Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une parodie des "Nymphéas" de Monet par Banksy s'est vendue 7,6 millions de livres

Le tableau délivre un message écologique. Cinq amateurs se le sont disputés au téléphone chez Sotheby's. Il semble permis de parler ici de confusion des valeurs.

Le tableau avant la vente.

Crédits: Sotheby's.

C’est un événement. Reste encore à savoir d’il convient de le ranger dans les pages beaux-arts ou celles consacrées à ce qu’on appelle la «société». Mercredi 21 octobre, Sotheby’s a vendu à Londres «Show Me the Monet» de Banksy pour 7,6 millions de livres, soit 8,5 millions d’euros, soit encore 9,3 millions de francs suisses. Il s’agit d’un tableau du plus célèbre inconnu de la Terre remontant à 2005. La toile se situe dans sa série des «Crude Oils» détournant un certain nombre de chefs-d’œuvre célèbres.

A quoi ressemble la chose? A un pont japonais de Monet tendu au dessus des nymphéas, bien sûr. Mais l’eau du marais se retrouve souillée par toutes sortes de déchets, dont un «caddy» abandonné. «Il symbolise le mépris de la société pour l’environnement face aux excès gaspilleurs du consumérisme», a déclaré noblement Alex Branczik, directeur du département contemporain de la multinationale. J’ignore si c’est ce message moral qui a encouragé cinq enchérisseurs à se disputer la chose au téléphone. Le tableau n’était estimé «que» de 3 à 5 millions, au vu de la somme atteinte l’an dernier par «Le parlement des singes». Ce Banksy plus important avait alors battu un record, à la surprise générale, en atteignant les 9,9 millions de livres.

Un nouveau "brand"

Si Banksy nous culpabilise, il est aussi permis de s’interroger sur le sens à donner à une telle enchère. Il faut quand même être justes. L’œuvre semble au mieux destinée à une illustration pour un texte sur l’écologie. Et un vrai Monet ne coûte après tout que dix fois plus cher au mieux... Banksy ne symbolise-t-il pas du coup la confusion des valeurs intellectuelles à notre époque? Ou s’agit-il d’un nouveau «brand», finalement bien reconnaissable, au même titre que Basquiat ou Warhol? Avec ses effets sociaux, pour ne pas dire mondains. Regardez! J’ai les moyens de me payer une toile de Banksy, et non pas une imprimante déjà hors de prix! Et en plus regardez le sujet! Je vous prouve A plus B que j’ai les idées larges et progressistes.»

Cela dit, je me souviens d’avoir vu il n’y a pas si longtemps une sculpture géante en forme de «caddy». Due à Lilian Bourgeois, qui jouit en France d’une importante cote, elle se trouvait dans l’exposition du Musée de l’Homme parisien sur la nourriture intitulée «Je mange, donc je suis». Un «caddy» peut donc aussi constituer une œuvre!

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