Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

VANNES/Un tableau indonésien du XIXe siècle vendu 7,2 millions d'euros

Crédits: Capture d'écran

Pour être animée, la scène est animée! Dans une mêlée furieuse, les cavaliers se mêlent aux taureaux sauvages. Normal. Il s'agit là d'une scène de chasse. Un genre noble en peinture depuis l'ère baroque. Le tableau, qui vient d'être vendu samedi 27 janvier pour 7,2 millions d'euros dans la France profonde, n'est pourtant dû à aucun maître répertorié chez nous de cette spécialité. La grande toile en largeur (110 sur 185 centimètres) est signé par un certain Raven Saleh (1811-1880), sur qui même Wikipedia ne sait rien. J'ai juste lu quelque part que cet Indonésien avait été formé aux Pays-Bas, ce qui semble logique. Tout l'archipel est resté colonie hollandaise jusqu'en 1949. 

Pourquoi un tel prix pour un artiste inconnu qui donnait là (c'était en 1855) une composition plutôt médiocre? Parce qu'il s'agit d'une rareté. Les peintures indonésiennes sous influence occidentale ne sont pas légion au XIXe siècle. Par nationalisme surtout. Comme les Japonais ont recherché dans les années 1980 les impressionnistes nippons (si si, il y en a eu!) et comme les Turcs apprécient sans doute les orientalistes nés du côté d'Istanbul, il y a là un réflexe identitaire. D'où une âpre lutte tenant du combat de coqs. L'acquéreur était venu en personne de Jakarta jusqu'à Vannes, dans le Morbihan. Il pourra rentrer chez lui avec son trophée, acheté trente-six fois le montant d'une estimation déjà coquette. L'Etat français a accordé sans problème un passeport pour sa libre sortie. On peut espérer que les Indonésiens sont meilleurs payeurs que les Chinois.

Retrouvé dans une cave 

Le tableau avait été trouvé par l'étude de Jack-Philippe Ruellan dans une cave, lors d'un inventaire à Auvray. Les propriétaires avaient descendu dans ces enfers une toile leur plaisant peu, ce qui peut ici se comprendre. Commentée dans toute la presse nationale dès dimanche 28 janvier, la vente offre la première surprise du marché de l'art 2018. «La chasse aux taureaux sauvages» fera sans nul doute partie des plus fortes enchères françaises de l'année. Notons à ce propos que nombre de ces dernières émanent non pas de Paris, mais de province.

Photo (Capture d'écran): «La chasse aux taureaux sauvages» de Raven Saleh, 1855.

Texte intercalaire.

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