Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Vaud et Neuchâtel ont fermé dimanche leurs musées pour la troisième fois en un an

C'était craint et attendu. Les autorités cantonales ont dû sacrifier des institutions culturelles face au virus à contenir. Mais ne s'attaquent-elles pas ainsi à des lampistes?

«Messieurs-dames, on ferme.» C’est le mot qu’on entendait jadis dans les musées, qui restaient alors des institutions tristes, poussiéreuses et pauvres. Et les gardiens, tous en uniformes à cette époque-là, agitaient leurs clefs afin de bien se faire comprendre. Les temps ont changé. Ce sont aujourd’hui les autorités politiques qui procèdent à ce genre d’«ajustements», pour employer un mot gentil. Elles ouvrent. Elles bouclent. Les institutions culturelles s’adaptent au gré non pas de leur fantaisie (quoique…), mais des montées et des descentes du taux de reproduction du virus. Une chose dont le calcul scientifique fait pourtant polémique, même si la petite bête venue de Chine existe bel et bien.

Or donc, Vaud et Neuchâtel viennent de refermer dimanche leurs musées pour la troisième fois en un an. Les deux cantons ont dépassé trois jours consécutifs (de quelques centièmes après la virgule) le 1 toléré. Un 1 maintenant une certaine stabilité dans l’instable. Le Jenisch de Vevey, la Maison d’Ailleurs d’Yverdon, le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel ou le MCB-a de Lausanne resteront bouclés jusqu’au 22 janvier. Sans doute un peu plus longtemps. Il n’y a pas ici urgence économique. 2020 aura été pour les «cultureux» l’année du rappel à la modestie. Après avoir dit d’eux qu’ils étaient une crème de la Nation, l’État les a traités comme du petit lait. En réalité, le public peut très bien se passer d’eux. Il n’a même plus besoin de cinémas, puisque Netflix remplit désormais cet office. Il y a quelques jours dans «Le Temps», où il dialoguait avec le philosophe Alexandre Jollien, le conseiller fédéral Alain Berset s’est bien fendu de quelques larmes de crocodile sur la culture. Mais cela fait après tout là partie de ses fonctions.

Le "superflu" condamné

Je vous ai plusieurs fois dit que fermer bibliothèques et musées était ridicule (1). Les seconds surtout. Ils ont pour la plupart restés vides après le second confinement, même si j’ai vu ce week-end beaucoup de monde (et du monde jeune) au MCB-a de Lausanne ou au Musée Jenisch de Vevey. Autant dire que le risque d’attraper le fameux virus semblait ici moindre que dans les «grandes surfaces» favorisées depuis mars par nos autorités. Mais ces dernières (les autorité donc) se doivent bien de faire quelque chose. Il faut toujours sembler agir. Difficile de supprimer les bus, les trains ou les trams. Impossible de dire aux familles composées de parents travaillant en «présentiel», dotées d’enfants scolarisés et de grands-parents en visites qu’elles courent le maximum de risques. Alors, on condamne le «superflu». Peu de protestations à attendre des gens de musée, qui sont des fonctionnaires. Et si les artistes crient, il suffit de dire que ces bougillons agissent comme d’habitude. Il reste toujours plus facile de s’attaquer à des lampistes.

Je ne sais pas si j’ai mauvais esprit. Mais la fermeture muséale de Vaud et Genève après le reste de la Suisse me fait penser à la répression en France à coup d’amendes. 135 euros pour ci, et encore 135 pour ça. Quand un délinquant solitaire dépasse d’un quart de poil le domaine de l’autorisé, la «prune» tombe raide et drue. Lorsqu’il s’agit d’interrompre, près de Rennes, une «rave party» géante de deux jours, il n’y a en revanche plus de police montrant les dents. Elle demande gentiment aux danseurs de bien vouloir mettre un masque et de partir. C’est ainsi qu’on peut en Suisse faire en ce moment du ski en station, le ski représentant un gros enjeu financier, alors qu’il est devenu dangereux d’emprunter un livre en bibliothèque! Dans la Bible, on parle dans ce cas «de la paille et le la poutre»...

(1) Les zoos et parcs animaliers doivent aussi fermer. Pourquoi les zoos? Y aurait-il donc des pangolins , des chauves-souris ou des visons dans les zoos vaudois et neuchâtelois?

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