Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/La Fondazione Ligabue expose des "Idoles" préhistoriques

Crédits: Fondazione Ligabue, Venise 2018

Grâce à la Fondazione Giancarlo Ligabue, créée en 2016, le Palazzo Loredan s'est fait une spécialité des expositions archéologiques. Leur présence en ces lieux peut étonner. Le bâtiment du XVIe siècle contient à son étage supérieur une grande bibliothèque Renaissance ne laissant de place pour des vitrines qu'en milieu des salles. Deux petits salons, non accessibles au public, laissent entrevoir leurs stucs rococo aux couleurs de dragées. D'immenses lustres en Murano occupent par ailleurs une portion de l'espace. Les décorateurs ont su en tirer parti. Eclairées par en dessous, ces cascades de verre deviennent dans la pénombre des objets fabuleux. 

Je vous ai déjà parlé de plusieurs manifestations organisées en ces lieux, l'une des dernières portant sur l'écriture cunéiforme des Sumériens. Cette fois, la Fondazione Ligabue se penche sur les «Idoles» se trouvant aussi bien dans le monde méditerranéen qu'en Egypte, en Inde ou dans le Nouveau-Monde. Il s'agit de jeter des passerelles entre ces statuettes pour la plupart féminines venues d'horizons aussi divers. Leur côté primitif, au sens propre du terme, aide cependant à emporter le morceau. Les civilisations les plus anciennes tendent souvent à se ressembler dans leurs modes d'expression. Chypre peut ainsi rejoindre la Roumanie préhistorique, la Syrie, la Trans-Oxiane ou les Cyclades. Il suffit de réunir des pièces de qualité. Les chefs-d’œuvre s'entendent souvent bien entre eux.

Nombreux prêts 

C'est Annie Caubet, conservatrice honoraire du Louvre, qui s'est chargée de cette réunion de famille. Il y a en tout cent pièces. Cette fois, toutes ne proviennent pas du fonds surabondant de la Fondazione Ligabue. Il y a des prêts du musée de Cagliari, qui a envoyé de prodigieuses pièces sardes, comme du Musée archéologique de Madrid, le conservatoire du lointain passé ibérique. Bruxelles a collaboré au même titre que différents privés. Notons à ce propos que le sommet peut-être de l'exposition provient de la succession genevoise de George Ortiz. C'est bien la première fois que je vois dans un tel contexte un objet provenant d'une collection jugée sulfureuse. 

La manifestation s'adresse à un public savant, mais pas trop. La mise en scène sait en faire un spectacle. Je rappellerai juste ici que Giancarlo Ligabue, mort en 2015, était à la fois paléontologue, homme d'affaires et politicien. Il a été député européen pour Forza Italia. Il a par ailleurs présidé aussi bien le musée d'histoire naturelle de sa ville de Venise que le club de basket Reyer Maschile Italia. Aujourd'hui, on veut avant tout se souvenir du savant et mécène de l'archéologie. Au cours de 130 missions, l'homme a découvert en personne bien des choses. Il a du coup baptisé l'une de ses découvertes. Le Ligabueino est petit dinosaure portant son nom.

Pratique

«Idoli, Il Potere dell'Immagine», Palazzo Loredan, 2945 Campo Santo Stefano, Venise, jusqu'au 20 janvier. Tél. 0039 041 270 56 16, site www.fondazioneligabue.it Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Fondazione Ligabue, Venise 2018): Une "idole" féminine provenant de Trans-Oxiane.

Texte intercalaire.

 

 

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