Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une fouille préventive met au jour treize menhirs alignés à Saint-Léonard en Valais

Reste à dater le site, ce que permettra la science. Pour la fonction de cet ensemble, ce sera plus coton. Marque sociale, territoriale ou religieuse?

Les treize dolmen agglutinés.

Crédits: Service archéologique valaisan.

On parle souvent de découvertes archéologiques fabuleuses en Egypte. Elles se dégonflent souvent peu après, tant leur annonce se révèle promotionnelle sur le plan touristique. Il est souvent question de momies précolombiennes. Mais il doit en exister beaucoup. La Suisse passe moins pour une terre fertile en trouvailles. Elle ne fait pas rêver. Il y en a pourtant, des "inventions", du buste en or de Marc-Aurèle à Avenches, apparu en 1939, au trésor celte d’Erstfed, sorti de terre en 1962, en passant par l’argenterie romaine d’Augst Raurica, progressivement mise au jour entre 1962 et 1995.

Le Valais livre parfois des trouvailles. Je vous ainsi parlé il n’y a pas si longtemps (c’était en mai 2021) d’un village néolithique en voie d’exploration à Naters. «Le Figaro» vient de se faire ainsi l’écho, sous la plume de Simon Cherner, d’une excavation de dolmens à Saint-Léonard, non loin du lac souterrain («le plus grand d’Europe»). Il s’agit comme souvent d’une fouille d’urgence. La commune doit voir pousser une nouvelle zone de villas. Même dans ce canton qui ne se veut pas comme les autres il se pratique des investigations préalables. Celles-ci ont amené l’équipe à exhumer non pas un, mais treize menhirs, presque collés les uns aux autres. Un peu comme une barrière. Il ne faut cependant pas imaginer des machins de la taille de ceux de Stonehenge (1) en Angleterre. Ces pierres dressées mesurent un peu moins d’un mètre de haut. Il s’agit en fait d’énormes cailloux. Aucune sculpture tracée sur une de leur face, comme dans les fameuses «stèles du Petit-Chasseur», découvertes fortuitement en 1964 et aujourd’hui exposées comme un trésor dans un musée de Sion.

"Médiolithes"

A quand remontent ces menhirs (qualifiés de «médiolithhes», retenez le terme, il impressionnera vos amis)? Et à quoi servaient-ils? Archéologue cantonal adjoint, François Mariéthoz se veut très prudent. Pour l’instant, la fourchette des datations reste encore très large. Nous sommes entre le cinquième millénaire avant Jésus-Christ et moins 2000. On devrait en savoir davantage dans quelques mois. A ce moment-là, les scientifiques auront fini d’analyser les charbons de bois présents sur le site. Pour ce qui est de la fonction, la question se révélera plus difficile à résoudre. Placés en ligne droite, et non en cercles, les médiolithes pourraient avoir indiqué un marquage social, religieux ou territorial. Mais allez le déterminer cinq ou six mille ans après!

Si j’ai bien compris l’article du «Figaro», qui avait été logiquement précédé dès le 30 juillet d’un autre dans «Le Nouvelliste» cantonal, le quartier se fera tout de même après le départ des archéologues. L’immobilier, c’est primordial. Les menhirs, qui se sont déjà vus déplacés à des fins de restauration (je ne savais pas qu’on restaurait aussi des menhirs) se verront placés ailleurs. La commune, très intéressée, leur cherche un emplacement. Pas de souci de ce côté-là.

Intérêt international

La bonne nouvelle, c’est aussi qu’on s’intéresse outre-Jura à «notre»passé préhistorique. Notez que dans le genre La Tène, au bord du lac de Neuchâtel, fait tout de même référence en matière de civilisations néolithiques. Le top du top à l’extrême fin de la préhistoire. Cela dit, côté archéologie, le «Figaro» possède une bonne lignée d’avance sur «Le Monde» ou «La Croix». Son site contient une file ad hoc. Quant à «Libération», le quotidien semble déjà archéologique en lui-même. Les ex-soixante-huitards, ça commence à sérieusement dater. De là à parler de fossiles…

(1) A propos de Stonehenge, la justice britannique a retoqué il y a quelques jours à peine via sa Cour suprême le projet de tunnel souterrain à creuser à quelque 200 mètres du célèbre temple druidique. Il risque en effet de l’ébranler. Le Ministère des transports (qui peut encore faire appel) doit trouver une solution alternative. Tiens! J’ai aussi appris cela par «Le Figaro».

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