Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Vérone montre sa peinture d'entre les années de peste, frappant en 1575 puis en 1630

L'exposition du Castelvecchio présente des peintres presque inconnus, qui se situent dans le sillage des grands créateurs. C'est l'occasion de les découvrir dans un beau lieu.

"La Vierge et l'Enfant en compagnie de saints" de Felice Brusasorzi, 1579.

Crédits: Museo di Castelvecchio, 2019.

Depuis 1405 en mains vénitiennes, après avoir subi divers pouvoirs dictatoriaux, Vérone a réussi à développer une école indépendante de peinture. Evidemment, il lui a fallu résister à l'attraction de la métropole. Paolo Calliari (1528-1588) est ainsi parti avec sa tribu familiale à Venise, où il s'est fait connaître sous le surnom de Véronèse. Il est pourtant resté sur place des artistes mineurs, peut-être, mais attachants. Restauré après les dégâts de la dernière guerre, le Museo di Castelvecchio, a ainsi consacré une rétrospective anthologique aussi bien à Alessandro Turchi (1578-1649) qu'à Paolo Farinati (1524-1606). Elles ont fait grande impression.

Aujourd'hui, c'est à un portrait de groupe que nous invite le musée, qui a prolongé «Bottega, Scuola, Accademia» jusqu'au 29 septembre. Il s'agit de montrer, comme le dit un sous-titre plus parlant, «la peinture à Vérone de 1570 à la peste de 1630». Un sujet en apparence pointu. Placées dans une immense salle, les œuvres se retrouvent cependant dans leur contexte économique et politique. Artistique aussi, cela va sans dire. Il est ainsi beaucoup question de l'Accademia Filarmonica, créée en 1543. D'où la présence de quelques rares instruments de musique dans des vitrines. Cet aréopage dépassait cependant le cadre purement musical. Domenico et Felice Brusasorzi, tout comme Turchi en ont fait partie. On sait à quel point les peintres ont alors eu à cœur de faire passer leur métier non plus pour manuel, ce qui semblait dégradant, mais pour une création intellectuelle.

Des épidémies effrayantes

Ces savantes discussions se sont déroulées entre deux événements dont nous mesurons mal l'intensité aujourd'hui. Entre 1575 et 1577, Venise est frappée par la peste, comme ses environs. Le mal fait 50 000 victimes dans la cité. Un tiers environ de la population. L'épidémie se révèle pire encore en 1630. Vérone perd alors 32 000 de ses habitants sur 50 000. Aucun cordon sanitaire n'avait pu être établi en raison de la «guerre de succession de Mantoue», qui voyait des troupes déferler dans tous les sens. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'exposition s'arrête là. Vu la dépopulation et le caractère exsangue de l'économie par la suite, les peintres survivants ont été chercher des commandes ailleurs.

Entre-temps, Dieu merci, il y a eu un répit. Le Castelvecchio peut ainsi présenter de nombreux artistes dont les œuvres ont peu circulé. Les familles princières, puis les grands musées internationaux n'ont pas été au-delà des noms célèbres, signes de prestige. Les Brusasozi, Bernardino India, Francesco Montemezzano, Sante Creara, Pasqualino Ottino ou Marcantonio Bassetti sont du coup restés des vedettes locales, dont la production se voit dans les églises du Veneto ou dans d'autres salles du Castelvecchio, à visiter avant ou après. Ce dernier n'allait déplacer pour le plaisir les grands tableaux d'autel de quelques mètres.

Disciples, suiveurs et dissidents

Finalement didactique, l'exposition propose peu de chefs-d’œuvre inconnus. Il s'agit néanmoins là d'une peinture honorable. Un art qui répète souvent des formules éprouvées. Il est néanmoins permis de trouver un réel talent de portraitiste à Pasquale Ottino. Si Paolo Farinati n'est pas une tête d'affiche picturale, il n'en reste pas moins l'un de plus extraordinaires dessinateurs du XVIe siècle, d'une inépuisable imagination. Felice Brusasorzi trouve aisément sa place dans le courant maniériste de son temps. Parler d'un art provincial semblerait par conséquent injuste. La peinture ne se limite pas à une poignée de superstars. Il faut des disciples, des suiveurs et quelques dissidents. Vérone a tenu sa place dans la constellation italienne. Allez vous en rendre compte sur place!

Pratique

«Bottega, Scuola, Accademia, La pittura a Verona dal 1570 alla peste del 1630», Museo di Castelvecchio, Sala Boggian, 2, corso Castelvecchio, Vérone, prolongé jusqu'au 29 septembre. Tél. 0039 045 806 26 11, site www.museodicastelvecchio.comune.verona.it Ouvert le lundi de 13h30 à 18h45, les autres jours dès 8h30.

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