Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une tombe étrusque intacte a été exhumée en Corse. Les recherches avancent

La découverte remonte à l'an dernier. Les archéologues en arrivent aux analyses. La sépulture témoigne de la forte influence étrusque sur l'île dans l'Antiquité.

La fosse, avec le squelette.

Crédits: Roland Haurillon, INRAP, GEO

La nouvelle est tombée fin mars 2019, mais j’avais zappé. Pour tout dire, elle ne m’était pas venue aux oreilles. L’archéologie reste un domaine à part. Pour la grande presse parisienne, il s’agit d’ailleurs d’une science, comme la physique ou les mathématiques, et non d’un art. Toujours est-il que des fouilleurs avaient mis la main à Aléria, en Haute-Corse, sur une tombe étrusque exceptionnelle. Pour deux raisons. D’abord parce que cette riche sépulture restait intacte. Elle attestait ensuite la présence étrusque dans l’île, même si ce n’est pas franchement une surprise. Vous avez comme moi après avoir lu Hérodote et Diodore de Sicile qu’après la bataille d’Alalia (l’ancien nom d’Aléria), survenue autour de 540 av. J.-C., les Etrusques, les Phocéens et les Carthaginois s’étaient partagé la Corse en trois zones d’influence.

L'un des vases trouvés dans l'hypogée. Photo Roland Haurillon, INRAP, GEO.

Aléria a déjà été auscultée. Dans les années 1960, Laurence et Jean Jehasse avaient mis au jour une ville antique comprenant un forum et un amphithéâtre. Au Sud de la cité, la nécropole de Casabianda s’était vue classée monument historique. Il en était sorti un nombre impressionnant d’objets, aujourd’hui montrés (en partie) au musée de la ville moderne. Les campagnes de recherches se sont longtemps arrêtées. C’est récemment que la DRAC et la Collectivité de Corse les ont reprises avec un programme impliquant quelque 70 chercheurs. Ainsi fut trouvée la dernière demeure d’une Etrusque de haut rang, entourée de tout son mobilier funéraire. La tombe a été rouverte à l’époque plusieurs fois dans l’Antiquité, puis soigneusement colmatée. Aucun pillage. Il s’agissait apparemment d’y introduire de nouvelles offrandes.

Une première depuis quarante ans

Les archéologues ont eu la chance de découvrir l’ensemble en assez bon état. Une chose rare en Corse, où la terre dégage de l’acidité rongeant jusqu’aux os. La chambre funéraire se trouvait au milieu d’un enchevêtrement des sépultures creusées sur un temps long. Les plus anciennes, dont l’hypogée avec corridor de notre dame, remontent en effet au quatrième siècle avant notre ère tandis que les plus récentes datent du IIIe siècle chrétien.

On en arrive aujourd’hui aux analyses fines, comme l’explique le numéro de «Beaux-Arts Magazine» daté du mois de juin. Vingt-deux céramiques ont déjà été scannées aux rayons X. Il s’agit maintenant d’investiguer sur deux miroirs exceptionnels en bronze à manches d’os. On en saura ensuite davantage sur les pratiques funéraires de l’époque. Pour les bijoux en or, tout reste plus simple. C’est la première tombe de ce type découverte sur un sol aujourd’hui français (je demande pardon aux indépendantistes) depuis quarante ans. Et pourtant les fouilles, avant tout préventives, vont bon train chez nos voisins!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."