieu d’une foule africaine!» On n’ose pas parler de racisme dans ces cas-là, mais il a fallu créer une confiance. Méritée. Les modèles se sont, au propre, donnés en spectacle. Des clichés que l’éclairage adopté rend un peu peu plats. Ici, les ombres ne jouent finalement pas grand rôle. L’effet recherché n’est plus celui de profondeur. L’appréciation des résultats obtenus dépend bien sûr des goûts et des générations.

Un partenariat

Voilà. Il s’agit d’une petite exposition. Si elle se déroule au Musée suisse de l'appareil photographique plutôt qu’ailleurs, c’est parce qu’il s’agit d’un partenariat avec PENTAX. Une marque japonaise créée en novembre 1919. «Vincent en est l’ambassadeur.» Ici à Vevey l’aspect technique ne se voit forcément pas oublié. Et il n’existe pas tant d’institutions que cela en Europe pour présenter ainsi des boîtiers, des objectifs ou appareils de toutes époques. La visite peut donc se poursuivre sur trois étages. Il y en a pour un moment…

(1) Le titre de l’exposition actuelle est d’ailleurs «Identités» Une manière de boucler la boucle.

Pratique

«Vincent Pérez, Identités», Musée suisse de l’appareil photographique, 99, Grand-Place, Vevey, jusqu’au 26 janvier 2020. Tél. 021 925 34 80,site www.cameramuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

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