Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une oeuvre créée par ordinateur et restant virtuelle est adjugée 69 millions de dollars

Beeple était inconnu il y a un an. Cet Américain de 39 ans est devenu (en ligne bien sûr!) l'artiste vivant le plus cher après Jeff Koons et David Hockney.

Un fragment de l'oeuvre vendue online.

Crédits: Beeple, Christie's.

J’ai zappé, ce qui s’imposait en une telle circonstance. Pour tout dire, je n’avais rien remarqué, en dépit du communiqué envoyé par Christie’s. Je me suis juste dit que 69 000 dollars pour une œuvre numérique vendue en ligne, c’était cher. C’est le lendemain seulement que j’ai réalisé ma bévue. Le prix n’était pas de 69 000 mais de 69 millions de dollars. La nouvelle faisait la Une des journaux en page Culture. Pour autant que ces derniers gardent une page Culture, bien entendu… Mais ceci est une autre histoire.

L’aventure a duré deux semaines,. C’est le temps que les acquéreurs potentiels avaient pour acquérir «Everyday: The First 5000 Days» de Mike Winkelmann, dit Beeple. Un Américain inconnu hors du sérail des «geeks» il y a encore un an. Une création dématérialisée, qui plus est. Si j’en crois les savantes explications de la multinationale, auxquelles je ne comprend que pouic, l’objet n’existe que sous forme tokenisée. Elle se présente sous forme de jeton non fongible NFT. Une technique inventée en 2017 en suivant le principe de la blockchain. Comme j’ignore toujours ce qu’est un ou une blockchain, j’avoue ne pouvoir vous en dire davantage.

Un collage de 5000 images

Les enchères sur le site de Christie’s ont commencé à 100 dollars. C’était à qui voudrait acquérir ce collage numérique, fait de cinq mille images. Une par jour depuis treize ans. Ancien créateur de sites un peu fatigué de ce métier, Mike, qui vit en Caroline du Sud, s’est alors mis à l’art numérique. Une précision importante. Un être vivant crée ici, et non une machine comme pour le portrait vendu (nettement moins cher) il y a environ un an. Jusqu’en 2021, Beeple n’avait rien écoulé d’important. Ce que montre son site se révèle pourtant attrayant. Imaginatif. Drôle. Il y a eu une première bombe fin février. «Crossroads» était parti pour 6,6 millions de dollars. Il existe pour cela une nouvelle clientèle, pour qui les plus âgés des «millenials» sont déjà des vieillards. Une clientèle dotée de moyens. Sans référence ni aux arts classiques, ni au marché traditionnel. La preuve! La dernière enchère s’est montée grâce à de «nouveaux acquéreurs» à 69,9 millions de dollars. Elle s’est faite sous l’œil attentif de 22 millions d’internautes.

L’œuvre est ainsi officiellement devenue la troisième la plus chère signée par un artiste vivant. En tête caracole toujours le lapin de Jeff Koons (91,3 millions), suivi des près par un portrait d’artiste signé par David Hockney (91,1 millions). Sont donc représentés dans ce trio vitaminé le peinture la plus traditionnelle, le produit usiné signé par un nom médiatique et… l’avenir. Cela dit, Beeple (qui a déjà œuvré pour Vuitton, Ariana Grande ou Justin Bieber) croit à une bulle. Le prix d’«Everyday» lui «donne le tournis» (1). Ce sage père de famille de 39 ans, aux lunettes de Monsieur tout-le-monde, pense que les choses reviendront à un niveau plus normal, même s’il lui semble clair «que les gens continueront à l’avenir de produire de l’art numérique sous forme de NFT.» Il faut dire que rien qu’au mois de février, le NFT a généré pour les enchères sur des plateformes numériques 340 millions de dollars.

Acquéreur aujourd'hui connu

Qu’en déduire? Rien qui soit à ma portée. Ce que je me contenterai de dire, c’est que la surprise doit se montrer énorme pour les amateurs de contemporain classique (le Koons). Aussi grande que lorsque, au début des années 1990, l’art actuel a détrôné les classique. Koons plus cher que Miche-Ange! Qui aurait cru cela en 1980?

Si j’arrive un peu tard pour Beeple, j’ai néanmoins un complément à vous donner. Christie’s a communiqué samedi le nom de l’acheteur. Avec son accord, sans nul doute. Il s’agit de Metakovan, le fondateur de Metapurse. Le plus gros fond NFT du monde. Vous avez tout. Et moi, je ne comprends toujours rien.

(1) Christie’s a envoyé à ses internautes une déclaration de Beeple. L’homme se dit «plus qu’honoré et touché de représenter la communauté des arts numériques en cet instant historique». Du bidouillage. Du flan. L’intéressé s’est contenté de poster deux mots, «Holy Shit»...

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