Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une lettre ouverte prie instamment la Ville de ne pas engager Marc-Olivier Wahler au MAH

La période probatoire du nouveau directeur se termine dans la confusion. Il circule au moins deux textes disant que MOW n'est pas l'homme de la situation à Genève.

La nuit filmée en direct dans le lit à côté de Ramsès II, avec le dîner préalable, n'a pas arrangé les affaires de MOW.

Crédits: Tribune de Genève, 24 Heures

Je vous avais prévenu. Ça grenouille sec autour du Musée d’art et d’histoire genevois (MAH). Une vieille habitude, me direz-vous. Je vous ai tout récemment raconté l’histoire du café qui se profile à la place de l’ancien Cabinet des estampes à la promenade du Pin. Une bagatelle! C’est la politique entière du directeur Marc-Olivier Wahler (MOW) qui se voit aujourd’hui remise en question. Je vous ai dit qu’une lettre ouverte circulait dans la ville, en attente de signatures. Elle en comporte aujourd’hui 117, et j’ai appris qu’il y aurait encore des gens demandant à apposer leur paraphe. Ceux-ci se verront peut-être ajoutés en post-scriptum. Adressée à la maire Frédérique Perler et au Conseil municipal, la missive est en effet déjà partie. En Courrier A, je suppose (1).

Inspiré par Pierre Vaisse, le texte lui-même reste court. Il se veut synthétique. «Par souci de brièveté, nos n'avons pas mentionné tous les torts du directeur : il y aurait de quoi lasser le lecteur le plus patient», m’a écrit parallèlement le professeur honoraire. Autant dire que les griefs se sont vus ramassés. Le réquisitoire commence par une vue d’ensemble. MOW «n’a cessé d’administrer la preuve qu’il n’avait pas le profil requis pour diriger une institution patrimoniale de cette importance.» Aucune allusion ne se voit faite pour dire qu’il s’agit d’un homme du contemporain. La lettre passe directement à l’étape suivante. Erreur grave de casting. Elle insinue que le jury savait pertinemment qu’il faisait fausse route, et que cela n’avait pour lui aucune importance. «Un examen attentif de la carrière de MOW depuis ses débuts au Musée de Lausanne le faisait supposer.»

Mépris des collaborateurs

Parmi les faits reprochés à Marc-Olivier Wahler figure son mépris des collaborateurs, dont beaucoup sont en ce moment en arrêt de travail. Une vieille habitude.. Le nouveau-venu aurait dû s’entendre avec eux et utiliser leurs compétences. «Au lieu de cela il a rapidement réussi à créer un climat détestable.» Il a mené un travail de sape (qui me semble avoir commencé bien avant lui!). «Dans ses interventions publiques, M. Wahler dénigre les connaissances accumulées par les spécialistes et trivialise le savoir scientifique.» La lettre cite ainsi comme un acte dédain l’annulation de l’exposition, pourtant transversale, sur «Genève 1900». Elle avait été lancée et annoncée par son prédécesseur Jean-Yves Marin, avec une équipe importante. Le nouveau directeur préfère les commissaires extérieurs, jugés surpayés, pour faire œuvre de création.

La lettre évoque bien sûr l’«aventurisme» de l’administrateur Wahler. Elle rappelle que la presse locale s’est déjà fait l’écho de dépenses «aussi élevées qu’inutiles». Et de rappeler la ligne graphique sur les affiches fuchsia, jaune soufre et vert électrique comme le mandat donné à une entreprise new-yorkaise pour tracer l’avenir «sans consulter les conservateurs». Une telle indifférence aux collections et un tel autoritarisme ne passent pas. Il faut «réparer une erreur» au moment où se pose le problème de la titularisation de MOW après deux ans de période probatoire.

Qui a signé?

Qui a signé? Un peu tout le monde. J’ai pêle-mêle lu le nom de scénographes, de professeurs d’université, d’historiens, d’architectes, de restaurateurs d’art, d’anciens directeurs de musée, de théologiens ou d’archéologues. Certains sont connus, comme le collectionneur et mécène du MAH Jean Bonna, Juliane Cosandier qui dirigea à Lausanne l’Hermitage ou le professeur Olivier Fatio. Les historiens de l’art Frédéric Elsig et Mauro Natale possèdent eux aussi une parole de poids. D’autres signataires apparaissent moins célèbres, mais ils se sentent concernés. Il y a en plus eu, comme toujours, ceux qui n’ont pas voulu se compromettre. Ou qui dépendent de la Ville, avec les risques que la chose supposerait. Ils se sont abstenus. La SAMAH regroupant les Amis du musée a ainsi décliné l’invitation, ce qui ne l’empêche pas de vouloir agir. Elle a ainsi demandé un entretien au responsable genevois de la culture pour lui exposer ses griefs.

Restait Hellas et Roma, qui s’est aussi fendu d’une lettre. Courte. Jacques-Simon Eggly que l’on a notamment connu au «Journal de Genève» et au Parti libéral, la signe. Le ton se veut modéré par rapport aux «turbulences de ces derniers temps». La société épaulant le MAH pour l’archéologie classique n’aime certes pas ce qui se passe. Elle en profite pour rappeler sa vision, qui est de «rester fidèle à une exigence de qualité scientifique et culturelle.» Mais ceci dans le calme et la respectabilité. «Toutes les gesticulations à but médiatique ne peuvent qu’apporter la confusion et brouiller l’image et la mission du musée». La lettre se présente comme un communiqué adressé aux autorités et à la population, ce qui fait cependant beaucoup de monde...

En connaissance de cause

Serait-ce tout? Apparemment non. Il existerait (conditionnel) un troisième texte. Ce «rapport citoyen» se verrait adressé à la Cour des Comptes. Mais là, je n’en sais pas davantage que mes contacts ou vous-même. On reste dans le bleu. Voilà qui nous évitera de broyer du noir.

Cette agitation à la veille d’un engagement, qu’il deviendra difficile de rompre ensuite sans grands frais (il y a pourtant déjà eu le cas de la conservatrice en chef Laurence Madeline au MAH...), fera-t-il fléchir notre ministre de la culture et ses conseillers? J’ai sollicité quelques avis autour de moi. Le pronostic global est «non». Reculer serait se dédire, et on n’en est pas à une aventure près à Genève. Alors dans cas pourquoi se donner tant de mal? Sans doute pour que Marc-Olivier Wahler soit confirmé en connaissance de cause. Personne ne pourra dire ensuite qu’il ne savait pas.

(1) Je plaisante. La lettre, que je n’ai pas signée, a été envoyée à Frédérique Perler par courriel.

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