Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une luxueuse tombe découverte à Pompéi contenait le squelette intact d'un amateur de grec

Double facteur insolite. Se faire enterrer et non incinérer. Offrir à la population des spectacles dans la langue d'Homère. La trouvaille passionne l'Italie.

La chambre funéraire.

Crédits: Cesare Abbate, Parco archeologico, Pompéi 2021.

Il suffit de creuser… A Pompéi (comme à Rome du reste), les archéologues trouveront toujours quelque chose. En ce moment, la découverte faisant parler d’elle est celle d’une tombe tout à fait insolite. Elle abritait un squelette assez bien conservé, la personne inhumée ayant sans doute été partiellement momifiée. Le mort en question possédait une autre originalité. Il était intimement lié à la culture grecque dans une ville latine.

La découverte de cette sépulture, située hors de la Porta Sarno, fait ainsi couler beaucoup d’encre en Italie, où le monde classique garde son pouvoir de fascination populaire. Il s’agit là d’un vrai monument, avec une façade décorée de plantes vertes sur fond bleu. Il y avait à l’intérieur une chambre assez vaste pour accueillir notamment un corps complet. Une habitude fort peu prisée des Romains. Normalement, ils se faisaient incinérer. Le lieu accueillait aussi deux urnes de verre, avec des cendres dont l’une était peut-être l’épouse du défunt. Il y avait aussi une plaque, avec un texte gravé dans le marbre. Marcus Venerius Secundio y rappelait qu’il avait organisé à Pompéi des jeux à ses frais. Ils avaient duré quatre jours entiers. On y avait déclamé du théâtre en latin, mais surtout en grec. Cette dernière langue a laissé peu de traces à Pompéi, mais il s’agissait à la fois d’un parler exotique, parlé au Sud de l’Empire, et d’une référence chic. Celle des gens cultivés.

Fouilles espagnoles

La trouvaille a suscité l’enthousiasme du directeur du Parco archeologico, qui est aujourd’hui l’Allemand Gabriel Zuchtriegel, 40 ans, nommé en avril 2021. Elle a surtout été manifestée par le ministre de la culture Dario Franceschini, toujours sur la brèche. Pas comme Roselyne Bachelot en France, dont on n’entend plus parler depuis maintenant des mois... L’homme a d’abord salué l’équipe, envoyée par l’Université de Valence en Espagne. Il a vanté son «professionnalisme». L’officiel a aussi évoqué la quantité de travaux qui font avancer la science archéologique «avec des résultats extraordinaires qui sont l’une des fiertés de l’Italie.»

Le lieu de la découverte. Photo Cesare Abbate, Parco archeologico, Pompéi 2021.

Les experts tentent aujourd’hui de faire parler le squelette, qui sera par ailleurs minutieusement étudié scientifiquement. L’homme était au départ un esclave étranger. Mais il n’a jamais été contraint à des travaux épuisants qui auraient laissé des traces sur son corps. Il a travaillé, comme beaucoup de ses congénères dans les services publics. En l’occurrence le temple de Vénus, très important à Pompéi. L'étranger a ensuite été affranchi dans des circonstances inconnues. Comme beaucoup de ces gens (pensez au Trimalchion du «Satyricon» de Pétrone), ce sexagénaire (1) a ensuite amassé une fortune considérable. Quatre jours de jeux à ses frais était un luxe que ne pouvaient se permettre que peu de Pompéiens.

Un retour aux origines

Alors, pourquoi le choix d’une inhumation? Le spécialiste Massimo Osanna émet deux théories «collant» bien l’une avec l’autre. En dépit de son intégration, cet expatrié se serait toujours senti étranger. Et il venait d’un pays où l’on enterrait les morts. Novia Amabilis, dont les cendres reposaient dans un urne, a pu être son épouse romaine, née dans une tradition autre.

Reste encore à fixer l’avenir de la tombe, construite peu avant l’éruption du Vésuve en 79. Elle se situe en dehors du Parco archeologico, au-delà même des rails du train Circumvesuviana. Autant Zuchtriegel que Franceschini entrevoient des solutions pour non seulement la conserver en l’état après restauration, mais la mettre en valeur. Elle devrait se voir inclue dans le parcours proposé aux (très, souvent même trop) nombreux visiteurs.

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