Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VENISE/David Hockney livre le portrait de ses intimes à la Ca' Pesaro

Crédits: Royal Academy, Londres

Hockney à Venise? Le lien n'apparaît pas évident. Comme pour toutes les expositions de prestige dans la ville cet été, celle-ci se situe en plus hors Biennale. Il s'agit là de la première étape d'une tournée qui ne passera pas par l'Angleterre, en dépit d'une collaboration avec la Royal Academy. Après la Ca' Pesaro, ce sera le Guggenheim de Bibao (du 10 novembre au 25 février), puis le Los Angeles County Museum of Art (du 1er avril 2018 au 29 juillet). La Ca' Pesaro semble désormais s'inscrire dans l'orbite américaine. Après le dépôt permanent de la collection d'art contemporain de la défunte galeriste Ileana Sonnabend, il y avait déjà eu, ce printemps, la belle rétrospective William Merritt Chase (dont je vous ai parlé), réalisée en coproduction avec la Collection Phillips de Washington. 

«82 portraits et une nature morte» se compose d'une seule, mais immense série. De retour en 2013 à Los Angeles, qui a longtemps incarné pour lui le soleil et la liberté, Hockney a entrepris de donner l'image des ses proches. Un protocole s'est vu établi. Tous les gens poseraient sur le même fauteuil, du reste montré à Venise. Ils y aurait un fond, composé de deux nuances de bleu canard. Les toiles auraient un format identique. Grandeur nature. Une hauteur assez proche du carré. Chacune d'entre elles se verrait enfin exécutée en trois séances de pose. Parfois moins. Jamais davantage. Pour ce retour à la peinture à l'huile après l'IPad et la vidéo, le Britannique n'allait pas donner dans les confections interminables à la Lucian Freud.

Réussites inégales 

Le résultat de cet accrochage monté par Edith Devaney se présente en rang d'oignon au second étage du musée, dont les fenêtres plongent sur le Grand Canal. Fond sombre. Eclairage au projecteur. L'artiste raconte sur le cartel la séance. Il dit qui sont les gens. Ce qu'ils représentent pour lui. Notons au passage que beaucoup se voient qualifiés d'amis de longue date. J'ignorais qu'on puisse en posséder autant. Il me semble plutôt s'agir de relations durables. Il y a là la famille, dont sa sœur Margaret, des marchands, des collectionneurs, des intermédiaires, le personnel et une infinité d'assistants. On se dit que la firme Hockney doit un peu tenir de la PME. 

Les réussites se révèlent inégales. L'artiste Bing McGilvray s'est ainsi plaint d'avoir l'air d'un représentant en réfrigérateurs, ce qui lui a valu une seconde, puis une troisième effigie. Certains se révèlent pourtant bien reconnaissables, de Frank Gehry à Larry Gagosian, en passant par l'éditeur Benedikt Taschen. Il ne faut cependant pas regarder le tableau de près. C'est pauvrement dessiné. Assez mal peint. L'effet recherché reste le même que celui que voulaient atteindre les peintres vénitiens de la Renaissance. Ceux dont l'historien toscan de l'époque Giorgio Vasari disait que leurs taches informes prenaient un relief étonnant vues de loin. Et de fait bien des images (il y a tout de même des ratés et des mochetés) se mettent en place avec le recul. Rien de plus simple heureusement que de faire ici marche arrière. Les salons de la Ca' Pesaro sont gigantesques.

Pratique 

«David Hockney, 82 Portraits and a Still Life», Ca' Pesaro, 2076 Santa Croce, Venise, jusqu'au 22 octobre. Tél. 0039 041 524 06 95, site www.capesaro.visitmuve.it Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Photo (Royal Academy, Londres): David Hockney au milieu de son exposition vénitienne.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur la rétrospective Hockney au Centre Pompidou.

 

 

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