Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Une arrivée. Un décès. Tout se bouscule autour de Gustave Courbet à Ornans

Benjamin Foudral est le nouveau directeur du Musée Courbet à 29 ans. Jean-Jacques Fernier, l'expert faisant plus ou moins autorité, est mort lui à Paris. Il avait 89 ans.

Benjamin Foudral devant "Le chêne de Flagey" de Courbet. Un magnifique tableau acquis par le musée il y a quelques années.

Crédits: DR

Tout bouge, même si tout semble léthargique en ce moment. Ornans se retrouve ainsi avec un nouveau conservateur pour le Musée Courbet. Avec l’arrivée de Benjamin Foudral, c’est un gros changement de génération qui se profile. Le natif d’Auch a 29 ans, alors que la directrice sortante, Frédérique Thomas-Maurin part à la retraite. Notez que Benjamin, le bien prénommé, n’était pas le premier choix. C’eut dû être Anne Roignot-Devoye, et ce l’a même été brièvement. Embauchée en septembre 2018, Anne venait de Nice. A-t-elle été effrayée par le climat jurassien d’une petite ville qui se vide et se meurt? Je ne sais pas. Toujours est-il qu’Ornans lui reprochait son manque de présence sur place, voire son absentéisme, même si elle s’adonnait à du télétravail depuis Dijon. La presse franc-comtoise en avait fait ses choux gras. La dame a fini par faire valoir ses droits à la retraite en novembre 2019, ce qui laissait la voie libre à un petit jeune.

Avec Benjamin Foudral, c’est un docteur en art contemporain qui entre chez Gustave Courbet. Encore faut-il s’entendre sur le terme! En langage universitaire, le contemporain commence le 1er janvier1800, le moderne s’arrêtant le 31 décembre 1799. Nous sommes donc en plein dans la cible. Le nouveau-venu a d’ailleurs rédigé entre 2013 et 2019 une thèse sur Léon Frédéric (1856-1940), un peintre belge dont on parle peu, même si Orsay présente en permanence l’un de ses chefs-d’œuvre. Un triptyque sur le travail réalisé dans une sorte de gothique moderne. Il ne lui reste plus à l’homme qu’à se mettre à Courbet. Un artiste plein de chausse-trapes. Qu’a-t-il exactement peint ou dessiné? Qui sont ses collaborateurs, ses disciples ou ses faussaires? Un problème qui concerne aussi la Suisse, où Courbet est mort en 1877. Si je vous communique la nouvelle, c’est en effet parce qu’il y a déjà eu plusieurs passages trans-frontaliers. Le Musée Jenisch de Vevey a collaboré plusieurs fois avec Ornans (dont récemment pour les dessins de l’artiste). Le Musée Courbet a par ailleurs consacré une exposition au Genevois Auguste Baud-Bovy (1848-1899).

De père en fils

Une arrivée. Un départ. Comme dans les premiers films d’Ingmar Bergman, où une naissance a pour contrepoint un décès, Ornans a vécu son chambardement des générations. Le 1er avril était annoncé l’arrivée de Benjamin. Le 25 mars mourait à Paris Jean-Jacques Fernier, le spécialiste de Gustave Courbet. Il avait 89 ans. Fernier avait de qui tenir. Son père Robert avait publié le catalogue raisonné de l’œuvre peint de Courbet. Il avait été à l’origine du musée actuel, complètement refait et agrandi il y a quelques années. Mort en 1977, l’homme avait passé la main à son fils, jusque là architecte. On lui doit ainsi le nouvel Hôtel Drouot, qui est selon moi une horreur absolue. Wilmotte l’aurait d’ailleurs refait si l’argent n’avait pas manqué.

Jean-Jacques Fernier s’était mis aux expertises de Courbet en se basant sur l’énorme documentation paternelle. Il était aussi devenu conservateur du musée, à titre bénévole. Il organisera par la suite environ quarante expositions consacrées à l’artiste. Notons que la suite est ici assurée. Son fils Sébastien lui succède à la tête de l’Institut Courbet. Comme les experts ne vont pas cesser du jour au lendemain de se battre pour savoir ce qui est vrai ou faux, il aura toujours du travail, même si l'Institut Courbet ne fait aujourd'hui plus la loi.

Jean-Jacques Fernier à l'époque où il avait cautionné la découverte de la tête allant avec "L'origine du monde". Une décision très contestée. Photo Reuters.

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