Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une pièce de monnaie chinoise médiévale découverte en Angleterre sème le trouble

C'est la seconde du genre. Il semble que les échanges avec le Céleste Empire aient été développés très tôt avec le Nord de l'Europe. Une affaire à suivre...

La pièce en question. L'avers et l'envers.

Crédits: Artnet

C’est une petite découverte en apparence. Deux centimètres et demi de diamètre, pour se montrer précis. Mais l’apparition dans un champ du Hampshire anglais d’une pièce chinoise des débuts du XIe siècle (elle a été frappée entre 1008 et 1016) peut ouvrir des horizons nouveaux. Trouée au milieu, selon la tradition asiatique, la monnaie a été trouvé par un amateur avec un détecteur de métaux. La chose, qui se verrait formellement interdite en France ou en Suisse où l’archéologie demeure régalienne, reste en effet autorisée en Grande-Bretagne. Les inventeurs (ceux qui trouvent, donc) s’arrangent en général ensuite avec les institutions. J’ai ainsi vu il y a longtemps au British Museum de Londres une exposition où le musée rendait hommage à ces chercheurs sauvages. Une chose inconcevable ailleurs!

L’homme ayant déniché la pièce a donc été la montrer aux spécialistes. Il ne risquait rien. Ce passionné a indiqué l’endroit précis de sa trouvaille. Il a vite été clair que la petite monnaie datait du temps de la dynastie des Song du Nord. Comment est-elle arrivée là? C’est tout l’intérêt de l’affaire, qui a un précédent. J'ai lu cela dans le journal en ligne d'Artnet. En 2018, dans le Cheshire cette fois, une autre pièce médiévale chinoise est venue au jour. Le British Museum avait alors fait la fine bouche. Il se serait agi selon lui d’«une perte récente issue d’une collection privée.» Comme si les collectionneurs semaient à tout vent à la manière de la dame figurant sur les dictionnaires Larousse! Pour la chercheuse Caitin Green, qui vient de publier un article scientifique dans le «Smithsonian Magazine» de Washington, il faut voir les choses autrement. Il s’agit là des modestes traces d’un commerce entre la Chine et l’Angleterre, peut-être pas au XIe siècle, mais au XIIIe ou au XIVe.

Un envoyé des Khan à Londres

Et la dame de rappeler certains faits, remontant à la dynastie des Yuan, née des héritiers de Gengis Khan. Des gens plutôt ouverts (pas Gengis, bien sûr!) aux influences étrangères. En 1296, un Anglais servait d’émissaire aux Khan. En 1313, un Mongol a rendu visite au roi Edward II, resté célèbre par une pièce non pas de Shakespeare, mais de Marlowe. Un fragment de porcelaine chinoise a été identifié dans des fouilles médiévales britanniques. Il existe par ailleurs toujours à Venise un vase (entier celui-là) dit «de Marco Polo». Ah, Marco Polo… Les liens étaient donc internationaux et économiques. Religieux aussi. La scientifique aurait pu ajouter à son tableau de chasse Jean de Montecorvino, envoyé évangéliser la Chine par le pape en 1289. L’homme était arrivé à Pékin en 1294. Bien accueilli du reste. L’empereur va lui permettre de construire une église. Jean mourra octogénaire dans la capitale en 1328. Ce sont les Ming qui rejetteront plus tard tout ce qui leur semblait extérieur à la pensée chinoise. Une réaction contre les Mongols.

Comme quoi une petite pièce peut évoquer bien des choses… A quand la troisième?

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