Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une création paysagère va compléter les salines d'Arc-et-Senans de Ledoux

La ville idéale entreprise dans les années 1770 n'a jamais été terminée. Il en manque la moitié. Des jardins vont donner l'idée d'un tout classé au Patrimoine de l'Unesco.

Le projet actuel.

Crédits: Agence Mayot et Toussaint.

La chose m’avait échappé, comme à pas mal de gens je suppose. Il aura fallu un articulet, grand comme un confetti, en page 126 dans le numéro de février de «Beaux-Arts Magazine», pour m’apprendre les travaux en cours à Arc-et-Senans. Dans le Doubs. Lancés prochainement après une mise au concours, ils se verront menés à bien d’ici 2021. Il s’agit en fait d’aménager un terrain. On ne va bien entendu pas construire les bâtiments jamais édifiés pour parfaire cette cité idéale, imaginée à la fin du XVIIIe siècle par Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806). D’ailleurs l’Unesco qui l’a classée en1982 sur la liste du Patrimoine de l’humanité, veille au grain. Et cela même si sa directrice Audrey Azoulay semble perpétuellement aux abonnés absents. Pas un seul communiqué un peu couillu de sa part depuis sa nomination, alors que les urgences se multiplient sur la Planète!

L'idée originale de Claude-Nicolas Ledoux. Photo DR.

Vous connaissez sans doute Arc-et-Senans, du moins en photos. Ledoux, qui avait l’oreille de Louis XV et encore plus celles de sa dernière favorite, Madame du Barry, avait obtenu la commande de toute une ville pour accueillir des salines, le sel restant alors rare et lucratif. Les travaux ont commencé en 1773. Ils se sont arrêtés six ans plus tard, quand le sfinances française se sont retrouvées presque aussi à sec qu’aujourd’hui. Seule la moité des bâtiments avait été construite. Enfin une grosse moitié, vu que la barre centrale servant de diamètre à cette cité ovale était sortie de terre. Les travaux n’ont jamais été repris. L’ensemble a connu bien des malheurs au XXe siècle. En 1920, l’immense aile de la graduation, une prouesse technique, était démolie. Quelques années plus tard,l es propriétaires dynamitaient le bâtiment central pour empêcher un classement. Celui-ci interviendra en 1940, alors que les salines venaient d’accueillir des réfugiés espagnols en attendant l’utilisation des lieux pour des prisonniers français, puis allemands…

Un petit budget

Réhabilité,restauré, classé, le lieu restait donc toujours inachevé. L’idée actuelle est de suggérer la partie manquante par un jardin à la française reprenant le parcellaire imaginé par le Ledoux (1). Le cercle deviendrait ainsi complet. Une vingtaine d’agences se sont présentées au concours. Mayot Toussaint l’a emporté. Le projet de ces paysagistes se veut discret. L’enveloppe reste du reste modeste, surtout vue de Genève. Pas de factures salées. Il faudra tout faire avec 2,5 millions d’euros. L’image de synthèse publiée dans la presse franc-comtoise semble plutôt séduisante. La forme fait certes penser à un immense stade de football. Sans gradins. Mais il suffit de regarder les gravure d’époque, qui imaginaient des salines terminées. Nous sommes assez proches de son schéma, parties construites en moins. Gilles Clément, star végétale, devrait par ailleurs être de la partie. Voilà qui semble plutôt rassurant. Les indicateurs sont au vert.

(1) Un architecte qui n’a pas eu de chance. Presque tous ses bâtiments, célébrés en son temps comme des merveilles, ont disparu. Des cinquante barrières de Paris, édifiées dans les années 1780, il n’en subsiste ainsi que quatre.

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