Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/La Fondazione Guggenheim se dote d'un second lieu d'exposition

Crédits: Fondazione Peggy Guggenheim

«Peggy Guggenheim a été très importante pour moi. Elle a changé le cours de ma vie et celle de mon mari. La période surréaliste a été extraordinaire. Elle reste le meilleur moment de ma vie d'artiste.» Rita Kernn-Larsen (1904-1994) s'exprimait ainsi au soir de son existence. Peggy était alors depuis longtemps enterrée dans le jardin de son palais vénitien, au milieu de ses pékinois. La Danoise la retrouve cependant aujourd'hui pour quelques semaines. Elle inaugure un nouvel endroit du musée privé. Un tout petit coin. Les «Project Rooms» occupent deux chambres seulement, prises sur l'ancien restaurant. 

Rita, que des photos montrent comme une dame élégante et sûre d'elle-même, rencontre Peggy à Paris. Nous sommes en 1935. Le courant passe. L'héritière américaine la montrera à Londres en 1938, quand elle ouvrira la galerie Guggenheim Jeune. Rita était alors assez en vue. Cette ancienne élève de Fernand Léger avait déjà exposé à Copenhague, bien sûr, mais aussi à Oslo et à Paris. Elle n'accomplira pas par la suite la grande carrière prévue. Notons cependant que, devenue âgée, Rita Kernn-Larsen participera à la Biennale de Venise de 1986.

Sept tableaux en tout 

L'exposition reste minuscule. Sept tableaux des années 30 et 40 sur des murs noirs, plus de la documentation. L'une des toiles appartient à la Fondazione Peggy Guggenheim, mais il s'agit d'un achat récent, 2013. Peggy n'avait pas été touchée au point de collectionner la Danoise. Il faut dire qu'il s'agit d'un art imaginatif, certes, mais dû à une bonne suiveuse. Et comme souvent avec les surréalistes, la technique ne suit pas. C'est au final médiocrement peint, vu de près. 

Si je vous en parle, c'est parce que ces «Projects Rooms» bouleversent la donne d'une fondation qui ne cesse de s'agrandir par grignotage. Il y a d'abord eu le célèbre palais inachevé Venier dei Leoni. Puis est venue l'aile de retour, abritant aujourd'hui par roulement l'énorme ensemble d'art (plus contemporain) légué par les époux Schulhof. A fait suite la maison au fond du jardin, qui contenait jusqu'ici le restaurant et les salles d'expositions temporaires. Il a même été un temps question que s'installe à côté la collection du Genevois d'adoption Jan Krugier.

Restaurant déplacé 

Tout cela n'a pas été sans susciter l'ire de certains héritiers de Peggy (mais pas tous!), qui voulaient le retour à la case départ. Il y a même eu deux procès, perdus par ces derniers. Le restaurant peut donc faire place à une seconde aire d'exposition. Et où mange-t-on maintenant, au fait? En contrebas, dans un nouveau lieu récemment aménagé. Il y a davantage de place, mais la vue s'est perdue, même si les clients ne se retrouvent pas dans un cul de basse-fosse. Autant dire que la tourne s'est accélérée, ce qui semble bon pour le tiroir-caisse. 

Dès le mois de mai, Rita ne restera plus seule. Les salles habituelles accueilleront l'exposition très attendue sur Mark Tobey. Un peintre important, lié à la Suisse dans la mesure où il a vécu et où il est mort à Bâle en 1976. Mais aussi un artiste très rarement montré, qui devrait séduire, non loin des deux sièges de la double exposition Damien Hirst chez Pinault. Autant ce dernier apparaît à Venise comme une pièce rapportée, autant Peggy fait en effet partie des meubles. Et Miuccia Prada, me direz-vous? Eh bien, la couturière semble avoir renoncé à toute ambition vénitienne. Plus aucun accrochage n'est annoncé dans son Palazzo Corner della Regina.

Pratique

«Rita Kernn-Larsen», Fondazione Peggy Guggenheim, 701-704 Dorsoduro, Venezia, jusqu'au 26 juin. Tél. 0039 041 240 54 11, site www.guggenheim-venice.it (il ne fonctionne pas très bien). Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. La rétrospective Mark Tobey se déroulera du 6 mai au 10 septembre.

Photo (Fondazione Peggy Guggenheim): Deux des tableaux de Rita sur fond noir.

Texte intercalaire.

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