Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une sélection oecuménique des dessins du FMAC se retrouve au Commun, rue des Bains

Un trio de commissaires a opéré un choix, plutôt copieux, dans les réserves du Fonds municipal d'art contemporain genevois. Il propose des pièces signées par 108 artistes.

Un fragment de l'oeuvre d'Alexandre Bianchini faisant l'affiche.

Crédits: Alexandre Bianchini, Fonds municipal d'art contemporain, Genève 2019.

C'est une exposition courte. Il en faut. Au moins, celles-là on les voit. Je me souviens encore du temps où Rainer Michael Mason proposait «L’œil bref», dans ce qui s'appelait alors le Cabinet des estampes à la Promenade du Pin. Un seul jour, même si la chose se voyait souvent prolongée. Il s'agissait d'être là. Avec les manifestation se traînant sur plus de quatre mois, on pense toujours avoir le temps. Et, trop tard, on se rend compte que ce temps-là, on l'a perdu. Comme chez Proust. C'est fini et on n'y aura pas été.

Le Commun propose donc pour quelques jours un choix de dessins du FMAC, autrement dit du Fonds municipal d'art contemporain genevois, que dirige aujourd'hui avec détermination Michèle Freiburghaus. Vous savez sans doute ce qu'est le Commun. Il s'agit d'une sorte de «non man's land» au rez-de-chaussée et au premier étage du BAC, côté rue des Bains. Non loin du Centre de la Photo. Un espace laissé vierge, ou presque, avec son escalier interne et son sol fait de billes de bois. Un endroit sans affectation précise. Il accueille tout, et donc n'importe quoi. On y vu de la photo. Des excroissances de la BIM, ou Biennale de l'image mobile. Que sais-je encore.

Une définition très large

L'actuelle manifestation consiste en un libre choix effectué par trois commissaires, David Mamie, Xavier Robel et Nicola Todeschini. A l'heure où les artistes ne produisent plus des œuvres, mais des positions, il s'agit comme de juste d'une «proposition». Notez que le mot n'est pas faux. Avec les 4400 pièces conservée par le FMAC (dont 2000 vidéos), le triumvirat aurait pu retenir sans peine d'autres choses. Cela dit, la sélection se révèle large. Il n'y a pas moins de 108 plasticiens représentés. Quant à la discipline, elle s'est vue élargie au maximum, comme l'avait déjà fait Karine Tissot pour ses expositions d'Yverdon ou de Bienne. L'idée est de considérer le trait dans l'espace. J'ai ainsi vu des choses me semblant plutôt relever de la sculpture, des gravures, de la vidéo (crachotante et primitive, puisque c'est celle de Jean Otth) et même une tapisserie d'après Le Corbusier datée de 1950. L'année de création du Fonds, qui était alors de décoration.

Alexandre Bianchini fait l'affiche avec deux "oui" et deux "non" rouges. A mon avis, nous sommes là dans le peut-être. Cette feuille, de taille plutôt réduite, se trouve dans une vitrine en nombreuse compagnie. En plus des murs, chargés comme ceux de certains appartements des années 1950, il y en a en effet huit, histoire d'utiliser au mieux le Commun. Plus un tapis. Emblématique et prestigieux, puis qu'il est signé Alighiero e Boetti. Prière de ne pas le fouler.

Les connus et les autres

Parmi les noms retenus, il en est d'internationalement connus comme Richard Serra, Franz Erhard Walther, Robert Wilson (Bob, si vous préférez), John Armleder ou Franz Gertsch. Le trio aux commandes a aussi su rassembler des Suisses de toutes générations. Les émergents. Les arrivés. Ceux aussi qu'on a déjà un peu (voire complètement) oubliés. La roue tourne aujourd'hui très vite dans le monde de l'art. Gérald Minkoff, Christiane Wyler, Thérèse Houyoux, Peteris Skrebers ou Claude Cortinovis avaient besoin de ces piqûres de rappel. Il y a donc de tout dans cette exposition, que je qualifierais d’œcuménique. La stricte figuration de Marc Bauer fait bon ménage avec l'abstraction de Philippe Deléglise, l'humour un peu décalé d'Amy O'Neill, l'érotisme cru de Stéphane Landry ou la sévérité (osons le mot) de Fabrice Gygi.

Un petit, ou même un gros reproche. Il y a du travail pour savoir ce que l'on voit. Le visiteur reçoit au départ un petit livret, avec un plan. Ou plutôt il s'agit à lui de le dénicher. Il y a là des chiffres et des lettres, comme naguère dans le jeu télévisé de ce nom. A lui d'identifier la paroi ou la vitrine. Puis d'y situer chaque chose. Quand on a comme moi un carnet à la main et des lunettes à sans cesse faire passer dans l'autre, j'avoue que le plaisir de la visite se retrouve fortement diminué. Je sais que le défaut d'information fait moderne, mais tout de même!

Pratique

«Sans titre, antre autres», Le Commun, 28, rue des Bains, Genève, jusqu'au 17 mars. Site www.institutions.ville-geneve.ch/fr/fmac/ Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Nombreuses visites guidées.


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